Il était une fois – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 8 décembre 2012

Il était une fois un prince, une princesse, une grenouille, un carrosse, une marâtre, une pomme, un âne, une fée, un ogre, un loup, un haricot géant, des allumettes. Ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours. Au-delà de cette fin, gigantesque mensonge qu’on sert aux gamins depuis la nuit des temps, les contes pour enfants ont une raison d’être. Il était une fois l’inceste, la rivalité entre sœurs, le désir sexuel, les remariages, la virilité et la pauvreté. Contenu symbolique, éducatif, psychanalytique, initiatique. On apprend aux enfants à se défendre, à refuser le désir paternel, à comprendre qu’une mère peut mourir, qu’il ne faut pas parler aux inconnus ni se glisser dans leur lit, à différencier le bien du mal. Les contes pour enfants de Perrault à Grimm en passant par Andersen se lisent entre les lignes. Non un papa ne peut pas épouser sa fille, non on ne doit pas se faufiler dans le lit du loup, oui un haricot géant est un symbole phallique, oui la rivalité et la haine entre sœurs existent, oui la virginité est mise en péril par une pomme rouge et non les princes n’existent pas. Ni leurs chevaux blancs, ni les fées, ni leurs châteaux. Ils ne sont pas charmants et les princesses ne portent pas de souliers de vair. Les princes ne tombent pas amoureux de souillons à la beauté incomparable et sûrement pas au premier coup d’œil. Et malheureusement, il y a des petites filles qui meurent de froid en regardant les autres se régaler devant un repas luxueux. A quoi pensait Hans Christian Andersen en écrivant La petite fille aux allumettes ? À la misère du 19e siècle. À quoi pensent les directeurs de programmes des télés qui passent les films et autres dessins animés pendant la période des fêtes ? À rien sûrement. Il n’y a rien de plus terrifiant, triste et angoissant que ce conte. Bonjour la culpabilité le soir de Noël. On est loin du conte de fées puisque la fin n’est pas celle qu’on attendait. Pas de happy ending pour cette petite marchande aux boucles blondes. Alors on fait quoi aujourd’hui avec ces gosses ? On leur bassine les oreilles et les yeux avec des histoires plus débiles les unes que les autres. Certaines, heureusement parlent d’écologie, de racisme, d’handicap. C’est bien mais faut-il encore que quelqu’un explique aux bambins de 6 ans qui se coltinent tous les Disney et Pixar en anglais sans sous-titres français, qu’il faut sauver la planète comme Wall-E. Donc, on relit et on revoit nos classiques, et on leur raconte d’autres histoires. Pas des histoires de civisme en leur racontant la conduite au Liban. Pas d’histoires de droits de l’homme, ni des histoires sur la mer qu’il faut nettoyer, sur les OGM, sur nos hommes politiques. Trop glauque et puis merci la fin. Non, le fin mot de l’histoire, on doit l’avoir. On voit ensemble Grease, La Boum et on danse. On regarde E.T. et Gone with the wind, et on parle de différence. On revoit Sound of Music, Fifth Element et on parle de ce cinquième élément. De ce putain de cinquième élément qu’est l’amour. On chante l’amour et la douceur de vivre. On leur fait écouter les Beatles au lieu de ces conneries qu’on entend à la radio. On les berce avec “Something”,  “Across the Universe” ou “The long and winding road”. On leur fait découvrir “Le gorille”, “La poupée qui fait non”, “L’ami Caouette”, “Les marionnettes”. On leur fait danser le rock, le twist et surtout les slows. On écoute “Stand by me” et on leur raconte nos amis, les leurs. Ceux de Harry Potter. On lit entre les lignes de tous les romans. On relit Pagnol, Le grand Meaulnes, George Sand. On leur demande de choisir quelques uns des cadeaux qui sont sous le sapin pour les offrir à d’autres moins chanceux. On leur apprend à sourire, à aider. On leur raconte notre histoire. Quand on était petits. Les bêtises qu’on a faites, les punitions qu’on a reçues. On les fait rire. On joue avec eux. Et on reparle d’amour, encore et encore, parce qu’à la fin, c’est tout ce qui reste. Et on les écoute. Ils ont beaucoup d’histoires à nous raconter et surtout plein de choses à nous apprendre.

 

 

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Une réflexion au sujet de « Il était une fois – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 8 décembre 2012 »

  1. Je ne connais pas votre pays, qui m’émerveilla lorsqu’enfant j’avais alors près de 10-11 ans, vers 1965-68, un ami au Lycée Français de Madrid m’en parlait (il en revenait…) Mais quel plaisir de vous lire sur l’Orient le jour!
    de Saint-Pierre d’Irube France

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