Une femme blessée, Médéa Azouri, L’Orient-Le-Jour, vendredi 25 mai 2012

Depuis que ça a pété au Sofitel et au Carlton, qu’il s’est fait bouffer tout cru par la presse mondiale et surtout par Hollande devenu calife à la place du calife, elle va faire quoi Anne Sinclair ? Elle lui dit quoi à son DSK de mari ? Elle le vit comment, aujourd’hui, un an après Nafissa et en plein dans la tourmente du Carlton ? Tout le monde se le demande. La presse féminine en a même fait des dossiers. Le cas Anne Sinclair. Trompée, bafouée, humiliée sur la place publique. Jetée aux lions, comme avant elle Hillary Clinton et tant d’autres. Sauf qu’à part être un cas social/politique sur lequel une pléthore de spécialistes s’est penché, Anne Sinclair est une femme. Une femme comme une autre à qui on a balancé scandale sur scandale à la gueule. Une femme blessée. Alors, évidemment, une femme blessée ne ressemble pas et surtout, ne réagit pas comme une autre femme blessée. Une femme blessée (comme un homme d’ailleurs), peut être à la fois violente et vengeresse, douce et soumise, parce que humiliée ou trahie. Elle peut se taire ou crier sa haine sur tous les toits, tebla3 el mouss et pardonner, pardonner sans oublier, faire payer puis oublier, ou tout simplement accepter. Tout dépend de la femme, de la trahison et de l’homme. Tout dépend aussi du milieu social, de l’intérêt, du contexte familial. Il n’y a pas de règle d’or. Ni d’argent. Il n’y a pas de « Guide pour femme bafouée ». Il y a une situation. Une histoire. C’est quoi un adultère ? Une trahison ? Jusqu’à nouvel ordre, aimer quelqu’un d’autre n’est pas un crime. Quoi qu’au Liban, on juge cela comme un acte de traitrise impardonnable. Surtout pour la femme. Une femme qui trompe est une trainée, et son acte est condamnable par la loi. Mais lorsqu’on trompe une femme, de quoi s’agit-il au juste ? C’est surtout la preuve d’un échec. Un échec mutuel. La trahison, c’est quand on parle de la femme qu’on trompe, avec sa maîtresse. Quand on raconte ce chez nous ailleurs. Quand on fait entrer la « rivale » dans le domicile conjugal, quand on dilapide l’argent du foyer en bijoux et autres voyages. L’humiliation est une trahison. Quand tout le monde se doute ou que tout le monde sait. Le désir pour une autre n’est pas forcément une trahison. Ça arrive. Beaucoup. Partout. Tout le temps. Evidemment, il y a l’aventure et la liaison. On pardonne la première, on n’avale pas la deuxième. Dans ce cas-là, il y a blessure. Et qui dit blessure, dit cicatrice. Mais les hommes ne sont pas les seuls « trompeurs ». Les femmes aussi trompent. Si on peut appeler ça comme ça. Est-ce une tromperie si plus rien ne subsiste avec le conjoint ? La plupart des hommes pensent que les femmes trompent par vengeance. Soit d’avoir été bafouée, soit d’avoir été négligée, soit de n’avoir pas été « bien » aimée. Ce n’est pas faux. Ce n’est pas juste. Une femme blessée peut faire un tas de choses. Elle peut partir. Ou se taire. Composer avec la situation, comme Anne (ma/ta sœur Anne). Elle peut tout faire pour « recoller » les morceaux. Aller chez une bessara, un conseiller conjugal, un chirurgien esthétique, un diététicien. Elle peut se mettre à jouer à la PS3 (Lana, ma sœur Lana), regarder les matches de foot, jouer au poker. Elle peut aussi accepter le partage, l’autre. Parce qu’une femme blessée peut être encore amoureuse ou soumise. Coincée aussi, parce que nulle part ou aller. Ces femmes-là, il y en a de moins en moins. Les temps ont changé. Si elles le peuvent, elles prennent un amant, deux amants, trois amants. Elles s’éclatent et profitent du système. Tu allonges, je m’allonge ailleurs. Tu découches, je couche. Aujourd’hui, elles n’acceptent plus et ne se résignent plus. Aujourd’hui, elles claquent la porte. Se barrent le sourire aux lèvres. Assument le célibat retrouvé. Conseillent aux plus jeunes de ne pas se marier et s’en vont faire la bringue avec leurs copines, ex-épouses « émancipées ». Tous les cas de figure sont permis. Anne ma sœur Anne, n’as-tu rien vu venir ? Anne ma sœur Anne, que vas-tu faire ? Anne ma sœur Anne, que cache-tu derrière ton sourire ? Machiavélique et héroïque Anne.

 

 

Mlabbas et pâtes de fruit. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 19 mai 2012

Chilé tante, taybin. Une bonbonnière pleine de dragées, une autre avec des pâtes de fruits, des 2damé, du sekkar nabet, un petit verre de liqueur. Une diafé qu’on ne trouve plus que chez des grands-parents soucieux de préserver leurs anciennes habitudes. Ces traditions qui se perdent. Ces petits riens qui disparaissent petit à petit. Qui s’envolent, alors qu’ils étaient tout aussi exquis que ces dragées sur lesquelles on se cassait les dents. Il suffit d’un petit tour chez un vieil oncle en montagne pour retrouver un peu de ça. Un grand plateau rempli de paquets de cigarettes, tous ouverts. Des Merit, des Kim, des Vantage, des Cedars, des Chesterfield offertes aux « visiteurs », qui se voyaient réprimander s’ils prenaient une clope de leur poche. Il fallait surtout ne pas oublier une des marques. Des Lucky Strikes ou des Winston. La cigarette nuit à votre santé, adieu les offrandes. Dommage, parce que c’était joli sur la table où se trouvait un napperon en crochet. Ce même napperon que l’on posait sur une sanniyé en argent et où on servait un café dans une chaffé. C’est joli une chaffé posée à côté d’une rakwé. C’est aussi beau que ce bri2 dans lequel on ne boit plus d’eau. Cette carafe qu’il fallait maitriser et où se trouvait un petit capuchon également en crochet, pour ne pas laisser les abeilles s’abreuver. Il y avait toujours un bri2 chez ma téta. Ma téta qui me faisait du charab l’wared, du jellab ou du charab l’tout. Rien de folklorique, juste beaucoup de nous. Et heureusement que certain(e)s résistent encore. Ils enlèvent leurs tapis une fois la chaleur venue. Ils habillent leurs petites filles d’une jolie robe et de chaussures vernies à la Chaaniné ou lors du Eid. Même s’ils oublient Berbara au profit de Halloween, que le 4 décembre ils ne plantent plus du blé, ni ne font une snayniyé quand la première dent apparaît, ils continuent à offrir du meghlé quand bébé naît. Aux oubliettes aussi la mandil mantille. Ce superbe fichu de dentelle noire qu’on mettait pour se couvrir la tête devant un Cheikh ou un prêtre. Ces petits riens qui sont tout de nous et qui disparaissent, on ne sait pas pourquoi alors qu’il n’y a aucune raison pour que cela se produise. Sauf peut-être dans les traditions du mariage. Les jeunes devenant de plus en plus modernes et lorgnant vers les coutumes de l’Occident, en viennent à oublier ce qui a fait les lettres de noblesse de l’union sacrée, du meilleur et du pire, version Lebnen. C’est vrai qu’il y a encore la zaffé, mais on la fait de moins en moins. On opte pour une entrée plus moderne, danseuses de ballet, mexicains à trompette ou clowns sur échasses. Zeffou l’3arouss, zeffouha. On a zappé aussi la 3ajiné au-dessus de la porte pour protéger les jeunes mariés, le jeune  homme qui vient demander la main de sa promise au père de cette dernière, et lui qui revient avec sa famille pour un dîner officiel. On a zappé aussi les fiançailles organisées par le côté de la demoiselle parce qu’on a préféré se déhancher au Sky Bar. Fini le jhezz aussi. Ce trousseau qu’on fournissait depuis des années en draps de bains, couvre lits ou chemises de nuits, tous, brodés. Le fameux tétriz. Il fallait aussi y trouver un tailleur noir – pour les condoléances – et de la lingerie affriolante. Ce trousseau devait être exposé aux amis. Moins de ewiha ou de lilililili quand on improvise un petit poème, une raddé, en l’honneur des mariés. On ne fait plus également le bain de la mariée, ni l’épilation de la famille et encore moins la journée de henné la veille des noces. Les plaisirs démodés s’effacent au profit de petites jouissances actuelles. Mais bon, quelque part c’est normal. On ne se rase plus avec un mouss (coupe-choux) ni on s’épile au caramel. Il y a des méthodes plus pratiques. Dommage que certaines de nos habitudes et de nos traditions s’envolent ainsi… Il était pourtant joli le moment de la sieste où plus un bruit ne brisait le silence du village, à part celui du vent dans les arbres. Ces déjeuners à l’arak dans ces vraies maisons de montagne où toute la famille se retrouvait et où les enfants jouaient à côté du bir. Là, tout de suite, j’aimerais être allongée sur une hézzézé avec à la main, un jellab rempli de zbib(s) et de pignons qui viendraient se coincer dans mon chalumeau

EuroLiban, Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 12 mai 2012

Les élections dans l’hexagone sont terminées. La France est passée à gauche. La majorité des Libanais est dégoûtée. Le Liban est à droite. Il l’a toujours été. Chiraquien jusque dans l’épine dorsale. Malgré la fin d’une campagne assez ennuyante, des débats insipides et un revirement vers l’ouest, les discussions iront de bon train. Parce que les Libanais, français ou pas, s’intéressent toujours à l’ailleurs. Aux autres. Une appropriation surprenante, aussi tendre que drôle. Le débat du 2 mai a été massivement suivi. Dîners dans des apparts, visionnage à plusieurs. Entre franco-libanais et libanais tout court. Il a bien taclé Hollande. Quel bouffon ce Sarko.  Sacré démago. Putain de menteur. Ah ça pour donner notre avis, on est très forts. Et pour prendre position, adopter un clan, nous sommes les rois. Il ne manquait plus dimanche dernier, que des voitures klaxonnant place Sassine, arborant des drapeaux du PS, avec des photos de Hollande placardées sur le pare-brise à l’arrière d’une BMW 2002. Elles auraient fait l’aller-retour sur l’autostrade Beyrouth/Jounieh, des roses rouges sortant des fenêtres. Et le pire, c’est que ça n’aurait étonné personne. On a toujours eu ce petit quelque chose de fanitude pour les autres. On s’enthousiasme pour un rien. Pour nos élections bien sûr, slogans, parodies, posters, manifestations, meetings. Dans une effervescence on ne peut plus exaltée. Et on finit le dimanche du vote, le doigt encré après s’être tapé 2 heures de route pour aller placer son bulletin dans l’urne de ce village situé à côté de Nabatiyeh, dont nous sommes originaires et où on n’a jamais mis les pieds. Une espèce de retour électoral aux sources. Là, ça se comprend, on élit nos députés, qui généralement n’en foutent pas une, pour qu’ils élisent à leur tour le président de la république qui n’en fout pas une non plus. Mais quand il s’agit de la France, pourquoi autant de « patriotisme » ? Surtout quand on n’a pas la double nationalité. Qu’est-ce qu’on s’en fout de l’augmentation des fonctionnaires, à moins qu’ils viennent prêter main aux nôtres qui sont les plus grands glandeurs de la planète. En quoi l’impôt sur la grande fortune peut-elle préoccuper les Libanais habitant Tripoli ? En quoi le programme de l’un ou de l’autre des candidats va-t-il influer sur la hausse du prix du baril d’essence chez nous ? Allez comprendre ce qui anime les Libanais. Comme souvent d’ailleurs. Préparez-vous cette année à voir les mâles s’exciter devant leur poste, un drapeau dans une main, une bière dans l’autre. Cet été, c’est l’Euro 2012. Après avoir déprimé (ou hurlé de plaisir) en matant le Barça face au Real dans un des matchs les plus regardés du monde, les voilà qui vont porter les couleurs de l’Espagne, de l’Allemagne ou de la France. Les femmes quant à elles vont s’intéresser au ballon rond dès les quarts de finale pour mater le torse de Benzema ou celui de Torres. La Manchaft et la Roja vont en affoler plus d’une. Tank top bien moulant à l’effigie d’un joueur. Les clubs, elles connaissent moins et se demandent pourquoi Messi ne joue-t-il pas. Toujours est-il que la testostérone va se dégager de plus d’un poitrail bien en sueur. Attendons-nous à voir les walls de FB être inondés de Goooooooo Germany, Ouaiiiiiiiis 2-0, de photos et de vidéos du match en cours. Le sang libanais sera en juin prochain, ibérique ou germanique entre autres. Rebelote pour la place Sassine et les autostrades. Le 1er juillet, on assistera à un défilé plus éloquent que notre sempiternel 22 novembre. Il ne manquera qu’un avion de chasse (le seul qu’on ait) lâchant une fumée jaune, rouge et noire ou aux insignes de Juan Carlos. En attendant, on se tape depuis quelques semaines déjà les commentaires stupides des facebookiens à propos du show télévisé The Voice. Là aussi, à part la présence de Jhony Maalouf (écriture improbable de son prénom), ex candidat libanais écarté au profit de Atef et de Louis, on ne comprend pas bien ce méga trip. Qui ? Si vous ne regardez pas TF1 le samedi soir, vous n’allez pas comprendre grand chose. De toutes les façons, il n’y a rien à comprendre. Le Libanais est enthousiaste et c’est ce qui est extraordinaire. D’ailleurs, il y a quelques années, les candidats de la Star Academy n’avaient également rien compris à l’hystérie des téléspectateurs libanais pour un programme totalement franco/français. Go la Roja !!

 

 

 

Le fric c’est chic. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 5 mai 2012

L’argent ne fait pas le bonheur. Mais il fait les Libanais. Le rapport des Libanais à l’argent est assez éloquent. Pas pour tous les Libanais (quoi que) mais dans la société dans laquelle nous gravitons, l’argent est une qualité. Une qualité qui permet d’être plus beau, plus intelligent, plus sympathique, plus fréquentable en somme. Le taux de respectabilité est proportionnel à la taille du portefeuille. Plus il est fourni, plus la personne en face devient adorable. Pourtant, souvent, il y a de quoi se tirer une balle. L’argent ne protège pas de la vulgarité, ni de l’imbécillité. Les propos sont tellement cons qu’on se demande parfois comment le protagoniste de la discussion a fait pour en arriver là. C’est probablement le fruit du hasard ou celui de papa. L’héritage, ça a du bon pour frimer. Mais bon, le plus amusant dans cette affaire, c’est qu’il y a trois clans qui s’affrontent. Ceux qui sont dans l’ostentatoire, ceux qui ne veulent pas que ça se voit et ceux qui s’en foutent vraiment. Dans les trois cas, ça se sait. N’est pas bobo qui veut. Faut avoir les moyens de sa politique. Devenir une artisane du bijou quand c’est papa qui allonge, être un artiste incompris et torturé quand c’est papa qui allonge, faire l’Inde en purification quand c’est papa qui allonge, c’est facile. Comme s’installer à Furn Chabbak rend branchouille, c’est facile. Très facile. On s’intéresse à l’art, on assiste à des spectacles de danse contemporaine, on s’essaie au Torino, on tente le Dictateur. Le principe est attendrissant. Mais ce clan-là n’est pas le plus important, ni le plus méchant. Parce qu’il reste néanmoins assez sympathique. Il cherche un peu plus d’authenticité, se cherche aussi. Préfère végéter au Sporting plutôt que de s’la péter au Riviera. C’est plutôt louable. Surtout qu’il y a des gens qui sont naturellement ainsi. Le troisième clan, n’est même pas à relever. Les gens simples, on les aime. Ce qui est bien plus intéressant, c’est l’autre clan. Le troisième. Celui des friqués de vitrine. Ceux qui pensent que l’argent c’est le pouvoir. Et que l’argent et le pouvoir leur permettent l’arrogance et la prétention. Cette arrogance-là qui leur font croire que tout est permis, que tout leur est dû. Cette arrogance-là qui les fait parler mal. Avec les serveurs, les employées de maison. Cette arrogance-là qui les fait parler fort. Où qu’ils soient. Qu’importe l’entourage, la voix porte. L’argent donne confiance. Comme la coke. D’ailleurs le binôme est fréquent. Si l’argent ne fait pas forcément le bonheur, il rend souvent con. Il rend con parce qu’il impose la compétition, la surenchère, le superlatif. Faut toujours faire plus. Mieux, même si ce n’est jamais le cas. Faut vraiment être limité pour aller claquer des milliers de dollars pour faire du sport, prendre un PT (personal trainer) à 100 dollars les ¾ d’heure. Il faut être sacrément idiot(e) pour inviter des gens et foutre 500 dollars par tête pour les nourrir et qu’ils s’ennuient. C’est que les riches ne cuisinent pas et ne savent plus s’amuser. Sont blasés et font semblant de s’éclater. C’est incroyable ce qu’on peut voir. On achète, on paye, on débourse, comme ça on existe. On se fait lifter, liposucer (comme tout le monde), on fait des régimes hors de prix, on va en cure (chaque année) et on dépense sur les fringues pour briller en société. Une tenue à 10 000 dollars qu’on ne portera qu’une fois. 2 heures, 3 tout au plus. Du grand art en matière de stupidité. Parce que même les plus intelligents se font prendre au piège. Tout comme les enfants de bonne famille, qui ont une attitude plus nouveau riche que les nouveaux riches eux-mêmes. Allez comprendre ce qui stimule ce(s) comportement(s). Allez comprendre pourquoi une fois quelques dollars en poche, on pète une durite. Allez comprendre pourquoi, pense-t-on que posséder 10 sacs Hermès ou 7 Rolex est une preuve d’importance. Désir d’appartenance probablement. Connerie, sûrement. Parce qu’à ce stade-là, ce n’est plus une question de moyens. C’est une question… de rien. Une vraie question de rien où aucune réponse ne serait valable. Et comme au Liban, rien ne se fait dans la mesure, on se retrouve parfois dans d’étranges situations. Le chauffeur d’une femme bien nantie, s’en est pris à la vendeuse de glaces, adorable de surcroît. Lui parlant comme du poisson pourri, avec mépris et grossièreté. Même lui. Même elles/eux. Kalb’l mir, mir.