Wanna Be – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 18 juin 2011

On a communément tendance à penser que le Liban est un pays où très peu de professionnels exercent. C’est vrai que la plupart des gens avec qui on travaille, sont généralement des amateurs. N’importe qui devient plombier ou chauffeur, n’importe qui se lance dans la restauration, ouvre un bar, fait de la musique, devient esthéticienne. Les vendeuses savent rarement vendre, les électriciens brûlent les câbles, les profs de sport n’en font pas, les nutritionnistes prescrivent, les politiciens n’y comprennent rien. Le Liban est un pays d’amateurs. C’est ce qui fait son charme d’ailleurs. C’est le voisin qui t’arrange l’ampoule du grenier, le cousin qui te scie une table, la copine qui te fait le catering. L’amateurisme, ça a du bon. Certes. Mais la chose la plus intéressante dans la société libanaise, c’est qu’elle n’est pas seulement constituée d’amateurs, mais surtout, surtout, de « wanna be ». On le sait bien, la société libanaise est constituée de groupes sociaux. De strates, de castes, de niveaux, qui mêlent les confessions mais presque jamais les revenus. On ne mélange pas les serviettes et les torchons au Liban. Sauf si l’autre est intéressant, intelligent ou connu. Là, on accepte les pièces rapportées parce que ça fait bien. Eh bien, même ces groupes sociaux confortablement établis, la plupart centrés sur les apparences, sont constitués à 90% de « wanna be ». Personne n’est véritablement à l’aise dans son uniforme, dans son costume. Tout le monde rêve d’être quelqu’un d’autre. Complexes ? Ennui ? Manque de personnalité ? Envie ? Les raisons sont multiples. Et le résultat le même. Et c’est drôle, excessivement drôle de regarder ces « wanna be » en puissance, œuvrer et évoluer… Les plus beaux ? Les wanna be riches. Si un journaliste de la BBC, il y a à quelques années avait défini les Libanais de la manière suivante: Lebanese people spend money they don’t have, on things they don’t need to impress people they don’t like, c’est qu’il avait tout compris. Les « j’aimerais paraître riche » sont fabuleux. Cigare (bon marché) à la main, faux sac Chanel et maquillage outrancier, photos dans Mondanité, tout, mais tout est possible pour arriver à leurs fins. Sauf que ces wanna be-là ne sont pas les seuls à boxer dans cette catégorie. Il n’y a pas que des ersatz de friqués dans la grande famille des « bourgeois nantis », il y a tous les nouveaux riches, les parvenus, les anciens riches, les fils de bonne famille (comme on aime les présenter dans les salons achrafiyotes) et les jeunes mariées aux dents qui rayent le parquet. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette du dollar. J’arbore un Birkin, je ne voyage plus qu’en business et je lance mes invitations à tour de bras pour immortaliser dans mon album de photos, mes amitiés avec les gens de la High – d’autres wanna be. Mais, ce ne sont pas les seuls à jouer les coudes pour « appartenir à », à avoir de high expectations. Les wanna be sévissent partout, dans tous les milieux sociaux culturels. Il y a les wanna be bobos. Qui habitent dans des quartiers populaires parce que ça l’fait, qui ne se coiffent pas (z’ont pas le temps), traînent rue Gouraud et rue Makdessi, traînent la patte, jouent à l’artiste écorché, au drogué en repentir, disent ne pas fréquenter les soirées mondaines, mais n’en refusent jamais une, sous prétexte que c’est ma cousine-qu’elle est cool-même si elle est friquée-et social climber-et que le crowd ne sera pas vraiment snobinard. Les wanna be bobos sont à tous les vernissages, se payent des toiles (parce que s’ils peuvent êtres aussi bohèmes, c’est qu’ils sont bourrés aux as) les emportent dans leur Mini (ils ne conduisent jamais de berlines) et vont nager à Batroun ou dans des plages plus nature. Le désir d’en être est donc commun à tous les groupes. Wanna be bimbos usant et usant de la chirurgie plastique, quitte à contracter un emprunt sur 72 mois pour se refaire les seins, le nez et liposucer les cuisses, passant à la teinturerie capillaire chaque deux semaines, les wanna be intellectuels de gauche arabisants (proches des bobos et des riches) qui “ne se prennent pas la tête sur des problèmes superficiels, utilisent Facebook comme un grand réseau de propagande et de militantisme et aiment perdre leur temps dans des considérations existentielles”. Faut juste leur dire que Paolo Coehlo n’est pas le plus grand philosophe de tous les temps, ni Marc Levy, un grand auteur. Wanna be jeunes, wanna be plus vieux, wanna be styliste de mode, créatrice de bijoux… Pffft. Bon faut que j’y aille, je dois ‘m’la jouer.

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