Fa2ssé – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 21 mai 2011

L’air est frais. Assez encore pour ne pas mettre l’air conditionné. Assez pour laisser la fenêtre ouverte. Les persiennes sont fermées et une légère brise embrasse la chambre. Il est 23 heures. Pas un bruit, ni un klaxon. La rue est calme. J’entends le vent dans le feuillage. Je me laisse bercer par le son du printemps. Et je m’endors. Paisiblement. Jusqu’à ce foutu instant où un p*** de moustique décide de passer collé serré sur mon oreille. Un bruit infernal. Un wiiiiiin interminable, qui passe et repasse. Entre deux piqûres. Je me gratte, me fous une série de claques. Rien n’y fait, la s*** (seules les femelles piquent dit-on) ne lâche pas prise. Et la prise c’est moi. Cette nuit de printemps sera blanche. Trois spots sur la joue droite et l’oreille endolorie par mes vaines tentatives de tuer la bête. Un moment fracassé par un truc qui ne mesure pas plus d’un centimètre… Y’a-t-il plus frustrant qu’un moment, tué par un petit emmerdement ? Un moment de grâce ou de joie. Un moment où comme ça, on a envie de se lâcher. Et puis pouf, c’est le bordel, la débandade. “Dog days are over” à fond la caisse sur mon iPod, je me lance dans une danse frénétique et endiablée en plein milieu de mon salon, mon spray de déodorant en guise de micro, ma chevelure partant dans tous les sens. Je suis Florence sans ses machines, blonde peut-être, mais Florence quand même. Evidemment, la musique étant à fond, je n’entends pas la porte sonner, ni s’ouvrir. Je n’entends et surtout ne vois pas le curé de la paroisse venu encenser la maison pour l’Epiphanie. Ça craint big time. Je ressemble plus à Madonna condamnée après le clip de “Like a prayer” qu’à La Callas chantant l’Ave Maria. Ya ard ncha2é wou bla3iné. Mon quart d’heure de célébrité, je m’en serai bien passée. Heureusement que je n’étais pas en petite culotte comme quand j’ai ouvert la porte au mec de l’électricité. Qui n’a jamais aussi bien porté son appellation. Pour être électrique, elle l’était la rencontre. Quoi ? Je ne peux pas me promener en petite tenue dans mon appartement ? Et puis, pourquoi a-t-il sonné trois fois comme le fait ma mère ? Dans le genre, je suis seule, libre, tu peux oublier. Se faire gauler quand on ne le veut pas, c’est la LEM (Loi de l’emmerdement maximum) comme le dit si bien ma copine qui vit à Ain Aar. Tu fais le mur à 16 ans pour aller t’éclater en boîte, tu te tapes une cuite et tu finis ta soirée en train de vomir sur les pantoufles de ton père qui a eu la bonne idée de se réveiller à 5h cette nuit-là. Un moment de grande solitude quand tu te retrouves punie pendant deux semaines alors que tu viens de rencontrer l’homme de ta vie dans ladite boîte. Va falloir trouver quelque chose pour se distraire. Un film ? Un chick flick passe à la télé. Un truc bien sirupeux. Avec des violons, des larmes, des baisers et des butterflies dans le battoun. Elle va lui avouer son secret, il reste une dizaine de minutes, ça y’est, ils vont s’embrasser, il va lui déclarer sa flamme, qu’elle est la femme de sa vie, celle avec qui il a envie de vieillir. Elle pleure. Pas seulement elle. Moi aussi, mais de rage. Parce qu’EDL a décidé de faire des siennes. Panne de courant. Le moteur (quel nom con quand même) peine à démarrer. Et la lumière fut. Mais pas le câble. Merci pour le générique de fin. Merci. Merci aussi au chauffeur de 85 ans, à deux à l’heure, qui a décidé de nous pourrir notre balade dans les routes sinueuses de la montagne du Chouf. Merci au pigeon qui a décidé de jeter son lest pile poil sur mon épaule alors qu’il s’apprêtait à me tenir la main. Merci au soutien de mon maillot qui a lâché alors que je me la jouais Ursula sortant de l’eau. Merci au chef d’avoir arrêté de faire le steak tartare de la maison alors que cela faisait trois semaines que j’avais réservé et que j’en salivais. Merci au champagne millésimé qui a perdu ses bulles, au Château Cheval Blanc bouchonné. Merci à mon cycle irrégulier qui débarque en pleine nuit d’amour. Merci aux aléas, au hasard, à la poisse, au mauvais œil, pour tous ces moments qui auraient dû être sublimes et qui finissent en fiascos. Pour ces petits instants de merde. Merci à mon Mac qui vient de bugger pour la première fois de sa vie au moment où je notais le numéro de Bardley Cooper. Ouais je sais, c’était pas Bradley Cooper…

Publicités