Dancefloor – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour – samedi 14 janvier 2012

J’adore regarder danser les gens. J’adore aussi les regarder faire semblant de chanter quand ils sont sur la piste. J’adore encore plus, imaginer que « comme ils dansent, ils baisent ». C’est ce qu’on dit. Si vous avez envie de savoir comment une femme ou un homme se comportent dans un lit, il suffit de les regarder danser. De les regarder onduler leur corps ou pas. Mouvements saccadés, petits soubresauts entrecoupés de pauses, ondulation lascive, frottement des fesses… tout est dit (ou presque) avec le body language. C’est donc quand on voit quelqu’un sur un dancefloor qu’on le définit le mieux. Sexuellement, mais aussi culturellement, et au niveau des complexes, du tempérament et de l’assurance. Une piste de danse peut casser un mythe. Le mec ultra classe, mèche rebelle, veste deux boutons, Churchs aux pieds et sourire ravageur qui gigote juste à côté du rythme, en décalage, ça jette un froid. Tout comme cette très jolie jeune fille qui ne comprend rien aux mouvements et qui, telle une mini hystérique, sautille puis s’arrête, puis (re)sautille, puis arrête à nouveau… dans le genre pas sensuelle du tout, on ne fait pas mieux. « Je ne sais pas danser ». Ce n’est pas évident effectivement, de se laisser aller sur le dancefloor. Surtout si le morceau est sexy ou rapide, et pire encore si c’est un slow. Malgré le fait qu’on n’en danse plus beaucoup aujourd’hui, il fut un temps où c’était la danse idéale pour la drague. Deux corps collés l’un contre l’autre, deux peaux qui se frôlent, une tête qui se pose sur une épaule, des bras qui enlacent et qui rapprochent l’autre. Ah ça, si on ne sait pas se mouvoir sur la piste, ça risque de faire balais tendu. Difficile de séduire quand on ne sait pas faire valser l’autre, le/la faire tanguer sur le parquet ciré. Danser à deux est un supplice pour celui ou celle qui ne sait pas. Heureusement pour eux/elles qu’aujourd’hui, les divas du dancing dansent seules désormais. Le couple qui enflamme une piste, faut laisser ça pour les amateurs de rock’n’roll, de valse, de tango (si si) et pour les mariages. On ne danse pas un slow sur un bar en zinc mais plutôt dans une ballroom. Alors on danse seul(e). Donné en pâture au regard de ceux qui ne bougent pas. Et qui se demanderont peut-être comment vous êtes au lit. Awtch. Une piste de danse, c’est comme un divan. On y lâche nos complexes ou au contraire, on se terre derrière un poteau. On boit. Beaucoup. On se désinhibe. On se lâche. Parfois ça craint vraiment. Ça fait plus loque que loquace. Quelqu’un de bourré, c’est généralement pas beau à voir. Alors, bourré (ou autre) sur un dancefloor, ça en dit long. Mademoiselle devient aguicheuse, provocante, suante et intenable. Idem pour la gent masculine. Qui tripote, a des gestes vulgaires et surtout devient volubile et incompréhensible. Ça gueule les paroles, qu’on ne connaît pas forcément. Un véritable tour de force de yaourt song. Ce truc qu’on chantonne dans un langage indéfinissable quand on entend un morceau et dont les paroles sont mystérieuses. « I, I follow, I follow you deep sea baby, I, I follow, I follow you dark room honey » devient étrangement : « Ah, Ah follo, Ah follo lou, tipsy vayvi, Ah ah pollo, ah pollo vou tard zoom oli… ». Ou un truc comme ça. C’est génial de voir ça, d’entendre ça. Pour ceux qui connaissent les paroles, c’est une autre paire de manche. Les p’tits jeunes de 14 ans qui vous récitent l’intégral Lady Gaga n’en savent pas autant sur Baudelaire… J’adore regarder danser les gens. Les jeunes avec leur chorégraphie “to the right, to the left, clap your hands”, les plus vieux qui ne savent que rock’n’rolliser en vous envoyant vous scotcher sur le mur, les constipés qui ne bougent que des pieds, les mecs qui pensent être des gogo dancers et s’accrochent aux rideaux ou aux chaines, en titubant, les filles lascives qui pensent être désirables en sautant comme des malades et en hurlant, “everyday I’m shufflin’”, les bimbos qui ne font que se regarder dans le miroir en faisant la moue, à chaque fois qu’elles esquissent un pas de danse, les nerds, les cools, les amants qui sont seuls au monde, les groupes en cercle ou en ronde, ceux qui s’y croient, les faussent orientales qui ne savent pas bouger des reins, les nouveaux Travolta, les wanna be Michael Jackson, les aficionados du moon walk et les pros de la lambada version 2.0. Sur ce…

 

 

 

 

 

 

 

 

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