J’aime regarder les filles, Médéa Azouri, L’Orient-Le jour, samedi 21 juillet 2012

J’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Sur leur peau le soleil caresse bien trop sage. J’aime regarder les filles, les garçons, les bambins qui marchent sur la plage ou le carrelage. J’aime regarder leur démarche, leur tenue, leur maillot, leurs cheveux. J’aime fouiller dans leur trousse de plage, toucher leur serviette, mater leur cellulite, observer leurs doigts de pieds, constater leur vernis écaillé, voir si elles sont maquillées. Il y a le ciel, le soleil et la mer et les gens. Et moi. Et vous. Et tous les autres. Ceux qu’on dévisage, allongés sur nos transats. Le chapeau vissé sur la tête, les lunettes noires qui protègent le regard, ce regard radar qui scanne tout ce qui bouge. Pas besoin d’être accompagné. Le spectacle est assez éloquent pour qu’on ne sente pas le temps passer. Evidemment, tout dépend de l’endroit où se déroule la scène. On ne verra pas le même genre de comportement ou de phénomène si l’on se trouve à L’Orchid, au Sporting, à l’ATCL, à Bonita Bay, à Ramlet el Bayda, à Jonas ou à Las Salinas. Toutefois, il y a des stéréotypes partout. De la bimbo au vieux ridé déjà noir depuis février en passant par le pêcheur invétéré, du tournesol au porc à cigare. On trouve tout à la plage. Comme à la Samaritaine. Il y a l’éternel maître nageur en short rouge, le sifflet autour du cou et qui, s’il n’a pas 75 ans, fait craquer les minettes. Les adeptes du parasol qui passent la journée à l’ombre et bronzent quand même. C’est toujours moins risqué que de s’endormir sous le soleil exactement, avec la main de son boyfriend sur le ventre. Il y a ceux qui ne déjeunent que sous leur grande ombrelle ou vont au restaurant/snack. Manger bel fay avec paréo, serviette, t-shirt et petite sacoche où se trouve fric et cellulaire. Il y a les pros du bronzage huilé. Les old school du Baby Oil avec un chouia de mercurochrome. Les pros du bronzage qui tournent avec le soleil et qui emmerdent leurs copains et voisins qui sont obligés de bouger chaque ¼ d’heure leur banc selon le moment de la journée. Cette même pro qui coince son maillot entre les fesses et se met sur le côté droit puis sur le gauche, écarte les jambes, les orteils, les doigts. Un vrai 180° du corps. Il y a les crétins de la brûlure, qui dès la première exposition se tartinent de graisse à traire. Une gueule de cul de babouin pour le reste de la semaine et les épaules qui font mal, qui pèlent et sur lesquelles on renverse le Calamine/Caladril. Comme à la grande époque où nos parents inconscients, oubliaient les SPF à la maison. Y’a les amateurs de bonne musique, les head phones bien placés sur les oreilles et qui préfèrent écouter Kavinsky plutôt que le bruit des vagues. Il y a aussi la spécialiste de la trousse fournie avec pince à épiler, masque pour cheveux, ciseaux, lime à ongles, gel purifiant, brumisateur et fil à coudre au cas où le brésilien la lâcherait en pleine route. On trouve aussi les fans du panama blanc en paille, comme un peu tout le monde. On sue sous le chapeau mais c’est pas grave, ça fait classe. Et puis c’est un genre de mini compassion avec le personnel de maison qui transpire à grosses gouttes par 40° et qui court derrière les sales mioches pour les empêcher de frapper leur sœur avec la pelle bleu roi. Y’a les bimbos en high heels de 12 centimètres, les colliers qui tintent, le rouge à lèvre, le mascara et l’eye-liner waterproofs, le brushing impeccable. Généralement ce sont ces dernières qui nagent le crawl en dehors de l’eau, la tête qui tourne de part et d’autres sans jamais frôler le H20. Ce sont également elles qui sont flanquées du porc à cigare, torse poilu et qui parle fort. Il y a les aficionados de la protection 50 pour visage. Elles s’en recouvrent chaque heure et ressemblent à des momies sur corps humain bronzé quant à lui, un centaure version libanaise prudente. On croise aussi les intellos qui bouquinent un pavé à la main sur la condition humaine à l’époque médiévale, côtoyant de très près la ménagère de moins de 50 ans qui a réussi à se procurer 50 shades of Grey et qu’elles planquent derrière un Paris Match mouillé (sic). Il y a aussi les connaisseurs en vin rosé qui se murgent la tronche dès 11h du matin. Puis, il y a les sportifs, les rois des longueurs, les tsars du kilomètre, goggles sur le nez, bonnet ridicule, planches et palmes sur les pieds et les mains genre L’homme de l’Atlantide. Et il y a nous. Trébuchant sur les 150 Havainas qui trônent à côté de l’escalier de la piscine trop froide et qui après un plongeon raté, perdons notre maillot élargi par des années de chlore… L’été est chaud.

 

 

 

 

 

 

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