C’est par là la sortie – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 7 avril 2012

La vie est parfois drôle. Chaque quelques temps, de nouvelles personnes y entrent. Poussent grand la porte et s’y installent. Soudain, un nouveau cercle se crée, une nouvelle famille s’invente. Et comme il y a les amis d’enfance, il y a les amis du moment, les nouveaux venus aussi éphémères soient-ils. Et il y a les amis de demain. Ce qui est amusant dans ce va-et-vient amical, ce sont surtout les gens qui sont sortis de votre vie. Et Dieu seul sait combien il y en a. Des centaines probablement. Depuis le début de votre vie. Des gens qui ont compté pourtant. Qui ont marqué leur passage. Qui ont été des acteurs primordiaux et puis pouf, au revoir. Adieu aussi. Plus rien. On se croise parfois. Et souvent, plus jamais. Il n’y a pas que les petit(e)s ami(e)s qui ont pris la tangente. Eux/elles, c’est normal. 20% des gens restent amis entre eux après, une rupture. Les autres, que dalle. Pourtant, quand on pense au degré d’intimité qu’il y avait entre nous deux, et que soudain, il n’y a plus rien. Plus un signal radio, plus un regard, plus rien, c’en est presque effrayant. 3 ans ensemble (l’amour ne dure que 36 mois) et puis le néant. Une froideur indécente qui n’a plus rien des charbons ardents qui allumaient les yeux des protagonistes. Ex(it). Exit les copains de classe avec qui on avait fait les 400 coups. Ceux avec qui on a partagé un banc d’école durant 15 ans. Rappelle-moi d’où on se connaît ? Même quand il nous add sur Facebook et nous tag dans une photo pourrie de la classe de 5e verte. Il en subsiste quelques uns, ceux avec qui on avait tissé des liens. Les autres, aux oubliettes d’un passé qu’on a souvent envie de zapper. D’ailleurs quand on zappe la vidéo d’un mariage, de fiançailles, on réalise qu’il y a des invités qu’on ne voit plus du tout, mais alors plus du tout. Tiens, ils étaient là eux ? Il y avait 200 personnes dont eux ? De prétendus amis qu’on côtoyait à l’époque. D’accord on a changé, divorcé, déménagé, mais quand même. Ils ont quand même été les témoins d’un moment important de notre vie. Ils ont fait la queue leu leu, imbibés de champagne, nous ont offert un très beau vase Baccarat, écrit une belle carte sur l’amour et l’amitié. Et puis, direction vers l’issue de non secours. Bye bye. Où ils croiseront probablement celles et ceux qu’on avait choisi comme marraine et parrain d’un de nos gosses. Cantonnés au cadeau d’anniversaire et/ou de Noël. Chapeau pour le choix. Pertinent pour deux personnes censés pourvoir les enfants d’une éducation religieuse. Et en cas de merde, bonjour l’intimité du lien. Un peu comme ces cousins avec qui on a passé une dizaine d’étés. Petits feux d’artifice, 2abboulé au camp de scout, vol de pommes dans le jardin du voisin, repas familiaux. Aujourd’hui, quand on se retrouve une fois l’an, on se sourit mais on n’a plus rien à se dire. À part peut-être un appartement ou un terrain qu’on se dispute comme des débiles. Eux vivent à Saïda, nous à Achrafieh, alors pour se voir, c’est galère. À l’instar de cette copine d’enfance à qui on a confié tous nos secrets d’adolescence. La confidente de nos pires conneries, de nos premières fois, de nos chagrins, de nos haines. Nos chemins se sont croisés puis se sont séparés. Aucun point de rencontre. On a pris des directions différentes, on se garde une certaine affection, mais on n’a plus rien en commun. Des souvenirs et des photos. Ces photos dans les albums qui nous rappellent une meilleure amie devenue pire ennemie ou une vieille nounou dont on n’a plus aucune nouvelle. Elle avait pourtant été celle qui séchait nos larmes quand on pleurait. Celle qui nous a baigné, bercé à l’heure du coucher, appris à marcher, fait étudier, menti à nos parents quand on avait fait une bêtise. Elle s’en est aller après de bons et loyaux services, emportant avec elle une grande partie de notre enfance. Un peu comme ces employées de maison qui ont passé 20 ans dans notre maison, nous ont rangé nos fringues ou concocté les petits plats qu’on affectionnait. On n’a même pas su si elle avait été épargnée par le tsunami de 2005… Des collègues de bureau qui ont quitté l’open space qu’on avait investit, les voisins du 6e étage, le vendeur de légumes au bas de la rue, le vieux concierge et bien sûr la maîtresse d’école ou cette prof qui nous avait fait aimer les maths. Sont partis, laissant la place à ceux qui l’occupent désormais, grandement.

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