Pulpeuse – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 21 janvier 2012

Elle faisait 58 kilos pour 1m61. Des mensurations qui font saliver : 95-62-95. Un bon 42 quoi. Une taille inavouable aujourd’hui. Pourtant elle a été, et est toujours, un sex symbol dans toute sa puissance. Marilyn Monroe était un chouia enveloppée. Elle avait la cuisse épaisse, la taille fine certes, mais elle était enveloppée. Pas comme Obélix, mais plutôt comme une femme devrait l’être. Avec des formes, quelques rondeurs, une jolie démarcation entre la taille et les hanches, une poitrine naturellement opulente, des fesses appétissantes. Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Jane Mansfield, Veronica Lake et plus récemment, Salma Hayek, Kate Winslet, Beyoncé, Monica Bellucci, J-Lo et bien sûr Haifa : que des pulpeuses. Bien en chair. Pas des arrêtes. Des corps avec des courbes où l’on caresse une cuisse et pas un fémur. Pas de la peau sur les os, mais un dos, et pas des côtes. Une épaule où on entrevoit à peine la clavicule et des seins laiteux. Les hommes préfèrent-ils les grosses ? Peut-être pas les grosses, mais les femmes avec des formes, un bon tour de poitrine presque identique que celui des hanches et des fesses bombées, et pleines. Alors pourquoi les mannequins d’aujourd’hui sont-elles plus ressemblantes à des planches à repasser qu’à leurs consœurs d’il y a 50 ans ? Et même d’il y a 20 ans, à l’époque des Naomi, Cyndi, Linda et autre Christy. Allez comprendre. Au-delà de toutes les études sociologiques sur le pourquoi du comment de l’androgynie d’un corps, de cette main mise du maigre, on ne peut pas ne pas avoir peur des looks à la Victoria Beckham. Cette espèce de cure-dent sur pattes, robotisée comme les frères Bogdanov. Heureusement que les mensurations de Monica Bellucci et de Beyoncé nous remontent un peu le moral. Pas quand on avale une immense cuillère de Nutella et qu’on s’étale tel un cachalot au Sporting, on vous l’accorde, mais quand même, ça fait du bien de feuilleter Voici et de voir un peu de cellulite ici et là. On n’est certes plus à l’époque des Baigneuses de Renoir, sublimes femmes aux innombrables plis de peau, sans aucun complexe, allongées nues à côté d’un étang, mais on a sombré dans l’extrême inverse. Les femmes tendent toutes à entrer dans un taille 0 ou un 34 bien serré. Pourtant les Libanaises comme beaucoup d’Orientales, n’ont pas une constitution mince. Et c’est ce qui les rend belles. Ce qui les rendaient belles. Même elles, s’y sont mises, broutant un brocoli vapeur en guise de déjeuner. Alors qu’il n’y a rien de plus fantasmagorique qu’une Orientale bien en chair. Symbole de fertilité et de bonne santé. Mlazelza. La joue pleine, le ventre légèrement saillant, comme une danseuse. Hezzé ya wazzé. On n’est pas dans le film de Balasko, Les Hommes préfèrent les grosses (1981), quoi que dans Trop Belle pour toi, Depardieu la préfère à Carole Bouquet. Si les mecs aiment mater les mannequins, tripant sur leurs courbes (elles en ont elles aussi parfois), ils aiment aussi et surtout tripoter des pulpeuses. Et puis, franchement, une femme qui assume ses rondeurs est une femme qui aime manger. Une Andrea Ferreol version La grande bouffe. Ça aime partager un repas, prendre des frites avec les doigts, déguster un bon vin et ne pas lésiner sur le dessert. C’est bien plus convivial que celle qui cherche la goutte de matière grasse derrière son endive. Oubliez le roquefort. Mais aussi les pâtes, les burgers, le chocolat, et n’importe quel gueuleton. Les “nouvelles” filles/femmes font attention à leur ligne du 1er janvier au 31 décembre. Et préfèrent courir sur un trademill plutôt que de courir après un mec. Parce qu’au fond la maigreur, ne plait généralement qu’aux autres femmes. Alors, voilà. Au-delà des nouveaux critères de formes, de la mode ahurissante de la maigre, du taille 32, du skinny par ci, du slim par là, des mensurations minimales, des fringues qui ne dépassent pas le 38, des taille 3 trop étriquées, au-delà du look à la Twiggy, sans aller dans l’autre extrême, il faut juste se souvenir, que si les hommes préfèrent les blondes, “some like it hot”…

 

 

 

 

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Dancefloor – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 14 janvier 2012

J’adore regarder danser les gens. J’adore aussi les regarder faire semblant de chanter quand ils sont sur la piste. J’adore encore plus, imaginer que « comme ils dansent, ils baisent ». C’est ce qu’on dit. Si vous avez envie de savoir comment une femme ou un homme se comportent dans un lit, il suffit de les regarder danser. De les regarder onduler leur corps ou pas. Mouvements saccadés, petits soubresauts entrecoupés de pauses, ondulation lascive, frottement des fesses… tout est dit (ou presque) avec le body language. C’est donc quand on voit quelqu’un sur un dancefloor qu’on le définit le mieux. Sexuellement, mais aussi culturellement, et au niveau des complexes, du tempérament et de l’assurance. Une piste de danse peut casser un mythe. Le mec ultra classe, mèche rebelle, veste deux boutons, Churchs aux pieds et sourire ravageur qui gigote juste à côté du rythme, en décalage, ça jette un froid. Tout comme cette très jolie jeune fille qui ne comprend rien aux mouvements et qui, telle une mini hystérique, sautille puis s’arrête, puis (re)sautille, puis arrête à nouveau… dans le genre pas sensuelle du tout, on ne fait pas mieux. « Je ne sais pas danser ». Ce n’est pas évident effectivement, de se laisser aller sur le dancefloor. Surtout si le morceau est sexy ou rapide, et pire encore si c’est un slow. Malgré le fait qu’on n’en danse plus beaucoup aujourd’hui, il fut un temps où c’était la danse idéale pour la drague. Deux corps collés l’un contre l’autre, deux peaux qui se frôlent, une tête qui se pose sur une épaule, des bras qui enlacent et qui rapprochent l’autre. Ah ça, si on ne sait pas se mouvoir sur la piste, ça risque de faire balais tendu. Difficile de séduire quand on ne sait pas faire valser l’autre, le/la faire tanguer sur le parquet ciré. Danser à deux est un supplice pour celui ou celle qui ne sait pas. Heureusement pour eux/elles qu’aujourd’hui, les divas du dancing dansent seules désormais. Le couple qui enflamme une piste, faut laisser ça pour les amateurs de rock’n’roll, de valse, de tango (si si) et pour les mariages. On ne danse pas un slow sur un bar en zinc mais plutôt dans une ballroom. Alors on danse seul(e). Donné en pâture au regard de ceux qui ne bougent pas. Et qui se demanderont peut-être comment vous êtes au lit. Awtch. Une piste de danse, c’est comme un divan. On y lâche nos complexes ou au contraire, on se terre derrière un poteau. On boit. Beaucoup. On se désinhibe. On se lâche. Parfois ça craint vraiment. Ça fait plus loque que loquace. Quelqu’un de bourré, c’est généralement pas beau à voir. Alors, bourré (ou autre) sur un dancefloor, ça en dit long. Mademoiselle devient aguicheuse, provocante, suante et intenable. Idem pour la gent masculine. Qui tripote, a des gestes vulgaires et surtout devient volubile et incompréhensible. Ça gueule les paroles, qu’on ne connaît pas forcément. Un véritable tour de force de yaourt song. Ce truc qu’on chantonne dans un langage indéfinissable quand on entend un morceau et dont les paroles sont mystérieuses. « I, I follow, I follow you deep sea baby, I, I follow, I follow you dark room honey » devient étrangement : « Ah, Ah follo, Ah follo lou, tipsy vayvi, Ah ah pollo, ah pollo vou tard zoom oli… ». Ou un truc comme ça. C’est génial de voir ça, d’entendre ça. Pour ceux qui connaissent les paroles, c’est une autre paire de manche. Les p’tits jeunes de 14 ans qui vous récitent l’intégral Lady Gaga n’en savent pas autant sur Baudelaire… J’adore regarder danser les gens. Les jeunes avec leur chorégraphie “to the right, to the left, clap your hands”, les plus vieux qui ne savent que rock’n’rolliser en vous envoyant vous scotcher sur le mur, les constipés qui ne bougent que des pieds, les mecs qui pensent être des gogo dancers et s’accrochent aux rideaux ou aux chaines, en titubant, les filles lascives qui pensent être désirables en sautant comme des malades et en hurlant, “everyday I’m shufflin’”, les bimbos qui ne font que se regarder dans le miroir en faisant la moue, à chaque fois qu’elles esquissent un pas de danse, les nerds, les cools, les amants qui sont seuls au monde, les groupes en cercle ou en ronde, ceux qui s’y croient, les faussent orientales qui ne savent pas bouger des reins, les nouveaux Travolta, les wanna be Michael Jackson, les aficionados du moon walk et les pros de la lambada version 2.0. Sur ce…