Un homme amoureux – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – sam. 13 février 10

Il s’est longtemps tu. Il a longtemps, trop longtemps, tu ses sentiments, enfoui ses peines, caché ses larmes. C’est qu’il n’était pas formaté pour exprimer ses émotions. Il n’avait pas le droit de s’épancher, de se laisser aller, de se morfondre. Ah non, on le voulait viril, solide et muet. Une espèce d’armoire à glace émotionnelle qui garderait pour lui et en lui, ses états d’âme. Amoureux certes, mais robuste. Sauf que… Sauf que les choses ne sont pas aussi simples et qu’aujourd’hui les données ont changé. L’homme est amoureux, il l’assume, le revendique et il est fragile. Il aime passionnément, à la folie. Il pleure, déprime, se morfond et en parle. La voilà la vraie révolution. L’homme amoureux parle. Il commence par le clamer haut et fort et si ça tourne mal, il n’en a pas honte. Il l’écrit, comme récemment Franz-Olivier Giesbert, l’homme fort des médias français dans Un très grand amour, dévasté par une relation passionnelle, il le chante, le filme, le photographie ou le dit tout simplement. Il l’a toujours fait, c’est vrai et les plus belles chansons d’amour ont tout de même été écrites par des hommes… mais là, quelque chose a changé. On est certes dans la confession médiatique. Tout le monde parle de soi, de ses histoires, de ses chagrins. Alors pourquoi pas les hommes ? Voilà. Nul besoin d’études psychologiques ou sociologiques pour démontrer que le sexe faible n’était pas finalement celui qu’on croyait. La chair est faible ? L’homme aussi. C’est que, murmure-t-on, l’homme serait bien plus vulnérable sur le plan sexuel, donc il y aurait faille sentimentale. Elle est énorme celle-ci. Tout serait donc biaisé ? Erroné depuis le départ ? Falsifié ? Les hommes et les femmes se seraient-ils fait avoir ? Les uns par la force, les autres par une prétendue faiblesse. C’est flippant. Ca voudrait dire qu’on s’est tous fait berner. Tous. Depuis le début, depuis la nuit des temps ? Probablement que non. Parce que si “les femmes sont culturellement habituées à exprimer leurs émotions, à partager donc à relativiser, les hommes sont moins enclins la à confession donc plus habitués à refouler”. Les hommes cristallisent, ils fantasment, tripent. Les femmes sont plus concrètes, même si elles rêvent du prince charmant sur son cheval blanc. On est d’accord. Mais les hommes ont besoin de parler, d’exprimer, de dévoiler leur amour et c’est tant mieux. Mais comment le faire quand on n’est pas habitué ? Quand on est coincé dans une société qui ne jure que par la performance et qu’on se retrouve face à des femmes ultra exigeantes et des femmes, surtout, qui ne savent plus ce qu’elles veulent. Un homme fort mais sensible, un macho doux, un cocktail Jude Law/Clive Owen/James Bond qui mêlerait tout à la fois. Pas évident de trouver sa place d’homme amoureux face à ces “nouvelles” amazones qui claquent la porte dès le premier pépin, à la suite d’une déception, à la moindre embrouille. Une fois la demoiselle partie, monsieur se retrouve fort dépourvu certes, mais surtout rempli de sentiments, de sensations et d’émotions auxquels il n’était pas du tout préparé. Si derrière l’homme robuste se cache une véritable fleur bleue, c’est tant mieux. Parce ce que c’est beau un homme amoureux. Pas celui qui plonge dans la mièvrerie, le guimauve, le truc suranné de la cour à deux balles. L’homme amoureux est sublime car il sublime l’autre. L’homme amoureux est beau car il aime passionnément, sans pudeur. Car il pose son regard avec tendresse, douceur. Car il aime ses détails, ces petits accessoires de rien du tout que seul lui aperçoit, ces défauts qui n’en sont plus.. Il aime ses mains, ses pieds, ses chaussettes et ses tenues Petit Bateau, son jogging, ses cheveux tirés, ses larmes, ses doutes, son boulot, ses manies, son odeur, le parfum de son shampoing, ses yeux au réveil, ses cheveux blancs, les rides autour de ses lèvres, son rire, sa passion pour le Nutella, ses films préférés, ses crises d’hystérie et tout le reste. C’est beau un homme amoureux, un homme qui assume, un homme qui a compris qu’être sensible ne voulait pas dire être fragile, qu’être amoureux ne remettrait pas en cause une quelconque virilité et que le dire était une preuve de force et de courage à nul autre pareil… Les hommes ne sont pas plus fragiles que les femmes, mais ils peuvent l’être autant. La voilà l’égalité des sexes, l’avantage de la féminisation de la société. Les mâles ont mal eux aussi et ça fait du bien.

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