Bhebak ya Loubnan – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour, 20 déc. 08

A dix jours du passage à 2009, on ne peut pas ne pas penser aux bilans, aux remises en questions, aux conclusions sur l’année qui vient de s’écouler. Qu’a-t-on fait ? Qu’a-t-on dit ? A-t-on été à la hauteur de nos espérances, de celles des autres ? Est-ce une bonne année ? Un mauvais cru ? Une année comme une autre ? Quelles leçons a-t-on tiré ? Où en est-on ? Restera-t-on ? Partirons-nous ? Il y a bien un moment durant 2008 où vous vous êtes posé la question sur un éventuel départ. Quitter le Liban. Définitivement. Momentanément. Ras-le-bol de ce pays, de ses politiques, de ses conflits, de ses élections, de ses invasions, de ses coups foireux et de ses pots de vin, de ses faiblesses et de cette foutue inaptitude à faire du bien à son peuple… Comme c’est facile. Comme c’est facile de le détester ce petit pays, de le haïr, de le mépriser, de s’en plaindre et de le comparer à un ailleurs plus serein, de le critiquer et de vouloir le boycotter. Plus facile que de le défendre et pourtant… C’est un fait, le Liban ne laisse personne indifférent. Et de ce point de vue-là, les libanais sont à priori d’accord. Ce pays des extrêmes nous donne à nous, libanais, des sentiments contradictoires : j’aime, j’aime pas, j’attaque, je défends… Sauf que là, en cette fin 2008, en ces temps de crise, en ce moment de remise en question et autres causes, une seule chose est sûre. Il fait bon vivre au Liban. Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense. Parce que voilà. Malgré la multitude de destinations offertes aux Libanais, c’est ici qu’ils reviennent passer les fêtes. Pas seulement pour y être en famille ou retrouver les amis. Mais parce que c’est là qu’il faut être. C’est comme ça. Une fois qu’on vient au Liban… c’est foutu. On y reviendra. Quoi qu’il arrive. Ce magnétisme libanais en a fait succomber plus d’un. Qu’on soit libanais, français, italien ou américain. Et même si un jour on a décidé de laisser derrière nous, et pour de bon, les plaines de la Bekaa, la montagne du Chouf ou une Beyrouth envahie, on est resté libanais à jamais. Alors oui, c’est facile de le descendre ce satané pays de 10 452 km2 et de le railler, mais putain qu’est-ce qu’il est attachant ce pays. Lui, ses habitants, leurs défauts, leurs failles, leur manque de civisme. Ce bordel ambiant, ces starlettes à deux balles, ces bonnes femmes qui pleurent, les bras chargés de fleurs, à la porte d’arrivée de l’AIB. Cette commerçante qui offre un Chicklets à votre fils parce qu’il est mignon, le type du parking qui vous dit de payer la prochaine fois, l’infirmière qui vous apporte des pommes et des avocats de son verger de la montagne, cette vendeuse qui vous met un sac de côté en attendant les soldes, cet inconnu assis à côté de vous dans l’avion, qui vous enlève votre plateau-repas pendant que vous dormez et qui remet sur vos jambes la couverture qui avait glissé par terre. Elles sont belles ces libanaises qui ornent nos panneaux publicitaires, ces libanaises qui sortent seules le soir, cette voisine qui vous envoie une snayniyé pour célébrer la première dent de sa fille, cette amie qui attend votre fils en bas, lorsqu’il rentre en autocar, ces tantes qui vous tricotent des écharpes et des bonnets, cette femme qui vous sourit tous les matins quand vous partez. Elles sont belles ces libanaises que vous croisez dans les restaurants, ces amies qui vous mentent pour mieux vous surprendre et qui vous soutiennent quelles que soient les difficultés que vous traversez. Elles sont belles ces femmes avec qui vous bavardez chez le coiffeur, ces libanaises qui s’occupent de vous et qui vous rendent belles à votre tour. Il est beau ce Liban où vos collègues deviennent vos amis, où vos amis deviennent vos frères, où vos frères viennent chaque année. Ce Liban où l’on ne trouve plus une table dans un restaurant pendant les fêtes, où les SMS sonnent sans cesse pour vous inviter à aller réveillonner dans une « salsa night spéciale karaoké », où les gens qui malgré tout ce que l’on penser sur les raisons qui les animent, viennent vous présenter leurs condoléances et vous disent mabrouk quand un enfant paraît. Il est attendrissant ce Liban où n’importe qui vous add sur FaceBook, ce Liban où chantent Rayess_Bek et les Soap Kills, les Scrambled Eggs, SalmaNova et Mouzanar. Ce Liban où tournent les Joreije, Philippe Aractingi, Danièle Arbid et Nadine Labaki. Ce minuscule pays que Catherine Deneuve a « voulu voir » parce que sa sœur Françoise (Dorléac) aimait y venir danser. Elle avait tout compris Françoise. C’est ici et nulle part ailleurs qu’il faut venir danser.

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