Le fric c’est chic. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 5 mai 2012

L’argent ne fait pas le bonheur. Mais il fait les Libanais. Le rapport des Libanais à l’argent est assez éloquent. Pas pour tous les Libanais (quoi que) mais dans la société dans laquelle nous gravitons, l’argent est une qualité. Une qualité qui permet d’être plus beau, plus intelligent, plus sympathique, plus fréquentable en somme. Le taux de respectabilité est proportionnel à la taille du portefeuille. Plus il est fourni, plus la personne en face devient adorable. Pourtant, souvent, il y a de quoi se tirer une balle. L’argent ne protège pas de la vulgarité, ni de l’imbécillité. Les propos sont tellement cons qu’on se demande parfois comment le protagoniste de la discussion a fait pour en arriver là. C’est probablement le fruit du hasard ou celui de papa. L’héritage, ça a du bon pour frimer. Mais bon, le plus amusant dans cette affaire, c’est qu’il y a trois clans qui s’affrontent. Ceux qui sont dans l’ostentatoire, ceux qui ne veulent pas que ça se voit et ceux qui s’en foutent vraiment. Dans les trois cas, ça se sait. N’est pas bobo qui veut. Faut avoir les moyens de sa politique. Devenir une artisane du bijou quand c’est papa qui allonge, être un artiste incompris et torturé quand c’est papa qui allonge, faire l’Inde en purification quand c’est papa qui allonge, c’est facile. Comme s’installer à Furn Chabbak rend branchouille, c’est facile. Très facile. On s’intéresse à l’art, on assiste à des spectacles de danse contemporaine, on s’essaie au Torino, on tente le Dictateur. Le principe est attendrissant. Mais ce clan-là n’est pas le plus important, ni le plus méchant. Parce qu’il reste néanmoins assez sympathique. Il cherche un peu plus d’authenticité, se cherche aussi. Préfère végéter au Sporting plutôt que de s’la péter au Riviera. C’est plutôt louable. Surtout qu’il y a des gens qui sont naturellement ainsi. Le troisième clan, n’est même pas à relever. Les gens simples, on les aime. Ce qui est bien plus intéressant, c’est l’autre clan. Le troisième. Celui des friqués de vitrine. Ceux qui pensent que l’argent c’est le pouvoir. Et que l’argent et le pouvoir leur permettent l’arrogance et la prétention. Cette arrogance-là qui leur font croire que tout est permis, que tout leur est dû. Cette arrogance-là qui les fait parler mal. Avec les serveurs, les employées de maison. Cette arrogance-là qui les fait parler fort. Où qu’ils soient. Qu’importe l’entourage, la voix porte. L’argent donne confiance. Comme la coke. D’ailleurs le binôme est fréquent. Si l’argent ne fait pas forcément le bonheur, il rend souvent con. Il rend con parce qu’il impose la compétition, la surenchère, le superlatif. Faut toujours faire plus. Mieux, même si ce n’est jamais le cas. Faut vraiment être limité pour aller claquer des milliers de dollars pour faire du sport, prendre un PT (personal trainer) à 100 dollars les ¾ d’heure. Il faut être sacrément idiot(e) pour inviter des gens et foutre 500 dollars par tête pour les nourrir et qu’ils s’ennuient. C’est que les riches ne cuisinent pas et ne savent plus s’amuser. Sont blasés et font semblant de s’éclater. C’est incroyable ce qu’on peut voir. On achète, on paye, on débourse, comme ça on existe. On se fait lifter, liposucer (comme tout le monde), on fait des régimes hors de prix, on va en cure (chaque année) et on dépense sur les fringues pour briller en société. Une tenue à 10 000 dollars qu’on ne portera qu’une fois. 2 heures, 3 tout au plus. Du grand art en matière de stupidité. Parce que même les plus intelligents se font prendre au piège. Tout comme les enfants de bonne famille, qui ont une attitude plus nouveau riche que les nouveaux riches eux-mêmes. Allez comprendre ce qui stimule ce(s) comportement(s). Allez comprendre pourquoi une fois quelques dollars en poche, on pète une durite. Allez comprendre pourquoi, pense-t-on que posséder 10 sacs Hermès ou 7 Rolex est une preuve d’importance. Désir d’appartenance probablement. Connerie, sûrement. Parce qu’à ce stade-là, ce n’est plus une question de moyens. C’est une question… de rien. Une vraie question de rien où aucune réponse ne serait valable. Et comme au Liban, rien ne se fait dans la mesure, on se retrouve parfois dans d’étranges situations. Le chauffeur d’une femme bien nantie, s’en est pris à la vendeuse de glaces, adorable de surcroît. Lui parlant comme du poisson pourri, avec mépris et grossièreté. Même lui. Même elles/eux. Kalb’l mir, mir.

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s