Poster boys – Médéa Azouri – L’orient-Le Jour – samedi 29 octobre 2011

Faut pas se le cacher ni chercher à comprendre, on a tous au fond de nous, un petit côté midinette. Une espèce d’ado hystérique de 13 ans, fourguée quelque part entre les souvenirs et les désirs pré pubères. Une mini Hanna Montana en chaleur, quoi, fan de Twilight et de mèches rebelles, aficionado devant l’Eternel, d’acteurs et de chanteurs imberbes. Un rien, mais alors un tout petit rien réussit à émoustiller cette jeune fille sentimentale et un peu mièvre qui sommeille en chacun de nous. Femmes et hommes confondus. Il suffit donc d’un micro événement, d’une légère manifestation pour qu’explose la/le Britney/Bieber en nous… Il suffit que Rob Lowe débarque à Beyrouth pour que les adolescent(e)s de 40 ans se déchainent. Ce n’est surement pas le sénateur Robert McCallister (mari penaud de Calista Flockhart dans Brothers and Sisters) qui a excité les foules. Du tout. C’est plutôt le jeune homme d’Outsiders, de Class, de Youngblood qui a fait frémir les cœurs de ces ex demoiselles. Premier grand interprète d’une sex tape où on le voyait dans un threesome avec une mineure. Poster boy dans les années 80 avec ses compagnons de l’époque, Tom Cruise, Patrick Swayze, Matt Dillon, Emilio Estevez et qu’on appelait les Brat Pack, le jeune homme était un fantasme absolu, un véritable sex symbol. Déjà qu’il était beau, fallait pas essayer de pénétrer l’imaginaire des jeunes filles de l’époque quand elles ont su qu’il filmait ses ébats avec plusieurs femmes. Heureusement pour lui et malheureusement pour elles, Internet n’existait pas à l’époque. Sinon, on aurait Paris Hiltonisé le beau Rob Lowe. Scruté le moindre de ses mouvements. Et cherché à comprendre ce qui se passait, là dans la suite de cet hôtel parisien. Et bien, le beau Rob Lowe a passé 24 heures dans la capitale. De quoi raviver les premiers émois de jeunesse de toute une génération… Mais la question n’était pas ce jour-là : who the f*** is Rob Lowe ? La vraie question était et est toujours : grandira-t-on véritablement un jour ? Pourra-t-on sortir de cette période à la fois fondatrice et cruelle qu’est l’adolescence ? Probablement non. Parce que, 15 ans, 25 et/ou 35 ans après cette éprouvante période d’acné, d’embûches et de voix qui n’a pas encore mué, il suffit d’une petite étincelle de rien du tout pour faire (re)jaillir. Et hop, d’un tour de main, on remet (virtuellement ou pas) ses bracelets brésiliens, ses goonies en plastique fluo, ses crucifix aux oreilles. « Wake me up before you gogo» à fond dans les oreilles, et telle une minette de 15 ans, on se retrouve face à son miroir, l’Obao en guise de micro, tentant avec difficulté de se rappeler le pas de danse de rumba de la grande Dali. Cœur d’artichaut et larmes de crocodile quand le mari se fait la malle ou que l’amant prend la tangente. Hystérie vocale quand Mika arrive sur scène, alors qu’on est là pour les enfants il paraît. Euh… pareil pour Shakira. Deux, trois, quatre verres dans le nez et vous voilà propulsé au firmament de la crétinerie post Candy/Goldorak. Rien d’étonnant que les retours de flamme n’arrêtent pas de se déclarer. On ne sort jamais vraiment indemne de son adolescence. Souvenirs mouillés dans le petit chalet d’un complexe balnéaire de la baie de Jounieh, sensation de vitesse au volant de la Range Rover de papa, volée à quatre heures du matin après une knefé chez Sea Sweat. Jehlén ? Retour en jouvence simplement. Comme quand on se coltine une série jusqu’à pas d’heure, en se marrant, un pétard dans une main, un verre de whiskey/coke dans l’autre. Les résidus et autres déchets de cette époque collent à la peau comme un pansement qu’on n’arrive pas à déscotcher de son index. Et on aime ça. On aime parce qu’on n’a pas envie de prendre de la bouteille. La bouteille, on veut la boire. Comme lors d’une première cuite. Et toutes ces premières fois dont on est sempiternellement en quête. Pas besoin, donc, d’avoir 15 ans pour vibrer. D’ailleurs, est-ce que les jeunes de 15 vibrent-ils encore aujourd’hui ? Est-ce qu’ils s’éclatent ? Est-ce qu’ils tripent sur La Boum ? Sur West Side Story ? Pas étonnant qu’on leur refourgue Footloose cuvée 2011, moins de 30 ans après la version originale. Si jeunesse savait que vieillesse peut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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BFF – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 22 octobre 2011

L’ami Caouette me fait la tête. Mais mon ami(e) lui/elle, ne me tient pas rigueur. Ni ne me fait la gueule. « C’est mon/ma meilleur(e) ami(e) ». On dit qu’on ne choisit pas sa famille, qu’on choisit ses amis. Parfois on ne les choisit pas. Parfois, ils arrivent sans crier gare. Ils poussent grand la porte entrouverte sans s’être annoncés. Ils raboulent et s’installent confortablement sans faire de bruit. On ne saura irrémédiablement jamais ce que la vie nous réserve comme « circonstances fortuites ». On ne sait pas pourquoi ni comment cette femme que j’ai rencontrée hier est devenue, une nuit sans lumière de lune, ma plus belle confidente… La vie, est une succession de rendez-vous avec des gens dont on n’aurait pas pensé une seconde qu’ils feraient, un jour, partie intégrante de notre quotidien. C’est drôle une rencontre. Surprenant. Terriblement enrichissant. Et puis il y a ces gestes. Les gestes qu’on n’attendait pas d’ici. Une main tendue, une phrase, un sourire. Une confession, un secret, une confiance, insoupçonnés. « Tu te rends compte, maman et toi, vous ne vous connaissez que depuis trois ans, pourtant j’ai l’impression que tu as toujours fait partie de notre vie ». Et vous êtes amies depuis combien de temps ? Quand je l’ai vue te caresser les cheveux hier et te demander où tu étais parce qu’on était samedi, j’ai compris que vous vous connaissiez depuis des lustres. Effectivement. Depuis mars dernier. « Viens pleurer chez moi, si tu es mal, si tu as du chagrin ». « Reste dans ta chambre si tu n’en as pas envie d’en sortir, mais viens quand même en voyage ». « Raconte-moi, dis-moi, écoute-moi ». Je te parle, je te discerne, je t’épaule, te soutiens. Tu viens chez moi me raconter tes histoires. En anglais. Je te comprends. Tu recroquevilles tes jambes sur mon grand canapé de cuir noir. Tu es ma collègue, ma voisine. Tu as fait une opération, je suis chez toi. Je longe Jounieh, Antélias, Dora, tous les jours pour te changer les idées. Je te connais depuis qu’on est petites. Mais on se redécouvre chaque quelques temps. Nous sommes marraines. Je traverse la rue, je vous rejoins. Je fais partie des nouvelles recrues. Pourtant le lien est fort. Plus récent mais tout aussi intense. Tu fais ta manucure ? On arrive. On prend le thé, on ouvre le frigo, on mange des Carambars. Ça rigole, ça piaille, ça angoisse, et ça se connaît depuis moins d’un an. C’est comme ça. Pas besoin d’explication. De besoin, je n’en ai pas. Je n’ai pas besoin de te demander de garder mon fils, ni de le(s) prendre au Sporting. Je sais que tu le feras. Nous ne sommes pas des amis d’enfance, ni d’adolescence. Nous sommes des amis de jeunesse. Ceux qu’on saisi en cours de route, en connaissance de cause. Ceux avec qui les accrochages se font rares, ceux qui rient à des blagues débiles… On ne se connaît que depuis quelques semaines, quelques mois et pourtant. Pourtant les mots passent. Les maux s’effacent. On ne se pose aucune question. On n’en sent pas la nécessité. Je prends en photo des petites annonces, je t’appelle en pleine nuit, je te ramène chez toi, je peux compter sur toi. Je casse la gueule à celui qui t’a fait de la peine, je le boycotte. Je te donne mes clés. Les clés de mon appartement parce que tu y es chez toi. Je te retrouve lors d’un mariage, et tu changes ma vie. On s’était perdu de vue et désormais nos yeux ne se quittent plus. Je te masse. Je te transmets mes énergies, tu me maquilles. On en ri. Pourtant, Dieu seul sait combien de fois on s’était vu avant aujourd’hui. Tu m’as adoptée. Vous m’avez adopté. On partage nos repas. On joue aux cartes. On t’appuie. On t’encourage. Grâce à sa confiance, je t’accorde la mienne, je connais tes secrets, je ne te cacherai pas les miens. Dès notre première entrevue… À partir de ce jour, d’aujourd’hui, de ce moment, de cet instant, nous serons amis. Amis alors qu’on ne se connaissait pas il y a quelques secondes. Alors que nos vies ont pris des parcours différents. Alors qu’on habite dans le même pays depuis 35 ans et qu’on ne s’était jamais vu auparavant. Parce que c’est comme ça. Parce que souvent, les plus belles preuves d’amour, de confiance et d’amitié sont faites par des étrangers, des inconnu(e)s, des collaborateurs, des amis d’amis, et qu’elles effacent les vieilles trahisons et écrasent les anciennes amours. Parce que tout simplement, on a compris que si « l’amour est parfois nuisible, l’amitié est toujours profitable ». Aussi récente soit-elle…

Angoisse 2.0 – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 15 octobre 2011

BBM (l’instant messaging de BlackBerry) a buggé. Les Libanais aussi. Agitation générale. Que se passe-t-il ? Comment on fait ? Comment on va faire ? Comme si le BB user ne savait pas fonctionner via sms, comme si Internet qui disparaît de son téléphone, l’empêchait de vivre normalement. Du grand n’importe quoi. BB a collapsé ? Et que ça pleut des commentaires sur Facebook ou sur Twitter. Débandade absolue, déconnexion du monde. On philosophe sur l’inutilité d’avoir un Smartphone, qu’on en est l’esclave. Bla bla bla… Effectivement. Il y a quelques années encore on se passait de ce petit clignotement rouge, des cellulaires, de Facebook, du Net, de Twitter, du WiFi, de l’ADSL, des chats, du câble et de ses 150 chaînes, du iPod et des ordinateurs portables. Et on ne s’emmerdait pas. Mais alors pas du tout. Bien au contraire. On se portait très bien. Mieux même. On ne connaissait pas ces angoisses 2.0 Ni la peur de voir son téléphone rendre l’âme, ni la peur d’être déconnecté du monde. On n’était pas joignable tout le temps. The person you have called is unreachable/unavailable for the moment, please try again later. Le bonheur. Injoignable, introuvable, intraçable. Pas d’intrusion dans la vie privée. On était bien. On était bien parce qu’on ne savait pas. On ne savait pas ce que c’était d’être à la merci des nouvelles technologies. On ne savait pas qu’on pouvait vivre avec. Faut pas s’étonner, en conséquence(s), que les gens se mettent à paniquer quand on leur impose de vivre sans. Ces angoisses-là sont là sont tout aussi nouvelles que l’est notre immaturité face à ces nouvelles technologies. On n’a pas assez de culture ni de recul pour appréhender ce qui peut nous arriver quand on se retrouve dans une situation du genre. Alors va pour l’excès. En tout et pour tout. Panique à bord si Internet plante durant une journée, si on n’a pas de WiFi, si WhatsApp déconne. Et pire encore si Facebook change d’interface. Le système pète une durite. Ah l’explosion des réseaux sociaux. Twitter, Google + et surtout, surtout, le site de Mark Zuckerberg. On est happé en permanence, stimulé, excité par les informations, les données. Et soudain, on stresse. FOMO. Fear Of Missing Out. Cet acronyme est de plus en plus utilisé dans le vocabulaire urbain. Mais qu’est-ce que ça veut dire allez-vous me demander. Tout simplement, la peur de rater quelque chose. Ce samedi, je fais quoi ? Je vais au vernissage nocturne ou au concert de jazz ? A la soirée de X ou à l’anniversaire de Y ? Ces petits dilemmes n’ont rien de nouveau, sauf qu’avec les réseaux sociaux, ils pullulent live sur nos écrans. On y va ou pas ? Et maintenant on va où ? Quel événement vaut la peine de se déplacer ? Quelle soirée rater ? Anxiété massive à tel point que parfois, on ne finit pas aller nulle part. Et comme par hasard, la soirée qu’on a loupée au SkyBar était la plus belle de l’été, le samedi où on n’est pas monté à Faraya, la neige était sublime, le spectacle du festival de Byblos était grandiose, et même ce déjeuner auquel on n’a pas pu assister avec ses trois meilleures amies, était génial parce que bourré de confidences. Surtout que les photos de ce fameux dej défilent sur l’écran de notre ordi alors qu’on est censé bosser. Ça avait l’air de papoter, de rigoler et ça a le don de nous agacer. FOMO, un syndrome lié à l’addiction à Internet ? Ou juste une envie irrépressible de rester connecté en permanence afin de savoir ce qui se passe, afin de ne rater aucun événement, afin de ne laisser échapper aucune information intéressante… les non adeptes du web et de ses pratiques, trouveront ça totalement immature et profondément débile. Certes, mais dans un pays comme le nôtre où le social, le mondain, la surenchère de la soirée de l’été, de l’expo de l’automne, de la signature de bouquin la plus hype, du mariage le plus décalé, sont de rigueur, on finit par perdre le nord. Certains s’en tapent comme de l’an 40 et les plus fragiles en souffrent. Qu’est-ce que je vais mettre ? Je ne pourrais pas y aller avant 23 heures. Et si je n’y suis pas à cette soirée ultra chiante où il fallait être, où le tout Beyrouth était ? Pourquoi n’ai-je pas été invité(e) ? Je ne fais donc pas partie des happy fews ? Walaw… Il faut juste se rappeler qu’avant – parce qu’il y a indéniablement un avant et après le web 2.0 – quand on avait l’embarras du choix, c’était plutôt bon signe. Et puis, il faut savoir parfois, briller par son absence.

Ceci est un statement – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 8 octobre 2011

On jongle. Entre le français et l’arabe. Entre l’arabe et l’anglais. On a toujours été un pays de bilinguisme. Avec une signalisation tour à tour dans la langue de Baudelaire ou celle de Shakespeare. Des fautes d’orthographe ou de sens, parsemées ici et là. Des libanismes qui ponctuent notre discours. Aujourd’hui, on a beau être un(e) frenchie coucou en puissance, un(e) Libanais(e) nourrit à la Marseillaise, abreuvé(e) de Rimbaud et de Canal +, habité(e) par le Bled ou le Robert, à cheval sur les accords du participe passé et les adverbes invariables, force est de constater qu’on n’arrive pas/plus à formuler une phrase sans y placer un mot de british. Pas parce qu’on s’la pète, ou parce qu’on se prend pour Serena ou Blair. Mais parce qu’à force de parler/travailler/voir des films non sous-titrés/lire/surfer, on a fini par l’avaler et la digérer la langue d’Elvis Presley. Parce que la pop culture est dans la rue et qu’on en fait partie à part entière. À tel point qu’on alterne des expressions parfois overrated ou totalement average. Mauvaises fréquentations ? Peut-être, mais aussi et surtout, comme n’importe quelle langue, l’anglais nous offre tellement de possibilités qu’on en arrive à oublier l’arabe et ses sensations, le français et sa littérature. On troque donc notre vocabulaire sans états d’âme pour plonger dans un urban dictionnary plus approprié à nos moods. Parce que si depuis longtemps, on est au top parce qu’on est coolsexy et habillé fashion, là, c’est un peu différent. On a besoin de mots (tiens, sensation de déjà-vu), d’expressions, de formules, whatever, d’un lexique plus riche et plus accurate pour s’exprimer. Ça fait un peu bureau où toutes les cultures se rencontrent dans un open space. Et finalement comment voulez-vous que ça se passe si vous travaillez avec des gens qui ont un autre parcours scolaire/universitaire que le vôtre. Vous êtes bien obligé de faire des efforts d’adaptation. Surtout que les francophones parlent mieux l’anglais que l’inverse (sorry). Une fois la journée finie, sans s’en rendre compte, on rentre à la maison, avec une quantité assez huge de nouvelles expressions qu’on a apprises et qui nous ressemblent tant. On a beau se dire qu’on devrait être fidèle à sa langue « maternelle », on ne peut pas y échapper. Il suffit de se mettre devant un girl’s movie, bien corny et totalement has-been pour se (re)laisser aller au procédé du mix des mots. Bullshit vous me direz ? Du tout. Même vous, vous le faites. Et ce n’est pas qu’un trip. C’est vrai qu’on se sent un peu overwhelmed par ce flux de mots. Mais on n’y peut rien, vraiment rien. Même les chanteurs, slash (/) artistes français s’y sont mis. Et ça marche. Phoenix cartonne aux States, Herman Düne fait tourner le très hot Jon Hamm dans sonclip. C’est edgy de chanter ou de faire un gig en anglais et puis c’est moins turn-off qu’un morceau pourri repris par ces loosers de 2be3. Je n’essaye pas de faire un name dropping de toutes les expressions qu’on utilise sans s’en rendre compte. C’est juste qu’il faut être aware de notre époque et de ses changements. Qu’on va finir par tout mingle et que c’est ça l’évolution d’une langue. C’est limite borderline et on pourrait devenir totalement schizophrène et ne plus trouver les bons mots mais, why not ? Allez, détendez-vous, c’est un peu hard au début, mais on est dans l’ère d’Internet et il suffit d’aller sur le web pour apprendre et/ou comprendre de nouveaux mots. Google it. Et vous succomberez vous aussi. Comme une femme peut craquer devant le sex appeal d’un toyboy devenu son meilleur fuck Buddy, après le premier date. C’estcheesy ? C’est facile, faut avouer, comme comparaison et comme jeu de mots, mais  bon, eat me.  Et puis c’est funky de parler comme ça et même si ça peut paraître awkward, c’est vrai que ça fait plus rappeur du Neuf Trois que songwritter à la Biolay. Je ne suis ni tipsy, ni fucked up je vous assure, juste addict au chocolat sur lequel je me rue récemment. Compulsive eating je crois. J’admets que ça peut choquer et paraître space de trucider ainsi la langue de Molière, sue me, mais on a tous une âme de killer en nous. Et comment, autre que dans la langue de Big Apple, vous diriez, vous de cette pétasse que c’est une socialclimber et que c’est une sacrée gold digger It’s your call pour en trouver d’autres des expressions et/ou me quote sur votre wall. J’aurais bien besoin de votre feedback, parce que j’espère que ce texte ne me fait pas passer pour une fille, so last season. J’avoue, I had a blast en l’écrivant, et puis tant pis, si ça ne plait pas, talk to the hand… et try me.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Telle mère tel fils – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 1er octobre 2011

On passe sa vie à tout faire pour ne pas ressembler à ses parents. Ils sont conservateurs, nous serons libertaires. Ils étaient hippies, nous serons bourgeois. Papa est médecin, je serai chanteuse, maman est avocate, je serai coiffeur. Ils nous empêchaient de manger du chocolat, on en fera des orgies. On n’avait pas le droit de regarder la télé, on sera addict. Na. Et on ne répètera pas leurs erreurs. Surtout quand on aura des enfants. Nous serons plus permissifs et nos enfants seront dans une école laïque, ils ne suivront pas d’enseignement religieux, ne seront pas obligés de faire du tennis et s’ils ont envie de suivre des études artistiques, eh bien soit. On ne les obligera jamais à finir leurs assiettes, ni à manger des choux de Bruxelles, ni à aimer la bémié, ni à faire des choses qu’ils n’ont pas envie de faire… Puis, un matin, on se réveille et sans crier gare, le reflet dans le miroir nous renvoie à la figure, le portrait sans retouche de môman et/ou de pôpa.  La claque. La grande claque. Quelques rides au coin des paupières, comme elle, la même expression au milieu des sourcils et celle lueur étrange au fond des yeux. Certes, tout ça est visible. Et on nous l’a souvent répété qu’on ressemblait à notre génitrice. Quelque part, c’est tout à fait normal. Sauf que ce qu’on n’avait pas prévu, c’est que la prise de l’âge nous rapproche encore plus d’elle. Même coupe de cheveux à la lionne qu’elle à 35 ans, même couleur aussi. Même style de fringues, même déhanché, même rouge à lèvres. On n’a pas tout hérité. On aurait aimé pourtant. Avoir les mêmes jambes, ses yeux miel. Mais on ne ressemble pas qu’à sa mère. Il y a le père aussi. On a pris de lui son caractère, son goût de l’écriture, sa grande gueule. On lui ressemble grave, tellement, que ça en devient effrayant. Surtout chez une femme. Et puis il y a les oncles maternels pour les hommes et les tantes paternelles pour les femmes. Khedo l’banet men znoud el 3amet. Le même nez, le même cul, le même humour, la même dévotion. Et puis, là où le bât blesse, ce n’est pas dans les qualités qu’elles soient physiques ou d’ordre moral. Là où le bât blesse, c’est quand on constate avec effroi, qu’on réitère un comportement qu’on n’aimait pas du tout, mais alors pas du tout. Et cette phrase qui sort de notre bouche avant même d’avoir retourné sa langue : « finis ton assiette ». Tu ne lèveras pas de table avant d’avoir terminé ta purée, mange, descends, khalass, mais siii, tu aimes le me7ché malfouf, non tu n’arrêteras pas le taekwondo, je sais mieux que toi ce qui est bien pour toi. Sortez de ce corps ! Je ne veux pas dire ça. Je ne veux pas obliger mon fils à faire quoi que ce soit, je ne veux pas être comme vous avec moi. Je n’ai pas envie de faire les mêmes conneries. Je serai plus stricte ou plus cool, je serai plus indulgente ou plus compréhensive, mais je serai différente. Enfin j’essaierai, parce que ça me reviendra à la gueule et à grands pas, sans que je ne m’en rende compte. Je calquerai ce que j’ai toujours voulu éviter. Je serai un mini-you. Enfin, plus très mini, vu l’âge, mais une version un peu plus light du combo de vous deux. Avec ce constat aigre-doux que vous aviez souvent raison. Quasiment toujours. Non seulement, il faut manger des légumes, des fruits, faire du sport (on le réalise un peu tard), être poli, dire s’il vous plait, merci, se réveiller tôt, ne pas faire la bringue trop jeune, ne pas mélanger les alcools, ne pas dire oui dès le premier soir, ne pas faire confiance à la première venue, ne pas manger des bonbons après s’être brossé les dents… Mais surtout, surtout, qu’est-ce qu’on a eu tort de ne pas écouter vos « autres » recommandations : ce n’est pas un homme pour toi, cette femme te fera souffrir, manna sett beit, ne l’épouse pas, tu vas être malheureuse avec lui, il n’a pas d’ambition, ne fais pas médecine, ne reste pas au Liban, reviens à la maison, continue tes études, le piano, la peinture, poursuis tes rêves, quitte le/la, tu t’en fout du qu’en dira-t-on, tu es belle, c’est un coureur, tu finiras infirmière… On devrait toujours écouter les conseils de ses parents. Même quand ils ont tort. Un, maman a tort, deux, c’est beau l’amour.