Génération plastique – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – sam. 6 mars 2010

Manger bien, manger bio. On ne parle quasiment plus que de ça en ce moment. Du vert, de l’écolo chic, de tout ce qui est sain. On a envie de se purifier le corps parce qu’il paraît que tout ce que l’on mange est atteint, hormoné, coloré, génétiquement modifié, saturé. Soyons green, protégeons la planète, la mer, la nature, le climat, l’ozone, la neige, les forêts, le thon rouge, les phoques, les baleines, les fonds marins, l’Amazonie. N’achetons plus de plastique, n’imprimons plus, ne sprayons plus. Vive l’Internet, l’Intranet, les réseaux, les déodorants en stick, les sacs en papier recyclé, le biodégradable, le vintage. Battons-nous tant qu’il est encore tant, car l’écologie est le dernier combat de l’homme. Le seul idéal possible. Pour nous, nos enfants et les générations à venir.
D’accord, le bio c’est bien. C’est nature, c’est frais, c’est sain. Y a pas de pesticides, pas de colorants, rien de tangible ni de surfait. Que du pur. Mais comme dans tout, son excès devient très vit exaspérant, pesant, lassant. On nous moralise sans cesse, nous effraye, nous menace. Qu’est-ce que c’est plombant cette tendance au bio. Les médias nous foutent les boules avec des documentaires alarmants sur ce qu’il y a dans nos assiettes, sur la malbouffe, les pesticides et tout ce qui touche de près ou de loin aux produits chimiques. On arpente les couloirs du supermarché en décodant sur les emballages les colorants nocifs, la teneur en graisses saturées, les gaz dangereux et on finit par ne plus savoir où donner de la tête. Nos bambins vont finir par ne plus rien manger du tout. Parce que si l’on pense une seule minute qu’à l’ère du “home made”, je vais me mettre à planter des batavias ou des icebergs sur mon balcon et que je vais apprendre à cultiver des pousses de soja dans l’humidité de ma salle de bain ! On se fout le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Déjà qu’on n’a presque plus le droit de fumer, pourtant c’est bio le tabac, l’herbe ou le pétrole… Poussons une gueulante, juste pour rire, mais vraiment pour rire… parce que même les fashionistas s’y sont mises ! On est en mode campagne, Petite maison dans la prairie, Belle des Champs, Vache qui rit et tout le toutim. Rien de plus anti-glam. La tendance de cet été est terrible. Les sabots genre suédoise-qui-se-promène-dans-un champ-de-blé-en-1973, ils ont beau être estampillés Chanel, c’est immonde. Et en plus, ils leur ont mis des talons. Comme si ça allait rendre le produit plus sexy… C’est comme le liberty. Ca fait deux ans que Cacharel nous bassine les oreilles avec et là, tout le monde s’y est mis. Pourquoi tant de haine ? Ça fait Laura Ingals à 40 ans, c’est ridicule. Il nous manque les nattes, le brin de blé dans la bouche et une chèvre à traire. Faut avouer que je ne suis pas très nature morte et que ressembler à un bouquet de fleurs (à moins que ce ne soit des orchidées), ne me tente pas du tout. Je ne comprends pas le concept du Green à toutes les sauces… Le Green c’est fait pour jouer au golf. Ou peindre une porte. C’est tout. Moi je suis plus bitume que champs de maïs, plus fumeuse que Géant Vert. J’aime le goût plastique d’un Big Mac juteux dégoulinant sur les genoux en conduisant mon 4×4. J’aime l’odeur de l’essence à la station service. J’aime entendre les voitures klaxonner quand je m’endors, ça me rassure. Le côté montagne, plein air, je cueille des pommes avec des vers à l’intérieur, je me réchauffe au poêle, ça va ! Moi j’aime le chauffage intégré, l’air conditionné, les grosses Ducatti qui font du bruit, les bonbons plein de colorants, les minis gâteaux marbrés sous vide, les jus en boîte et les sodas qui déchirent l’estomac. Je suis très junk food. Et je suis une grande adepte du : je consomme, je jette. Je ne recycle rien. Je n’en vois pas l’intérêt et surtout je n’achète rien de recyclé, c’est pas beau et souvent ça gratte. J’aime mes lèvres gonflées à la silicone, je fais partie de la génération plastique. Celle qui est habituée à vaporiser des trucs avec son “pshttt pshttt” sans se soucier de la couche d’ozone. Déjà que je n’ai pas le temps de m’occuper de moi-même et surtout des autres, je ne vois pas pourquoi je m’inquiéterai pour la planète, qui va très bien depuis des millions d’années. Moi je vais crever dans quoi, 30, 40 ans ? Alors autant en profiter…

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