Cadeau empoisonné – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 12 novembre 2011

UN PEU PLUS DE… cadeau empoisonné.

 

Il y a quelques jours, j’ai reçu un cadeau d’une grande marque de cosmétiques. Le truc dont les femmes raffolent. Un rouge à lèvres rouge sang ? Un fard à paupières doré ? Un gloss glittering ? Un blush teint rosé ? Un vernis nude ? Nop. Un baume anti-rides, laser effect nouvelle génération. Je suis censée le prendre comment ? Comme un geste élégant et courtois qui finalement, pense à mon âge (plutôt) mûr ? Ou alors je le prends super mal parce que soudain, un petit flacon me rappelle que même si c’est bientôt mon anniversaire, que je joue encore à Angry Birds, à la wii, que j’écoute Beth Ditto, aime Ryan Gosling, porte des Dr Martens… je n’ai plus 20 ans. Un cadeau adorable. Mais difficile à digérer. Une sorte de cadeau (un peu) empoisonné. Comme ce robot multi fonctions offert par sa maman, le premier Noël que l’on célèbre en femme mariée. « Ma fille, tu es désormais une ménagère ». Ouéhéhé. Genre maintenant, tu dois être une sitt’beit. Finis les cadeaux funky ou délurés, le dernier Nirvana ou un t-shirt No Future. Maintenant, c’est le Livre de recettes des meilleurs cakes à faire en 30 minutes pour épater ses copains, un joli tablier de cuisine – on adore vous imaginer derrière les fourneaux – un presse agrumes certes high tech et signé Stark, mais un presse agrumes quand même, un plaid pour le canapé, un centre de table en porcelaine – ya ma7la le napperon en crochet de tante Aida – ou une séance de drainage lymphatique (tu en as besoin chérie, cette rétention d’eau te tuera un jour). Mais encore ? Pour les hommes, on optera dans le coupe-cigare, un humidificateur à cigares, une boîte de cigares, un livre sur les cigares, une séance de spa, une cravate ou un whiskey 12 years old/blue collection/limited édition qui remplace allègrement une bonne bouteille de Grey Goose ou quelques shots de téquila. Ah mais, on y a pensé aux shots ! Pour orner le bar où se trouvent de bien jolies bouteilles de vins. Il y a le portefeuille aussi et, et, et… les boutons de manchette (sic). Fini aussi le temps où on pensait à l’intégral Manara, aux sex toys ou à un t-shirt bien moulant Andy Warhol fumant un pétard dessus. Sauf peut-être à l’aube de la quarantaine, dans un pseudo retour de verve, on offre un porte jarretelles à sa copine ou un livre sur les Big Butts à son meilleur pote. Quelle insolence ! C’est compliqué d’offrir un cadeau. Compliqué d’en recevoir. Le budget ? Le sens ? L’idée ? Aimera-t-elle ? Est-ce que ça va lui plaire ? Il sait lire ? Elle aime le cuir ? Galère. C’était bien plus facile quand on était petits. Une Barbie ou une boîte de Playmobils faisaient non seulement l’affaire, mais faisaient plaisir surtout. Plus on grandit/vieillit, plus on se prend la tête. Qu’est-ce qu’on va offrir ? « Qu’est-ce que tu veux pour ton anniv ? ». La question qui peut fâcher. Dans le même genre que « Est-ce que j’ai grossi ? » demandé subtilement par une femme. On répond oui, ça fait la gueule parce qu’il n’y a que le physique qui compte. On répond non, ça fait la gueule parce que tu n’as rien remarqué. Idem donc pour le cadeau. Pas sympa parce que pas d’effet surprise. Sont gonflés les amis de ne pas savoir ce que j’aime. Et si surprise il y a, sont gonflés les amis de ne pas savoir ce que j’aime pas. Parce que le cadeau qui ne plait pas, c’est particulièrement contraignant. On échange ? On garde ? On fait de la peine alors qu’elle était super contente de t’offrir un pull col roulé violet ? Aaargh. A ce stade-là, je préfère de loin le Presto reçu l’année dernière. On fait quoi alors ? On choisit son cadeau en faisant une liste. On prend l’argent, on s’achète un truc et on entend sa copine vous dire « Si tu n’aimes pas, tu peux échanger ». Ahahahahahahaha. Et si on n’a pas d’idée, on fait quoi ? Là, au moment même. Le jour de l’anniversaire, du baptême, du mariage, des fiançailles, de la pendaison de la crémaillère, de la naissance. On n’a pas d’idée. Mais le problème c’est qu’on doit. Et c’est bien dommage de « devoir » offrir quelque chose. C’est tellement plus sympathique de penser à quelqu’un comme ça, out of nowhere, en passant devant une boutique, en entrant dans une bijouterie, en remarquant une toile, un bouquin qui risquent de plaire. En offrant une rose blanche. En surprenant quoi. Tout simplement. A un instant qui n’est pas T.

 

 

 

 

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