Kill him/her – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 6 octobre 2012

Je pourrais le/la tuer. Lui casser la gueule, l’étrangler, le/la dépecer, lui arracher les ongles. L’Homme est violent. Extrêmement violent. Il blesse, fait souffrir, torture, assassine. Avec perversité, plaisir. C’est le seul de toute l’espèce animale à accomplir des actes de violence qui ne sont pas d’ordre naturel. L’animal tue par instinct de survie, parce qu’il a faim. L’Homme, non. Sauf parfois si ses conditions sociales sont précaires. L’Homme est violent… Nous sommes tous violents. Tous. Nous avons tous des pulsions violentes. Des pulsions sadiques. Comme celles des enfants. Si on laisse seul un enfant, sans contrôle, se bagarrer avec un autre, il pourrait le tuer, sans se rendre compte qu’il fait du mal. L’enfant a besoin de limites. Il a besoin qu’on lui apprenne à canaliser sa violence. Comme ça, il pourra la sublimer. Et bien voilà, nous avons tous des désirs de vengeance, de revanche, de punition. Des réactions bestiales. On pourrait écrabouiller l’autre, lui exploser la tête contre une vitre. Le pare-brise surtout. Confinés sur des routes étroites qui n’étaient pas censées accueillir autant de voitures, écrasés par la promiscuité, le manque de civisme des autres, irrités par les exactions incessantes, on pourrait facilement commettre un meurtre. Vicieux de surcroît. On imagine une batte de baseball, un couteau, un flingue. Du sang qui gicle, de l’hémoglobine partout. Eh oui, la violence n’est pas propre à ce qu’on appelle les maladies mentales. Les pulsions sadiques sont en nous depuis notre plus tendre enfance. Et comme ces parents qui ont le devoir de contrôler la violence de leurs enfants, l’État est censé nous mettre des limites. Et l’État comme la justice sont plutôt absents au Liban. Normal donc que tout parte en vrille pour un sens interdit, un doigt d’honneur, un regard de travers. Comme la violence est liée à la parole, il suffit d’un mot pour que ça pète. Le manque de sanctions étatiques permet aux gens de dépasser les bornes et les limites. L’homme est violent. La femme aussi. Crêpage de chignon, insultes, coup de poing, tirage de cheveux, rêves de brutalité sexuelle, de viol même. Elles peuvent être capables du meilleur comme du pire. Rares sont les femmes qui font des mashkals, certes, mais quand on les laisse aller à leur sauvagerie, ça peut faire mal. Très mal(e). Elles sont belles ces femmes au sang chaud, la rage au ventre pour (se) défendre ou en représailles. Genre Uma Thurman dans Kill Bill. On a tous, pensé ce petit “yes” quand la belle blonde bute les uns après les autres ceux qui ont cherché à la tuer. Un immense khay byéstéhal, quand Lisbeth, la girl with the dragon tattoo utilise son vibromasseur. On a souri, criant quasiment victoire. Une sorte de jouissance qu’on n’a pas eu devant la scène précédente où la jeune femme se fait violer et qui est d’une injustice et d’une ignobilité absolues. Quel sentiment dingue quand même. Un sentiment qui peut paraître horrible, surprenant. Mais qui est tout simplement normal. Cette exultation qu’on a quand notre désir de vengeance est assouvi, apaisé à l’écran, ça s’appelle la catharsis. La catharsis c’est l’épuration, la délivrance des passions par le moyen de la représentation dramaturgique. Et le débat bien sûr, existe depuis la nuit des temps : la violence au cinéma, au théâtre, dans la littérature est-elle libératrice, un déclencheur ou un exercice purement littéraire, une perversité intellectuelle comme chez Sade ? Généralement si la violence défoule, elle nous met aussi mal à l’aise parce qu’elle nous procure un plaisir involontaire. Putain ce que Patricia Arquette est grandiose la bouche en sang. Qu’elle est belle. Et même si les passages de certains films sont d’une férocité sans précédent, il y a quelque chose de terriblement jouissif à les regarder. Clockwork Orange, Natural Born killers, Apocalypse Now, Reservoir Dog et tant d’autres. Il y a définitivement de la violence en chacun de nous. Il y en a face à la mauvaise foi, au mensonge, à l’injustice, à l’ingratitude. Il y a de la cruauté. On pourrait brutaliser, être férocement blessant, hurler, cogner. On pourrait abattre un(e) rival(e) d’une balle entre les deux yeux. Lapider sur la place publique les traîtres et les traitresses. Les salauds qui impunément commettent des crimes contre l’humanité. On pourrait foutre son poing dans la gueule de celui qui fait preuve de mauvaise foi. On pourrait torturer à cause d’une injustice. On pourrait arracher les yeux d’un politique menteur à la mémoire courte. Et écraser ses deux orbites comme Uma.

You’re talking to me?

 

 

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