Mlabbas et pâtes de fruit. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 19 mai 2012

Chilé tante, taybin. Une bonbonnière pleine de dragées, une autre avec des pâtes de fruits, des 2damé, du sekkar nabet, un petit verre de liqueur. Une diafé qu’on ne trouve plus que chez des grands-parents soucieux de préserver leurs anciennes habitudes. Ces traditions qui se perdent. Ces petits riens qui disparaissent petit à petit. Qui s’envolent, alors qu’ils étaient tout aussi exquis que ces dragées sur lesquelles on se cassait les dents. Il suffit d’un petit tour chez un vieil oncle en montagne pour retrouver un peu de ça. Un grand plateau rempli de paquets de cigarettes, tous ouverts. Des Merit, des Kim, des Vantage, des Cedars, des Chesterfield offertes aux « visiteurs », qui se voyaient réprimander s’ils prenaient une clope de leur poche. Il fallait surtout ne pas oublier une des marques. Des Lucky Strikes ou des Winston. La cigarette nuit à votre santé, adieu les offrandes. Dommage, parce que c’était joli sur la table où se trouvait un napperon en crochet. Ce même napperon que l’on posait sur une sanniyé en argent et où on servait un café dans une chaffé. C’est joli une chaffé posée à côté d’une rakwé. C’est aussi beau que ce bri2 dans lequel on ne boit plus d’eau. Cette carafe qu’il fallait maitriser et où se trouvait un petit capuchon également en crochet, pour ne pas laisser les abeilles s’abreuver. Il y avait toujours un bri2 chez ma téta. Ma téta qui me faisait du charab l’wared, du jellab ou du charab l’tout. Rien de folklorique, juste beaucoup de nous. Et heureusement que certain(e)s résistent encore. Ils enlèvent leurs tapis une fois la chaleur venue. Ils habillent leurs petites filles d’une jolie robe et de chaussures vernies à la Chaaniné ou lors du Eid. Même s’ils oublient Berbara au profit de Halloween, que le 4 décembre ils ne plantent plus du blé, ni ne font une snayniyé quand la première dent apparaît, ils continuent à offrir du meghlé quand bébé naît. Aux oubliettes aussi la mandil mantille. Ce superbe fichu de dentelle noire qu’on mettait pour se couvrir la tête devant un Cheikh ou un prêtre. Ces petits riens qui sont tout de nous et qui disparaissent, on ne sait pas pourquoi alors qu’il n’y a aucune raison pour que cela se produise. Sauf peut-être dans les traditions du mariage. Les jeunes devenant de plus en plus modernes et lorgnant vers les coutumes de l’Occident, en viennent à oublier ce qui a fait les lettres de noblesse de l’union sacrée, du meilleur et du pire, version Lebnen. C’est vrai qu’il y a encore la zaffé, mais on la fait de moins en moins. On opte pour une entrée plus moderne, danseuses de ballet, mexicains à trompette ou clowns sur échasses. Zeffou l’3arouss, zeffouha. On a zappé aussi la 3ajiné au-dessus de la porte pour protéger les jeunes mariés, le jeune  homme qui vient demander la main de sa promise au père de cette dernière, et lui qui revient avec sa famille pour un dîner officiel. On a zappé aussi les fiançailles organisées par le côté de la demoiselle parce qu’on a préféré se déhancher au Sky Bar. Fini le jhezz aussi. Ce trousseau qu’on fournissait depuis des années en draps de bains, couvre lits ou chemises de nuits, tous, brodés. Le fameux tétriz. Il fallait aussi y trouver un tailleur noir – pour les condoléances – et de la lingerie affriolante. Ce trousseau devait être exposé aux amis. Moins de ewiha ou de lilililili quand on improvise un petit poème, une raddé, en l’honneur des mariés. On ne fait plus également le bain de la mariée, ni l’épilation de la famille et encore moins la journée de henné la veille des noces. Les plaisirs démodés s’effacent au profit de petites jouissances actuelles. Mais bon, quelque part c’est normal. On ne se rase plus avec un mouss (coupe-choux) ni on s’épile au caramel. Il y a des méthodes plus pratiques. Dommage que certaines de nos habitudes et de nos traditions s’envolent ainsi… Il était pourtant joli le moment de la sieste où plus un bruit ne brisait le silence du village, à part celui du vent dans les arbres. Ces déjeuners à l’arak dans ces vraies maisons de montagne où toute la famille se retrouvait et où les enfants jouaient à côté du bir. Là, tout de suite, j’aimerais être allongée sur une hézzézé avec à la main, un jellab rempli de zbib(s) et de pignons qui viendraient se coincer dans mon chalumeau

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