Allez comprendre, Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 15 septembre 2012

Depuis qu’on fait le trottoir, on sent bon. On sent frais. Plus besoin de se shampouiner le crâne à 3 heures du matin. Fini le temps des clopes dans les lieux publics. Oui, mais lesquels ? Parce que le fonctionnaire du amn je-ne-sais-quoi, lui, la loi ne l’intéresse pas. De sa main droite où trône, fier, l’ongle de son auriculaire, il tient son café, de l’autre, sa Vantage. Son bureau, si on peut appeler ça un bureau empeste la cigarette froide. Ah ouais ? Ouais. Son regard de merlan frit en dit beaucoup sur la bêtise qu’est la sienne. On n’a même pas envie de lui faire une quelconque remarque. De toutes les manières on n’était pas dans le bon bureau. Comme toujours dans l’administration libanaise. On monte, on descend, on remonte, on redescend les escaliers poisseux sans jamais trouver le bon responsable, capable de vous tamponner ce foutu papier qui vous permettra de commencer le début des formalités afin d’obtenir un visa pour les States. L’administration libanaise est à l’image du pays, une immense aberration. Des aberrations, le Liban en regorge. Partout. Chez tout le monde. Aberration veut dire égarement, folie. Ça ne s’invente pas. La loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics est une bonne chose. Mais elle est aberrante quand on sait qu’on pollue, kidnappe, tue, en toute impunité. Et l’aberration de cette loi, c’est son application. Quand un représentant de l’état vous envoie sa fumée à la gueule, pourquoi accepter qu’un autre représentant nous colle un PV pour avoir parlé au téléphone au volant quand lui, enfourche sa mobylette déglinguée, sans casque, son vieux Nokia à la main ? Aberrant. Ce même flic qui vous dit de passer alors que le feu est rouge. Euh… Y’a rien à comprendre, c’est comme ça. Comme quand on monte sur le Ring et que la bretelle qui vous fait sortir de ce pont mythique est celle qui fait entrer les voitures qui viennent de Saïfi. Ou que le valet parking qui prend votre 4×4 n’a pas de permis de conduire. Inutile de faire un énième pamphlet sur la conduite au Liban, ça ne fera pas avancer le schmilblick. C’est sûr, on aime la logique libanaise. Une logique implacable qui traverse les époques parce qu’elle est inscrite dans les veines du peuple et de ses responsables. Et qu’on le veuille ou pas, on a les politiques qu’on mérite. Il y a 30 ans, Bachir Gemayel, dans un discours hallucinant d’actualité, avait mentionné, le sourire aux lèvres, qu’il fallait que les différents ministères coordonnent leurs initiatives, surtout au niveau des travaux publics. Depuis 1982, rien n’a changé. On asphalte, puis fait ressortir les bouches d’égout pour fixer un problème d’eau, on re-asphalte, puis on creuse à nouveau le bitume pour faire passer des câbles d’électricité, on re-re-asphalte pour qu’enfin les télécoms viennent installer de nouvelles lignes téléphoniques. Tiens, parlons-en des télécoms. Non ? Non. Internet ? Non plus. L’électricité, les moteurs ? Définitivement non. Les plus grandes absurdités ever. Illogique ou pas, on continue, et pas seulement au niveau étatique, à faire dans l’incohérence. Dans nos comportements de tous les jours, on vogue de l’insensé à la stupidité sans passer par la case départ. Je suis déprimée. Kheddé Lexotanil. Qu’on soit femme de médecin (mart l’hakim, hakim), avocat, journaliste, enseignante, au Liban on adore prescrire. Des anxiolytiques qu’on confond avec les antidépresseurs, un expectorant et surtout des antibiotiques. Kheddé Augmentin. Faut plus chercher à saisir le système de pensée. C’est comme ça. On entend My Way à un mariage. Normal, « and now, the end is near » et « les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi ». On ne comprend rien à rien. Pas de bon sens akid, juste des sens interdits qu’on prend allègrement. Mais on est bien d’accord, c’est drôle. Surtout qu’on ne se rend même plus compte qu’on nous abreuve d’un nombre de conneries et de mensonges incalculables. Le pire ? Ceux qui croient encore ce que leur disent certains dirigeants. Enfin, un en particulier. Vaut mieux en rire qu’en pleurer. Sinon ce serait la fin des haricots. J’allais oublier, la route de Damas quand on la reprend en sens inverse, pourquoi ne s’appelle-t-elle pas la route de Beyrouth ? Surtout en ce moment…

 

 

 

 

 

 

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