L’Histoire et moi – Médéa Azouri – L’Oient-Le Jour – 24 jan. 2009

21 juillet, 9 novembre, 13 septembre, 11 septembre, 14 février, 14 mars, 20 janvier. Armstrong sur la lune, la chute du mur de Berlin, Rabin et Arafat les mains jointes, l’effondrement des tours jumelles, l’assassinat de Rafic Hariri, la grande messe d’un million et demi de Libanais, l’investiture d’Obama…
Vous étiez où ? Vous faisiez quoi ? Vous vous en souvenez comme si c’était hier. Vous étiez devant la télé, chez le coiffeur, en voiture, au bureau quand vous l’avez appris, réalisé puis compris, quand vos yeux se sont embués de larmes et que la chair de poule a gagné toute la peau de votre corps, quand vous avez souri, espéré, crié la victoire, quand vous avez tremblé, composé des dizaines de numéros de téléphone… quand vous avez rêvé, vous aussi, un monde meilleur. « Tu pourras dire, j’y étais… ». Quelques deux millions de personnes présentes à Washington ont vécu ça, ce mardi 20 janvier, quand Obama, le 44e président des Etats-Unis est arrivé sur les marches du Capitole. Nous aussi, on y était, devant la télé. Et dans 20 ans, on dira, « ce jour là… ». L’Histoire est ainsi faite. De grands moments universels qui marqueront au fer rouge, rose, vert et à jamais, la mémoire collective et la vôtre. Une succession de dates malheureuses ou joyeuses, de moments noirs ou remplis d’espoir, qui ponctuent une vie dans le monde. L’Histoire, avec un grand H. Puis il y a l’autre histoire. Avec un grand H aussi, mais pas pour tout le monde. Parce que cette histoire-là, elle en a marqué certains et pas d’autres. Cette histoire-là, ce sont des moments forts, des grands moments, que chacun a vécu passionnément ou dans l’indifférence. Ce sont également des dates, des pages qui se tournent, une ère qui se termine, une autre qui commence… Un évènement que l’on vit en collectif et en individuel. Cela va par exemple, des morts tragiques de Marylin le 5 août 1962, d’Elvis, en août également, le 16 de l’année 77, de John Lennon, le 8 décembre 1980, de Claude François en mars 1978, de Dalida en mai 87 ou de Serge Gainsbourg, le 2 mars 1991 à la première diffusion mondiale du clip de « Thriller » un soir de décembre 1983, une des prestations à Woodstock en août 69, la sortie de E.T. en 82… Pour certains c’est l’histoire, pour d’autres non. On a révolutionné la musique, le cinéma, le clip, l’art ; c’est énorme, mais toutes proportions gardées, on n’est pas totalement dans l’Histoire et pas vraiment en dehors. Les avis sont mitigés, à l’instar de ces réactions que l’on peut avoir vis-à-vis des phénomènes générationnels comme Saturday night fever, Clockwork orange, Footloose, Dirty dancing, Le grand bleu, High school musical ou tout récemment Twilight. Des films pour adolescents et jeunes gens. Des films que les adultes que sont devenus ces ex-adolescents ne comprennent pas, ne comprennent plus… C’est là, qu’on s’approche de la petite histoire, des petites histoires, de nos petites histoires. Parce que là, il ne s’agit plus des rendez-vous avec l’histoire, mais d’une série de rencontres, qui font notre histoire. Un film, un disque, un chanteur, un pays, une chanson, un roman, un événement qui ont fait tourner les pages de notre livre personnel. Le premier film qu’on a vu au cinéma sans ses parents, le premier CD qu’on a acheté après l’ère du vinyle, un concert de rap auquel on a assisté à 13 ans, la découverte d’un chanteur folk dans le walkman d’un ami, une date d’anniversaire, la première fois qu’on a entendu un morceau de rock, une émission télé en clair et complètement décalée, le premier slow qu’on a dansé avec cet amour platonique d’adolescent, une série télé pour grands qu’on n’avait pas le droit de voir, un livre un peu érotique piqué dans la bibliothèque de sa grand-mère avant-gardiste, l’exposition d’un peintre qui influencera à jamais un amour particulier pour les impressionnistes, un prof de français qui nous a fait aimer Proust, une chanson qui symbolise le passage à l’âge adulte, un parfum qui sera à jamais associé à une histoire d’amour… tout ce qui nous a marqués. C’est comme ça qu’on en parle. Ce sont nos événements à nous, ceux qui nous ont pénétrés à jamais, ces dates qu’on n’oubliera pas, toutes ces petites grandes choses qui ne s’effaceront pas de nos mémoires, qui feront de nous ce que nous sommes. Notre histoire. Avec un grand H.

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