Jours fériés – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – sam. 03 avril 2010

Dimanche dernier, c’était la fête des Rameaux. Demain, Pâques. Une semaine de festivités, de tradition, de déjeuners, de visites… et puis de chasses aux œufs, de maamouls et de blanc. Dimanche dernier donc, Chaaniné. On a sorti les bougies décorées de nounours, de papillons, de Monsieur/Madame, de Hello Kitty. Certains les ont rapportées à a maison, d’autres ont respecté la tradition et les ont troquées contre une branche de rameaux. Mais entre temps, il y eut la fameuse procession. Une espèce de tour organisé où tout le monde se presse, prend en photo, filme les autres. Les plus stoïques de tous étaient les papas à calvitie qui supportaient avec un héroïsme respectable les gouttes de cire chaude sur leurs crânes. C’est que les plus petits n’ont jamais envie de marcher et que la tradition veut que les papas portent leur progéniture sur leurs épaules. Entre les coups de pieds, le poids du gosse et la cire chaude, cela ressemble plus à un chemin de croix qu’à une entrée dans Jérusalem. Idem pour les mamans, admirables car à l’instar de leurs gamines, avaient chaussé leurs plus beaux escarpins, essayant tant bien que mal de marcher sur dix centimètres de talons afin de se frayer un chemin – épineux bien sûr – entre les froufrous, les dentelles et autres costumes lamés. C’est que la Chaaniné est le défilé de mode de l’année. On se pare de ses plus beaux atours, on achète une nouvelle tenue aux enfants, on ose la chemise violet irisé en polyester et on gomine sa chevelure. « Mama, viens ici ». « Jeddo, tiens toi droite ». Allez comprendre pourquoi nous sommes les seuls au monde à appeler nos enfants : « maman, papa, jeddo ou téta ». Quelle aventure cette Chaaniné. Mais heureusement, qu’on a eu la grandeur d’âme de proposer au personnel de maison de nous accompagner. Elles sont pratiques ces jeunes filles quand il s’agit de prendre une photo de famille devant le parvis de l’église ou de courir derrières les mioches quand ils s’échappent de l’œil vigilant de leur mère, plus occupée à saluer tous les membres de la communauté orthodoxe d’Achrafieh, que d’éviter à sa petite de se brûler les doigts. Franchement, que feraient les Libanaises sans cette aide précieuse que sont Shanti, Rosa ou Noémie… On devrait penser à eux d’ailleurs quand on prend une décision de nouveau jour férié au Liban. On a depuis quelques années seulement, le Noël Arménien à célébrer, l’Annonciation depuis quelques jours, un Vendredi Saint en moins contre un Lundi de Pâques, un jour en plus à Adha pour un de moins à Ramadan. On pourrait donc respecter les communautés sri-lankaises ou philippines et leur attribuer un jour férié également… Les décisionnaires (c’est qui d’ailleurs ?) de ce genre d’événements font tellement dans le grand n’importe quoi, que cette année, on ne sait plus qui chôme, quand et pourquoi. On avait retiré le Lundi de Pâques de la liste des congés, on l’a remis. En échange de quoi – parité oblige – on a rallongé à nouveau la fête de Adha. Mais certains chôment le Vendredi Saint, d’autres pas. Ca dépend des années. Cette année, comme les communautés chrétiennes célèbrent Pâques ensemble, on a rajouté des jours pour que tout le monde soit content. Le Christ est ressuscité ? Tu auras quatre jours « off ». Deux pour les Maronites/Catholiques, deux pour les Orthodoxes. Tu auras deux ou trois jours à Eid el Kbir, ça dépendra de la lune et un lundi au cas où une fête a la mauvaise idée de tomber un samedi… Au Liban, on n’a que deux semaines de congé par an, mais 152 jours fériés et plus si jamais une personnalité du monde arabe venait à décéder. Ah ben oui, le fonctionnaires sont tellement submergés de travail qu’il faut bien leur donner quelques heures et jours de plus pour qu’ils décompressent… les pauvres. Je me demande quelle fête nous allons célébrer l’année prochaine. Il reste encore l’Ascension et la Pentecôte. Donc deux jours supplémentaires à trouver pour les communautés musulmanes. Sinon, on fera comme cette année, on créera un nouveau jour férié pour tout le monde même si les uns et les autres n’étaient pas d’accord, un jour pour la libération des Fermes de Chebaa, un jour pour l’élection d’un président, un autre pour la commémoration d’un décès. On finira sûrement pas avoir quelques jours en plus, comme ça, pour le fun. Commençons déjà par savoir si lundi, on travaille ou pas.