Fall(ing) – Médéa Azouri, l’Orient-Le Jour, samedi 22 septembre 2012

L’été est fini. Même si le soleil brille encore haut dans le ciel. Même s’il fait encore chaud. Même si on va toujours à la plage. L’été est fini parce que demain c’est l’automne. L’automne et ses couleurs ocre et orangée, carmin et havane. Ses feuilles qui couvrent le sol, les premières pluies et les prémices de l’hiver. L’automne et ses mois de fin septembre, d’octobre, de novembre et de début décembre. L’automne placé sous les signes de la Balance, du Scorpion et du Sagittaire. L’automne et cette sensation de non saison. L’automne et son blues. On aime rarement l’automne. On ne l’aime pas comme on aime le printemps et ses premiers rayons de soleil et la perspective de l’été. Non, on n’aime généralement pas la nuit qui arrive plus tôt, le prochain changement d’heure et le froid qui commence à pointer le bout de son (cache)nez. L’automne c’est la fin de l’été avant la fin de l’année même s’il reste quelques petits mois encore avant la célébration grotesque de la Saint-Sylvestre. C’est assez amusant, parce que malgré des vacances ensoleillées, reposantes et régénératrices, on se sent épuisé. Et c’est normal, c’est le cycle naturel de toutes les espèces. Tout va vers le bas : la durée du jour diminue, tout comme la sève des arbres reflue vers le bas et le centre du tronc, et le corps subit une baisse de régime. C’est une question de Yin et de Yang chez les Chinois. Et là, on est en plein Yin. Genre en plein spleen. Genre jambes lourdes même si elles sont sur un treadmill, ciel grisonnant même s’il est encore bleu et moral à zéro même si on vient de tomber amoureux. Tomber c’est ce qu’invoque l’automne. Fall en anglais, ça ne s’invente pas. Kharif, la lente chute. L’érosion, la dégradation. Ça ne s’invente pas non plus. L’automne, c’est une sorte de PMS pour tout le monde. On se sent moche, on se sent mou, on se sent gros. On n’a qu’une envie c’est de se glisser au fond de son lit, sous la couette, à mater dvd sur dvd en grignotant des Petits Écoliers. Et ben c’est bien. C’est très bien même. C’est on ne peut plus sain. Le repli sur soi est nécessaire. On a besoin de se laisser aller, de faire le vide et surtout de se concentrer à nouveau sur l’essentiel. On arrête de fumer parce que de toutes les manières, on ne peut plus fumer dedans. On essaye de faire du sport. On essaye surtout. On détox notre corps imbibé d’alcools, on détox notre cerveau imbibé des commérages de l’été et de toutes les conneries qui ont été dites, on détox notre karma en élaguant tous ceux qui sont détestables et inutiles, en élaguant tout le mauvais. On prend un nouveau départ. Manque d’énergie ? Non. Les bad vibes, on les dégage. Et ça n’affaiblit pas. Au contraire ça renforce. Surtout le sommeil. Comme l’été fut légèrement overdosé, un peu de calme ne fera de mal à personne. Soyons zen. Apprécions l’art du rien foutre. Apprécions le rien. L’absence de programmes et de stress. Pas de soleil à rattraper, pas de plage à courir, pas de plein air obligatoire. La glande totale, sans remords, les yeux bouffis par trop de sommeil et une grasse matinée très grasse. Un survêt en guise d’habit du dimanche, une queue de cheval au lieu d’un brushing aseptisé, un gros pot de Nutella sur les genoux, substitut d’un jat de fruits. On s’abrutit devant un film con, sans scénario ni subtilité, juste une succession de gags ultra mauvais et prévisibles, on passe une après-midi à jouer au tarnib. On mange junk sans complexes, on cachera la peau d’orange et les poignets d’amours sous de larges fringues, il n’y a plus de maillot dans l’armoire. On cache et on se cache en mode cocooning et on fait c’qui nous plait. Les dépenses s’amoindrissent. Tant mieux parce que décembre n’est pas loin et que ça va faire mal. Très mal, comme d’habitude. Alors profitons de cette entre saison, de cet entre-deux, de la douceur de la brise teintée de chaleur, des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle, des couleurs chaudes qui nous enlacent, du bois de la cheminée qui recommence à crépiter, du canapé confortable dans lequel on se love, de cet automne qui amorce la saison prochaine, de ce calme avant la tempête. De ces lentes journées et de ces longues nuits, ces nuits de tous les possibles.

 

 

 

 

 

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