Prendre son pied – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – sam. 20 mars

Une paire de chaussures. Des talons hauts, légèrement compensées, noires bien sûr, sexy en diable. De véritables F*** me shoes. Tout ce qu’elles aiment, tout ce qu’ils aiment. En soldes en plus. L’achat idéal, l’achat jouissance par excellence. Un moment d’exaltation que la plupart des femmes partagent, fashionistas ou pas. Ménagère au foyer ou business woman aux dents longues, minette ou lolita, belle-mère coincée ou bru délurée, femme des années 80 ou bloggeuse des 00’s, mince, petite, grosse, grande, laide ou jolie ; les femmes raffolent des chaussures. Et certains/beaucoup d’hommes de leurs pieds. Ça tombe bien. Parce qu’avec les sacs, les chaussures sont les deux achats gravement compulsifs des femmes. Sans faire de la psy bon marché, sans vulgariser en disant que les sacs et les chaussures sont des symboles vaginaux et phalliques, il faut savoir que ces achats sont très importants. Tout d’abord parce que leur taille ne varie pas – normalement – en fonction du poids. On peut grossir, maigrir autant qu’on veut, pas besoin de changer de sac ni de chaussure. Ensuite, si l’œil de tous et de toutes n’est pas forcément aiguisé pour reconnaître d’où vient cette petite robe, quelle est l’étiquette de ce pantalon ou l’année de la vente de ce blazer, on peut rapidement savoir la marque d’un sac ou d’une paire de stilettos. La mode est ainsi visible surtout aux pieds et aux mains. Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos semelles. Les chaussures sont donc objet de fantasme pour quasiment tous. Pour les femmes, les hommes, les petites filles et les petits garçons qui enfilent avec envie les escarpins ou les mocassins de leurs parents. À talons hauts, aiguille, à plateforme, ouvertes, échancrées, à plat, vernies, en daim, montantes, à lacets ; tous les goûts sont dans la nature… Et qu’est-ce qu’on les aime ces chaussures. Les hommes apprécient les leurs également, mais celles des femmes aussi et surtout. Les pieds font partie des fétichismes les plus fréquents, si ce n’est le plus fréquent. Nombreux sont les hommes qui fantasment sur les pieds, scrutent les courbes, savourent une cambrure, rêvent un vernis… Mais est-ce un hasard ? Ou une suite logique d’un héritage historique que nous connaissons peu ou pas. Un tas d’histoires racontent le pourquoi du comment. Ça va des explications scientifiques qui démontrent qu’à cause des maladies sexuellement transmissibles aux 13e, 16e et 19e siècles, on a pris le pied comme substitut, on l’a érotisé afin de lui donner un rôle dans les jeux sexuels ; aux légendes sur la signification de l’expression “prendre son pied”. Est-ce de l’argot pour dire que la femme a eu sa “ration” car au 19e siècle, les voleurs réservaient une ration qu’ils appelaient un “pied” sur leur butin pour leurs complices ? Ou une coutume grecque qui raconte que les femmes prenaient leur pied pendant l’acte pour augmenter leur plaisir ? Toujours est-il que le pied est un objet de désir que les chausseurs du monde entier ont compris. Tout le monde y trouve son compte, certes, mais quand on voit les prix qu’atteignent certaines paires, on se demande pour qui c’est le pied toute cette histoire. Alors oui, on va continuer à acheter des chaussures, à les enfiler, à les ôter, à les ranger dans des boîtes, à les mettre sur des présentoirs, à les vernir, les cirer, à les envoyer chez le cordonnier, à les chérir. D’ailleurs quelle petite fille n’a pas posé ses chaussures toutes neuves à côté de son lit, à la veille de “cha3niné” ? Déjà toute petite, on fait rêver les filles avec des ballerines qui brillent, avec une chaussure de vair/verre comme Cendrillon. Est-ce de là que viendrait l’expression “trouver chaussure à son pied” ou l’inverse ? Perrault, Grimm et les autres auraient-il eux aussi été influencé par l’importance du pied ? Une fois encore, on ne peut pas ne pas penser à la psychanalyse (du conte entre autres) et à la symbolique du pied. Compliqué tout ça ? Un peu, je vous l’accorde. Ne cherchons pas à comprendre ni à analyser, ni à souligner les expressions qui tour à tour sacralisent ou humilient le pied : C’est le pied, un pied de nez, se lever du mauvais pied, bête comme ses pieds. Marmite a trouvé son couvercle. Ah non, c’est pas la bonne… Prenons juste notre pied à essayer de trouver chaussure pour.

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