C’est quoi ça? Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 28 avril 2012

Quand on embarque dans un avion avec son fils de 7 ans, qui volera dans quelques instants pour la première fois, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer. L’enthousiasme est aussi débordant qu’intrigué. S’ensuit une pluie de questions. C’est quoi ça ? C’est qui ça ? Pourquoi? Et ce n’est que le début qu’une découverte qui restera probablement marquée au fer rouge dans ce petit cerveau qu’est le sien… On ne se rend plus compte, une fois atteints l’âge adulte et les multiples voyages, des caractéristique, de la culture, des failles d’un système qui nous différencient d’un autre pays. La France en particulier. Cet hexagone lié au Liban depuis très loin. Une heure de décalage en moins et des particularités que nous avons digérées il y a longtemps. Le regard que pose un enfant de 7 ans sur une ville, sur un monument, sur une rue, sur un jardin ou sur un passant n’est pas du tout touristique. Ce regard-là est plein de curiosité. Et d’interrogations qu’on n’aurait pas soupçonnées. Mais il ne s’agissait pas seulement de ça. Raconter la Tour Eiffel, faire visiter Montmartre, déjeuner à la Closerie des Lilas, s’envoler dans Star Wars sont des explications qu’on avait prévu de donner. Qui a construit la Tour Eiffel ? Pourquoi ?  Pourquoi on dit la butte Montmartre ? C’est quoi un steak tartare ? Comment peut-on voler comme Luke Skywalker ? Et soudain, ces petits yeux kakis se posent sur un violoniste, particulièrement doué, faisant la manche dans une rue du 5e arrondissement. Pourquoi un violoniste souriant attendrait-il qu’on lui jette une pièce dans une casquette jetée devant lui ? « Vous jouez trop bien » dit-il en mettant une pièce devant l’homme. La mendicité, il la connaît à peine. Il voit des petits enfants vendant des Chicklets ou des chapeaux de paille sur l’autostrade. Mais un violoniste ou un harmoniciste dans le métro, ça il ne comprend pas. Comment peut-on être un bon musicien et finir à la rue ? Le petit garçon s’interroge. Et ça le rend triste. D’ailleurs pourquoi y a-t-il des pick pockets dans le métro ou dans la Tour Eiffel ? « C’est quoi un pick pocket maman ? » dit-il en s’accrochant à son iPod. « Pourquoi ce monsieur essaye de casser le distributeur de boissons ? ». C’est drôle parce que ces images-là, on les connaît. On sait que le portefeuille à l’arrière de son jeans, ça le fait pas, on sait qu’un clochard chantant à tue-tête des phrases incompréhensibles est sacrément imbibé. D’ailleurs, c’est quoi l’ivresse ? Mais heureusement que toutes les nouveautés ne sont pas de cet ordre-là. La France ce n’est pas seulement un combo de misère et de violence. Tiens, on dirait un discours politique. La France c’est aussi et surtout un joli concentré de choses et de lieux que le Liban n’a pas. D’immenses jardins publics où les gamins courent sous de grands platanes. Font un tour de manège sur le dos d’un éléphant. La France, c’est une limitation de vitesses, des flashes et des péages. C’est quoi ce truc où on paye pour continuer de rouler ? Pourquoi les enfants de 7 ans doivent-ils obligatoirement être assis sur des rehausseurs ? Pourquoi les trottoirs sont-ils tous droits ? Pourquoi y a-t-il des parkings pour aller se promener ? Pas comme au Liban où les parkings mènent à un immeuble, à un mall ou à un endroit bien précis. La France c’est aussi de gigantesques salles de cinéma où on peut boire de l’Orangina et manger des chouquettes ou une religieuse au chocolat. La France et ses grandes villes, ce sont les cafés trottoirs. Dans chaque rue. Partout. La France, ce sont également les apéritifs. Avec du saucisson et une coupe de champagne. C’est du vin à tous les repas. C’est aussi l’absence du pain libanais et de la tartine de labné le soir comme dîner léger. C’est répondre « euh » quand ton amie française demande « qu’est-ce qu’il mange le soir ? » Ah ça, sans la yakhné quotidienne, on se demande bien comment le gamin va remplacer une kebbé bil saniyeh ou une loubié wou riz. La France, c’est aussi la joie de boire du robinet, de se promener dans la rue, de se rendre à pied d’un endroit à un autre, de grimper sur son vélo sans courir de risques, c’est faire son lit, débarrasser la table et dire « s’il vous plait, merci ». C’est aussi et surtout, changer d’air pour retrouver ensuite avec plaisir nos habitudes locales.

 

 

 

 

 

 

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Ma meilleure copine est un homme – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 21 avril 2012

J’ai des copines. J’en ai plein. Des amies, des confidentes, des âmes sœurs, des voisines, des collègues. On partage tout un tas de choses. Le goût du cinéma, le plaisir du shopping, les recettes de cuisine, les secrets, la jalousie ou la rivalité, les peines de cœur et même les mecs. Pas de problème donc de cet ordre là. C’est acquis. Des copains, j’en ai plein aussi. Sauf que là où le bât blesse, c’est que l’amitié hommes/femmes est plus complexe que dans la configuration classique. Parce qu’  existe-t-elle au-delà d’une relation entre un(e) hétéro et un(e) homo ? Est-ce que l’amitié entre un homme et une femme peut être possible ? Et si oui, est-elle réelle ? Et si oui, n’y a-t-il pas quand même un jeu de séduction ? Et si oui, est-elle possible au Liban, où les codes sociaux sont plus compliqués qu’ailleurs, où les jugements sont monnaie courante, où les liens entre les hommes et les femmes sont régis par une espèce de moralité bourgeoise conservatrice et totalement désuète ? Parce que déjeuner, prendre un thé ou dîner avec un homme, donne souvent sujet à débattre. Est-elle avec lui ? Est-ce son amant ? Pourquoi déjeune-t-il avec elle ? Sa femme est au courant ? Blablabla… Trop compliqué de gérer la jalousie et le machisme des maris, la jalousie et l’hystérie de certaines. Néanmoins, il y a d’irréductibles “gaulois”. Ceux qui se foutent heureusement du qu’en dira-t-on. Ce qui n’en reste pas moins compliqué. Le mythe When Harry met Sally est toujours à l’ordre du jour et les films sur l’amitié, l’amitié sexuelle, les fuck buddies et autre friends with benefits, ont généralement tous la même fin. Ça commence au lit, ça continue avec des confidences, ça finit en histoire d’amour. Mythe ? Réalité ? Les sex buddies sont de plus en plus courants. Ce concept sympathique est une alternative pratique à la relation de couple. Un plan sexe qui lie l’alchimie de deux personnes dont les caractères ne sont pas forcément compatibles. Le buddy peut également être un ex pour qui, émotionnellement, on ne sent plus rien, mais avec qui on s’est toujours entendu au lit. Cette amitié-là n’en est pas vraiment une, et souvent, à force de se voir, de bavarder (après), on se trouve des affinités. On oublie donc cette formule. L’idéal serait quoi ? L’idéal serait un combo du/de la meilleur(e) pote/friend with benefits qui ferait l’aller retour entre l’amitié, l’amour et le sexe. Genre : cherche meilleur(e) ami(e) et plus si affinités. Comme ça, on pourrait se confier. Raconter à la demoiselle ou au damoiseau sa vie personnelle et se faire réconforter en cas de rupture. Une sorte de Chandler (Friends) mixé à un Ashton Kutcher ou un Justin Timberlake. Bon, c’est vrai que comme copains, sont plutôt sexy et qu’on en trouve pas des masses. Et puis pour fixer une amitié, c’est pas commode. Qui voudrait d’une bombe comme meilleur ami ? Genre Monica Bellucci est ma BFF. Peut-être seulement si ladite Monica est une ex. Parfois ce qui fut une jolie histoire d’amour peut se transformer en une amitié solide. Rare mais constructif. Tapage dans le dos, cuite au champagne et coups de fils à 2h du mat. On reste amis. La phrase typique, couramment assénée par une femme. Mais l’arrivée d’un nouveau partenaire complique régulièrement les choses. Jalousie de part et d’autre, non exclusivité, tous les moyens sont bons pour faire foirer les choses. Surtout que, quel que soit le degré d’amitié ou d’intimité, la séduction est souvent de rigueur. Dans la plupart des amitiés inter-sexes, d’une part ou de l’autre, il y a un soupçon de jeu amoureux. Une infime drague. D’ailleurs, on entend souvent quelqu’un vous rappeler qu’il a sûrement un petit béguin pour toi. Oh, et puis à force de se fréquenter, de tout connaître de l’autre, de partager des moments, les mêmes goûts, de trouver du réconfort, d’entretenir une belle complicité, la barrière du physique qui, au départ pouvait être le principal handicap. On dort dans le même lit, on pleure sur son épaule, il nous prend dans ses bras, et soudain, le petit déclic. On découvre un, puis deux et trois papillons dans le ventre. Et de là où on se racontait nos déboires amoureux, nos déceptions, on finit par se dire des mots d’amour, par gazouiller. Ça ne marcherait donc pas l’amitié entre hétéros lambda ? Sans histoire d’amour au préalable, sans histoire d’amour ultérieure ? Peut-être parfois, ces quelques exceptions qui confirment la règle. Dommage, parce que sincèrement, un mec est le seul qui vous dira que ce jeans vous fait un gros cul…

 

 

 

 

 

Petits emmerdements de la vie quotidienne, Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 14 avril 2012

Je/on vous en supplie, s’il vous plait, arrêtez ce matraquage de sms. Ces messages qui vous avertissent que les soldes ont commencé, qu’elles sont terminées, que la nouvelle collection est là ; qu’il y a une formule à 25 dollars au resto mexicain Ariba qui vient d’ouvrir ses portes à Jounieh ; qu’un club de jazz dont on n’a jamais entendu parler, reçoit telle chanteuse dont on n’a jamais entendu parler ; que le ministre des télécommunications passe à la télé mardi prochain à 20h30 (mardi à 20h30, moi je dors) ; que la déco de Pâques est arrivée ; que c’est la saison pour les maamouls, les kellages, les buches, la St Valentin, le sapin, les boules, les mamans, les papas, la chaaniné, le bronzage, les salles de sport, l’apprentissage de l’italien etc. Il n’y a pas que les sms qui sont emmerdant. Il y a tout un tas de trucs qu’on n’aime pas. Qu’on n’a pas envie de faire. Ces petits trucs de la vie quotidienne qui nous gonflent. On pourrait bien s’en passer. On pourrait se passer du brossage de dents. Pas qu’on ait envie d’avoir les dents crasseuses, mais ces 2 minutes, trois fois par jour… Ide m pour le dentiste, personne n’a envie d’y aller. Peur ? Souvent, surtout si on a 8 dents à travailler. Surtout si c’est en été et qu’on doit prendre sa voiture alors qu’il fait 40° à l’extérieur et que ladite voiture ressemble à un fourneau, et qu’un c*****d vous bloque et que vous avez beau klaxonner depuis 15 minutes, personne ne montre le bout de son nez. Allez passer un coup de fil quand le réseau téléphonique n’a jamais été aussi pourri. On n’entend rien et ça coupe chaque 2 minutes. Ah, ce téléphone qui sonne toujours au mauvais moment. Maman par exemple qui a décidé d’appeler trois fois et de laisser sonner longtemps pendant une partie de jambes en l’air. Rien de plus emmerdant. Comme quand le gentil garçon s’arrête un instant pour enfiler ce qui le/vous  “préservera”. Des situations qui cassent l’ambiance. A l’instar du mec qui en pleine discussion sympathique entre copains, vient plomber le moment en racontant un truc glauque. On appelle ça une mouchette, un éteignoir, comme cet accessoire qui éteint les bougies. C’est tout à fait le style de mec qui plante sa fourchette dans votre plat qui vient d’arriver à table lors de ce repas où le serveur vient de vous prendre votre verre où vous aviez laissé la dernière gorgée de Coca pour la savourer après votre steak frites. Généralement ce genre de personne a le don de vous tagger sur Facebook dans une photo où vous être particulièrement moche. Un peu la tête que vous aviez le jour où vous tombez sur votre ex lors d’une soirée où vous aviez prévu de vous éclater et qu’en plus vous portez exactement la même robe que votre nouvelle rivale (qui lui va mieux en plus). Bonjour votre état après. Surtout si vous avez bu ce shot de trop qui vous fera passer ½ heure aux toilettes. Cette soirée où en pleine danse sensuelle de drague, le DJ prend un malin plaisir à enchaîner avec un morceau qui vous laisse planté(e) là au milieu du dancefloor comme un débile. Vous rentrez à la maison, pas d’électricité pour prendre l’ascenseur et arriver au 7e étage sans peine. Puis se démaquiller par la suite, se glisser dans des draps trop froids après avoir oublié votre bouteille d’eau à la cuisine, cette même cuisine où ne se trouvera pas de café pour le matin, faute d’avoir fait les courses. Le lendemain matin, un samedi bien évidemment, jour de repos, les ouvriers du chantier d’à côté ont décidé de commencer leur journée de travail à 7h. Bienvenue à Achrafieh. Ces petites corvées de la vie de tous les jours, ces emmerdements, il y en a des tonnes : passer à la banque et surtout checker son compte en fin de mois, remplir de l’essence, monter sur la balance après un week-end loin d’être frugal, commencer un régime, le son du réveil tôt le matin, prendre sa douche alors qu’il n’y a pas d’eau chaude, oublier ses chaussettes quand on arrive dans la salle de gym, aller au sport, s’épiler, avoir ses règles quand on vient d’arriver aux Maldives avec son nouvel amoureux, quand l’ordi bugg au mauvais moment et que vous n’avez pas sauvegardé votre texte où se lever et chercher partout le chargeur parce que la batterie annonce 1% de vie… et ne recevoir que 2 like et aucun commentaire pour un article que vous aviez pourtant trouvé plutôt bon.

 

 

 

 

 

 

 

C’est par là la sortie – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 7 avril 2012

La vie est parfois drôle. Chaque quelques temps, de nouvelles personnes y entrent. Poussent grand la porte et s’y installent. Soudain, un nouveau cercle se crée, une nouvelle famille s’invente. Et comme il y a les amis d’enfance, il y a les amis du moment, les nouveaux venus aussi éphémères soient-ils. Et il y a les amis de demain. Ce qui est amusant dans ce va-et-vient amical, ce sont surtout les gens qui sont sortis de votre vie. Et Dieu seul sait combien il y en a. Des centaines probablement. Depuis le début de votre vie. Des gens qui ont compté pourtant. Qui ont marqué leur passage. Qui ont été des acteurs primordiaux et puis pouf, au revoir. Adieu aussi. Plus rien. On se croise parfois. Et souvent, plus jamais. Il n’y a pas que les petit(e)s ami(e)s qui ont pris la tangente. Eux/elles, c’est normal. 20% des gens restent amis entre eux après, une rupture. Les autres, que dalle. Pourtant, quand on pense au degré d’intimité qu’il y avait entre nous deux, et que soudain, il n’y a plus rien. Plus un signal radio, plus un regard, plus rien, c’en est presque effrayant. 3 ans ensemble (l’amour ne dure que 36 mois) et puis le néant. Une froideur indécente qui n’a plus rien des charbons ardents qui allumaient les yeux des protagonistes. Ex(it). Exit les copains de classe avec qui on avait fait les 400 coups. Ceux avec qui on a partagé un banc d’école durant 15 ans. Rappelle-moi d’où on se connaît ? Même quand il nous add sur Facebook et nous tag dans une photo pourrie de la classe de 5e verte. Il en subsiste quelques uns, ceux avec qui on avait tissé des liens. Les autres, aux oubliettes d’un passé qu’on a souvent envie de zapper. D’ailleurs quand on zappe la vidéo d’un mariage, de fiançailles, on réalise qu’il y a des invités qu’on ne voit plus du tout, mais alors plus du tout. Tiens, ils étaient là eux ? Il y avait 200 personnes dont eux ? De prétendus amis qu’on côtoyait à l’époque. D’accord on a changé, divorcé, déménagé, mais quand même. Ils ont quand même été les témoins d’un moment important de notre vie. Ils ont fait la queue leu leu, imbibés de champagne, nous ont offert un très beau vase Baccarat, écrit une belle carte sur l’amour et l’amitié. Et puis, direction vers l’issue de non secours. Bye bye. Où ils croiseront probablement celles et ceux qu’on avait choisi comme marraine et parrain d’un de nos gosses. Cantonnés au cadeau d’anniversaire et/ou de Noël. Chapeau pour le choix. Pertinent pour deux personnes censés pourvoir les enfants d’une éducation religieuse. Et en cas de merde, bonjour l’intimité du lien. Un peu comme ces cousins avec qui on a passé une dizaine d’étés. Petits feux d’artifice, 2abboulé au camp de scout, vol de pommes dans le jardin du voisin, repas familiaux. Aujourd’hui, quand on se retrouve une fois l’an, on se sourit mais on n’a plus rien à se dire. À part peut-être un appartement ou un terrain qu’on se dispute comme des débiles. Eux vivent à Saïda, nous à Achrafieh, alors pour se voir, c’est galère. À l’instar de cette copine d’enfance à qui on a confié tous nos secrets d’adolescence. La confidente de nos pires conneries, de nos premières fois, de nos chagrins, de nos haines. Nos chemins se sont croisés puis se sont séparés. Aucun point de rencontre. On a pris des directions différentes, on se garde une certaine affection, mais on n’a plus rien en commun. Des souvenirs et des photos. Ces photos dans les albums qui nous rappellent une meilleure amie devenue pire ennemie ou une vieille nounou dont on n’a plus aucune nouvelle. Elle avait pourtant été celle qui séchait nos larmes quand on pleurait. Celle qui nous a baigné, bercé à l’heure du coucher, appris à marcher, fait étudier, menti à nos parents quand on avait fait une bêtise. Elle s’en est aller après de bons et loyaux services, emportant avec elle une grande partie de notre enfance. Un peu comme ces employées de maison qui ont passé 20 ans dans notre maison, nous ont rangé nos fringues ou concocté les petits plats qu’on affectionnait. On n’a même pas su si elle avait été épargnée par le tsunami de 2005… Des collègues de bureau qui ont quitté l’open space qu’on avait investit, les voisins du 6e étage, le vendeur de légumes au bas de la rue, le vieux concierge et bien sûr la maîtresse d’école ou cette prof qui nous avait fait aimer les maths. Sont partis, laissant la place à ceux qui l’occupent désormais, grandement.