C’est pas toi, c’est moi. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 14 juillet 2012

Je me noie dans le bleu de tes yeux. Ton père est un voleur, il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux. J’aimerais être une de tes larmes, pour naître dans tes yeux, vivre sur tes joues et mourir sur tes lèvres. Le discours amoureux a beau exister depuis la nuit des temps, il n’en reste pas moins une source inépuisable de phrases clichées qu’on pond à chaque fois que la drague pointe le bout de son nez. L’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. J’aime deux choses : toi et la rose. La rose pour un jour et toi pour toujours. Phrases clichées et totalement niaises. Si le prétendant avait puisé dans les poèmes de Ronsard, repensé Roland Barthes ou cherché une phrase de Roméo et Juliette, l’intention aurait peut-être été louable. Sauf qu’on est plus dans le Harlequin, le Barbara Cartland ou les romans à l’eau de rose à deux sous. On ne sait pas vraiment pourquoi ce genre d’expressions dont un grand nombre de jeunes amoureux font usage, se sont retrouvées dans le langage courant. Films de série B ? Romans-photos ? Chansons de Frédéric François ? Peu importe, elles sont là. Ah, les phrases toutes faites. Et les tentatives de sortir des sentiers battus en recherchant des envolées lyriques ou philosophiques qui donnent envie de pleurer. Si j’étais une abeille et toi une fleur je passerais mon temps à butiner ton cœur. Tu dois être essoufflée à force de courir dans mes rêves… Euh oui, mais non. Parce que même citer Gainsbourg deviendrait une hérésie. Tu es la vague, moi l’île nue. Je t’aime moi non plus… Je suis venu te dire que je m’en vais. Et tes larmes n’y pourront rien changer. Parce que la rupture aussi donne naissance à de nombreux lieux communs. Ce n’est pas toi, c’est moi. Je ne suis pas assez bien pour toi. J’ai besoin de recul – pour mieux sauter ailleurs ?  Restons amis. I care for you. Je te veux heureuse, avec moi tu ne le seras pas. Mais bien sûr. Bien que tu n’es pas assez bien pour moi. Fachar 3a ra2beto. Un de perdu, dix de retrouvés. Non, un de perdu, un de perdu. Parce que remonter le moral de quelqu’un avec des phrases de ce genre-là est insupportable. Fuis-le il te suit, suis-le, il te fuit. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Jolies phrases, certes, mais pas à chaque fois qu’un événement se produit. Parce qu’on ne peut pas asséner aux autres des proverbes à tout va dans n’importe quelle situation. Parce que souvent ça donne envie de gifler celui qui la sort. Et le temps efface sur le sable le pas des amants désunis. Là, au moment même où un jeune homme se fait larguer, lui dire que le temps fait oublier la peine, ne sert à rien. Même si c’est vrai, même si on a expérimenté la chose, même s’il sait par expérience que le temps fait oublier. Parce que quand elle lui a dit tu ne peux pas comprendre, il n’a effectivement pas compris, elle lui avait promis monts et merveilles, dit : si j’étais une abeille et toi une fleur je passerais mon temps à butiner ton cœur. Dit aussi qu’ils étaient fait l’un pour l’autre, ensemble pour la vie. C’est pas toi, c’est moi… L’amour pour l’éternité. Et les phrases dites/écrites qui ne s’oublieront pas. Aussi connes soient-elles. Il y a évidemment, un côté fleur bleue en chacun de nous, une essence de guimauve, de sirupeux. Mais de grâce pas ces phrases-là. Autre chose, j’en sais rien, mais pas ça. Pas le je te l’avais dit, il n’était pas fait pour toi. Je savais que ça ne marcherait pas. Tu vois ? Je t’avais prévenue. Pas un énième couteau dans la plaie. Et plus de métaphores pour exprimer un amour, un anamour ou un désamour. Plus de citations, plus de références, plus de mots doux pompés sur le net après avoir googlé les plus phrases d’amour. Comme ces horribles “quotes” et autres pensées philosophiques qui envahissent les “feeds” sur Facebook. Si tu aimes tes amis, share. L’amitié c’est quand les gens savent tout de toi, et t’aiment quand même. Every woman needs a man that will ruin their lipstick and not their mascara. Pitié. Tant qu’il y a de la vie, y’a de l’espoir. L’espoir de ne plus lire et d’entendre ce genre de trucs. Il est préférable d’utiliser, à la limite, les ya achta, ya amar, ya amoura. Nawarit. Adorables petits mots mielleux qui sont devenus de jolies formules pour dire bonjour, tout simplement.

 

 

 

 

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