Madame est vernie – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 28 mai 2011

L’été a peiné à commencer. Mais le voilà enfin. Il y a le ciel, le soleil et la mer. Polluée certes, mais la mer quand même. Coquillages et crustacés sur une plage abandonnée. Aux côtés de sacs plastiques et autres substances totalement inconnues sur terre. Mais bon, voilà l’été. Son bleu azuré et ses jambes bronzées, son odeur de monoï et ses cheveux huilés, ses beuveries tardives et ses rooftops. L’été s’ra chaud. Mais Beyrouth, c’est pas Monaco 28° à l’ombre. Beyrouth, l’été, c’est Beyrouth. Avec ses codes, ses règles et ses lieux cultes. Pas de Lambada ou de Soca Dance à l’horizon. Juste un peu de Waka Waka (un an après) pour débuter les festivités… Va y en avoir du monde sur les plages. Du Nord au Sud en passant par Beyrouth, du lundi au dimanche, de juin à octobre, les Libanais et leurs invités vont se dorer les fesses. Même en montagne. Teint halé, peau bronzée, visage immaculé, et personnel avec soi. Parce que beaucoup de Libanaises, mais alors beaucoup, beaucoup trop ne peuvent plus se déplacer sans leur « personnel » – pour ne pas dire l’expression préférée des enfants : « leur bonne ». particulièrement une fois l’été venu. Vous vous imaginez franchement, une de ces pétasses sans sa « maid » pour porter le sac, les serviettes mouillées et surtout, mais alors surtout, s’occuper des mioches ? C’est une des situations les plus ahurissantes qui soient. 40° à l’ombre, 99% d’humidité. Une chaleur de bête, un soleil de plomb. Les gens barbotent, un verre à la main sans se soucier de rien, et là, sans avoir ni le droit de se baigner, ni de se mettre en maillot, les nounous (c’est politiquement plus correct) s’efforcent d’attraper le petit qui a manqué de se noyer, l’aîné qui tente une brasse coulée. Une heure plus tard, elles se coltinent – sans parasol – le château de sable, éclaboussées 153 fois par la jolie petite en rose, qui trouve ça très drôle de voir « sa bonne à l’uniforme mouillé ». « Maman, viens voir ce que j’ai fait ». Maman fait un signe de loin. Impossible de lever le moindre petit doigt avec cinq caïpirinhas dans le sang. Mais qu’est-ce qui peut bien passer par la tête des gens ? À ce stade-là, ce n’est plus un pétage de plomb, ce sont tous les fusibles qui ont fondu. C’est donc impossible d’aller à la plage sans se faire servir ? C’est tellement compliqué de s’occuper de ses enfants ? De les surveiller, de les sécher, de les faire manger, de les faire jouer ? D’accord, parfois, c’est une véritable épopée que de prendre soin de trois enfants qui courent dans tous les sens. Qu’on a besoin, aussi, de relaxer après une longue semaine de boulot. Mais quand même. Ils font comment les gens qui n’ont pas d’aide ? Ils noient les enfants ? Il faut juste penser à ces jeunes femmes qui en bavent vraiment « sous le soleil exactement »… « Haram, elle prend l’air un peu ». Oui bien sûr. Le dimanche, au lieu de retrouver ses copines (souvent de fortune), elle se tape la plage ou le resto avec la famille. Ah, ça c’est sympa le resto. En bout de table. À côté des enfants. Pendant que papa, maman, jeddo, téta, 3amo, khalto ingurgitent leur poisson (et autres coquillages et crustacés), la jeune femme, elle, avale un sandwich en trois minutes parce qu’il faut empêcher les jumeaux de quatre ans de faire une bataille de hommos entre deux rangées de tables. Sont mal élevés les gosses. « De l’eaaaaaaaaau ». Le s’il te plait, merci, je me bouge le cul pour aller chercher un verre de la cuisine, on ne connaît pas. Non. Et comment voulez-vous qu’un enfant soit poli quand il voit ses parents se comporter ainsi ? Maman emmène Lata, pour l’aider à faire son shopping. C’est de plus en plus fréquent. Un truc de fou ! Comme ça, y’a quelqu’un pour porter les sacs. C’est tellement pratique. Elle pousse la poussette, tient la bouteille d’eau, la barbe à papa et même le sac à main. Une vraie promenade, en oubliant, évidemment que la demoiselle voit la brave dame dépenser sur une paire de chaussures, l’équivalent de six mois de salaires. Le grave problème, c’est que nous sommes un peuple d’assistés. D’assistés égoïstes. On ne sait plus comment fonctionner normalement. Sans un tiers. Qui prend la place de la mère, du père, du chauffeur, de la nounou, de l’infirmière, de la cuisinière… du souffre-douleur. Mais là, ce n’est plus un petit article qu’il faut, c’est tout le code pénal.

 

 

 

 

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