Time after time – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 14 mai 2011

Je voudrais suspendre le temps. Que la terre s’arrête, pour descendre. Que les jours soient plus courts et que les nuits plus longues. Arrêter le temps, comme ça, en un claquement de doigts. Fixer un moment et le faire perdurer. Mais le temps n’attend pas. Il n’attend jamais. Chaque heure, chaque jour, il passe. Il joue contre nous. Pourtant on reste accroché au chronomètre, à l’heure, aux aiguilles qui tournent. Aux jours de la semaine, aux anniversaires, aux mois qui passent, aux années qui défilent. “Si j’avais un peu plus de temps”… Il suffit de l’apprivoiser, de le dompter. De l’optimiser. Pas en ecxellisant sa journée ou en faisant un calendrier détaillé du programme de la semaine. En le savourant. En le buvant jusqu’à la lie. Parce qu’après tout, le temps, c’est un concept développé par l’être humain pour appréhender le changement dans le monde. Moi, je n’ai pas envie de segmenter ma vie. Plus envie de regarder en arrière ou de ne penser qu’à l’après. Je me fous de la conjugaison des verbes. Du passé, du futur, du passé antérieur ou de l’imparfait. Surtout de l’imparfait. Parce que je suis perfectionniste. Je préfère recomposer le passé et ne penser qu’au présent. Personne ne sait de quoi l’avenir est fait. Je n’ai pas envie de perdre mon temps à penser à ce que je vais faire. Je préfère faire. Maintenant. Tout de suite. Je ne veux pas me laisser avoir par le compte à rebours de la vie. J’opte pour l’instant. Le moment présent. À chaque jour suffit sa peine ? À chaque jour ses joies. À chaque jour ses premières fois. À chaque fois, son timing. Sagan disait si bien « Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps ». À contre temps. On peut le contrer, l’affronter. Suis-je née à la mauvaise époque ? Suis-je d’un autre temps ? Peut-être. Peu importe… Y’a-t-il plus beau qu’un moment ? Un moment de grâce, un moment d’amour. C’est tout ce qui compte. Un regard, un film, une chanson. C’est ça la vie. Une succession de moments, d’instants. Et si le temps nous joue des tours, il suffit de le voler. De casser la routine. De prendre la vie à contrepied. Parce qu’il y a le meilleur et il y a le pire. C’est difficile parce qu’on remet toujours au lendemain ce qu’on aurait pu faire le jour même. À chacun son rythme, sa cadence, son temps. “Il a fait son temps”. Maktoub ? Est-ce écrit ? Il y a donc une durée de vie pour chacun. Une date de péremption. Et ça nous ramène au même point. Savourer. L’amour, les autres, les joies. Ce qui rend belles les histoires d’amour, c’est qu’elles ont un début et une fin. Un temps pour naître, un autre pour s’éteindre. Faut juste accepter de s’arrêter à temps. Au bon moment. La vie est cyclique. Il y a un temps pour tout. Un temps pour aimer, un autre pour rire. Un temps pour pleurer, un autre pour dire… Je veux prolonger notre histoire, cette journée à la plage, cette nuit en bord de mer. Je veux réécouter cette chanson 50 fois, je veux revoir ce film avec mes yeux d’enfants, je veux ouvrir mes cadeaux sous le sapin, coiffer ma Barbie, m’émerveiller devant la diligence Playmobils, je veux croire au Père Noël, je veux magnifier mes souvenirs. Les repenser, les faire revenir d’un autre temps. Je veux plonger mes pieds dans l’eau glacée et salée une nuit de septembre, je veux te revoir naître, je veux relire mes lettres, je veux te sentir. Je veux et je le peux. Parce que tous ces instants ont fait ce que je suis aujourd’hui. Feront ce que je serai quand j’aurai fini avec mon temps. Je veux et je peux, revivre nos fous rires, nos larmes, nos émotions, nos silences. Je veux relire Cohen, Maupassant, Irving. Je veux l’espace d’un instant penser que je suis Ariane, Sissi, Scarlett. Je vole ce moment, je le fixe sur un Polaroid, en instantané, pour l’éternité. Je prends trois heures à faire des vœux au Solitaire, je croise les doigts, je rejoue Thelma, je souris à Louise, je retrouve Pénélope, Memory. « Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours: Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours ! ».

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