Family affair, Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 16 juin 2012

Toutes les familles sont dysfonctionnelles. Toutes les familles sont barges. Toutes les familles sont un nid de névroses, de haine et de rancœurs féroces. Toutes les familles regorgent de vieilles tantes médisantes, de dépressifs, de sangsues financières, de cousins simplets ou de féministes enragées. Chaque famille a donc son (dys)fonctionnement. Il suffit de gratter un peu derrière la façade. Si tout est vertueux en apparence, derrière une porte ou un jardin, on ne sait jamais ce qui se passe. Que ce soit dans la famille nucléaire ou dans le deuxième cercle. Il faut s’immiscer dans une conversation, écouter aux portes, feuilleter les albums photos de notre famille et de celles des autres. C’est ainsi qu’on comprendra qu’on n’a rien à envier aux autres. Que si notre vieille tante est médisante, la leur est totalement allumée, animant régulièrement des séances de spiritisme. Donc, khalté qui dit du mal de chaque petit ami que je fréquente, c’est pas bien grave. De toutes les manières, elle passe son temps sur son balcon à épier le moindre de mes gestes pour ensuite déblatérer à mon sujet avec ses veuves de copines. Elle ne s’est jamais mariée. On ne peut pas lui en vouloir. Elle est plus sympa tout compte fait que ces grands-parents réacs qui pensent que quoi que l’on fasse, on est déviant. Si on rentre tard, si on porte une mini-jupe, si on fume, si on chante, si on dort chez son mec, si on a rencontré non officiellement les parents de la demoiselle, si si si… heureusement qu’ils ne savent pas que leur petit-fils est homosexuel et qu’il fume de la weed. Il aurait une syncope le jeddo et chercherait à l’heure qu’il est, une place à l’église de Scientologie pour enrayer ce mal(e) qui a gagné l’héritier de son prénom. Vaut mieux éviter de leur raconter également à ces vieux schnoques pour qui on a une sacrée affection quand même, la cure de désintox de notre petite cousine. Ils n’avaient jamais remarqué qu’elle était souvent défoncée. Tout autant qu’ils n’ont jamais vraiment réalisé que le frère de téta était un total dépressif, avec pour pain quotidien un sublime cocktail Prosac/cognac en intraveineuse. Personne n’est vraiment équilibré dans une famille. Il y a toujours un grain quelque part, un grain qui se répand souvent à tous ses membres. Une sorte d’hérédité que l’on constate dans plusieurs foyers. Ici, on est radin de père en fils, mégalo de tante en nièce, vulgaire de frère en sœur. C’est que ça se cultive. La chirurgie plastique sur trois générations, qu’on retrouve chaque mois dans Superficiel, le magazine mondain de la ville. C’est d’ailleurs les boules, quand belle-maman ne ressemble plus à rien. Enfin à plus rien de ce qu’on connaissait d’elle dans le temps. Allez expliquer ça à vos gosses quand ils regardent les photos de votre mariage. « C’est qui elle ? » Grand moment d’inquiétude quand même. Comme quand ce cousin du second degré qu’on ne peut que prendre qu’au premier, qui vient chaque quelques temps vous demander des dollars. Une vraie sangsue. Un glandeur qui perd au poker tout ce qu’il ne gagne pas. Ce cousin avec qui on se prend souvent la tête parce qu’on n’a pas du tout les mêmes convictions politiques. Il est aouniste, on est rien du tout. Il est révolté. Nous, par lui. Mais bon, c’est notre cousin et on l’aime bien parce qu’il a l’avantage au-delà de ses taxages de fric, d’être assez sympathique et serviable. Plus digeste que ce morveux de neveu qui bouffe tout le temps, salit les canapés, rote à table et parle avec grossièreté à tout le monde. Il n’amuse personne. C’est le sale gosse de service pré pubère. Un ersatz de son grand frère acnéique, scotché à son BBM, râleur, en rut, matant les cul de la femme de son oncle, une bimbo comme on n’en fait plus. Celle qui rit fort et gras, irritant au passage son beauf de mari. Cette espèce de plouc fini, la chaine en or qui brille sur son torse suant, une sorte de mastoul wou meddé3é. La pire race. Ils ont le don d’agacer maman, une vieille hippie féministe et totalement déjantée. Maman qui roule encore ses clopes, en y parsemant quelques petites boulettes et qui les fait fumer à cette pauvre belle-cousine simplette, mais si gentille. Surtout quand elle n’ouvre pas la bouche. Et il y a papa, le gourou de toute cette famille qui donne son avis sur tout et comme tout bon padrino, réunit tout le monde à ces grands repas de famille où on s’engueule, se réconcilie… où on s’aime.

 

 

 

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