Peut mieux faire – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 16 avril 2011

« Tu t’laisses aller » disait l’autre. Effectivement, on se laisse aller. Sûrement pas du point de vue de l’esthétique. Plus personne, mais alors quasiment plus personne ne se laisse aller. Pourtant on y gagnerait à lâcher prise, à ne plus rien contrôler. Mais non, on ne peut pas. On doit tout surveiller. Le temps, l’âge, les rides. La laideur et les défauts. Les points noirs, la matière grasse et malheureusement la matière grise. Là, on en fait des efforts. Pour se maintenir. En forme ou dans le rang. Tout est possible. Pas de laisser aller du point de vue des apparences. Pas une mèche qui dépasse. Et quand bien même, il y aurait un petit épi rebelle, il est savamment étudié. Par contre, du point de vue du savoir-vivre, de la politesse, des bonnes manières et autre civisme, bonjour le respect des règles. On est dans la débandade absolue, la perte de tout sens de la courtoisie. Pour soi, oui. Pour les autres, non. Aujourd’hui, tu peux te toucher avant de tomber sur le minimum, mais alors le minimum en matière d’efforts (cordiaux ou pas). En 2011, on n’invite plus, on sms (on bbm, on whatsapp, on whatever). On ne soulève plus le combiné pour convier quelqu’un à un dîner, à une soirée, à un anniversaire. Non. On envoie un message. Pas genre télégramme ou papier Bristol comme à la grande époque. Du tout. On est bien moins glam. On va pas s’emmerder à appeler les 150 personnes qu’on attend samedi soir à notre open house. Un petit message suffit. Répondra, répondra pas. On s’en fout, on a prévu un buffet finger food pour 100 personnes. Et oui, parce que quand on reçoit autant de monde, on ne va pas non plus, se mettre à cuisiner. Même pour 20. On apporte « de dehors ». Min barra. En tâchant de bien songer à prendre le même caterer que tout le monde, comme ça, le même tout le monde saura combien on a raqué. Se mettre derrière les fourneaux et cuisiner avec amour, ce n’est plus d’époque. D’ailleurs, de moins en moins de femmes savent faire une basella ou un riz au poulet. Pas le temps. D’accord. Ni l’envie. Plus triste. On ne fait plus d’efforts. Faut pas s’étonner ensuite, que ces mêmes gens qu’on a invités par sms, n’aient pas le cœur à la fête. Quand tu n’as pas envie d’appeler quelqu’un pour lui dire de venir chez toi, il n’aura probablement pas envie de venir. On passera sur les anniversaires d’enfants. « Merci pour la magnifique Barbie Princesse qui court les cheveux blonds au vent derrière Ken. Soha a adoré ». Sauf que, manque de pot, moi je t’avais offert un bel ensemble de plage que j’avais pris la peine d’assortir aux yeux bleus de la petite Soha. Fallait apprécier le fait que je m’étais déplacée pour choisir un cadeau. Ah ben oui, c’est un sacré effort que de se bouger le cul et de se remuer les méninges pour offrir le cadeau parfait. Avant, on se triturait l’esprit afin de trouver le perfect gift pour le mariage de sa meilleure copine. Bon d’accord, la chute de lit en polyester imprimé ou le sous-plat à sanniyé en crochet, c’était dur à échanger. Mais il y avait quelque chose de terriblement personnel dans cette « offrande désuète ». Aujourd’hui, de mon oncle Ziad, j’ai reçu 300 dollars sur le compte commun ouvert dans la branche Dora de la banque X. Ultra glam le compte bancaire. Il n’y a plus aucun tabou. Et dire qu’avant, c’était une faute de goût horripilante que de glisser avec le carton, l’adresse de la liste de mariage. Maintenant, c’est : please, donnez-nous du fric. Exactement comme les films de mafia où les parrains glissaient une enveloppe dans le veston du jeune marié… On invite pour inviter, on fait manger pour faire manger, on offre pour offrir. That’s it. Il n’y a presque plus aucune espèce d’envie de faire plaisir derrière. C’est quoi ce bordel ? C’est tellement agréable de recevoir un coup de fil et d’entendre une voix te chanter « Happy birthday hayété ». Ça ne coute rien, un coup de fil. Pourtant, au lieu de ça, on reçoit des HBday, en veux-tu, en voilà sur Facebook. Même des proches. Coincés entre deux « Joyeux anniversaires » souhaités par des gens que je ne connais même pas. Pire, qui ne me saluent même pas quand je les croise dans la rue. Du grand n’importe quoi. Par contre, quand il s’agit d’aller faire du socialzing dans des condoléances, là, on met les bouchées doubles, les petits plats dans les grands, les Louboutins aux pieds et le Chanel à l’épaule. Ah, rien, mais alors rien n’entravera l’effort fait pour se frayer un chemin vers un salon d’église. Rien.

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