Le père noël est une ordure. Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 15 décembre 2012

Y’a pas à dire, l’ambiance est à la morosité. 10 jours et ce sera Noël. Sans beaucoup de neige, sans grève de la SNCF, sans Yann Barthès qui a quitté Beyrouth la semaine dernière. Ce sera Noël sans fric, sans enthousiasme, sans jolies décorations, sans beaucoup de soirées. Par contre Noël sera avec. Avec embouteillages, profusion de sms et chansons de Noël insupportables. Il y a un truc dans ce mois de décembre, un truc totalement absurde. C’est la crise, ça s’saura. Les gens n’achètent pas, attendent les soldes. Personne aux caisses. Même dans les boutiques pas chères. Même aux heures de pointe. Même chez ceux qui ont déjà commencé les discount, les remises. Pourtant les rues sont pleines. Bourrées de monde. De klaxons, de gens qui s’engueulent, qui font des queues de poisson ou des doigts d’honneur, de voituriers en chaleur, de 4×4 en double file. Dès que le 1er décembre s’affiche sur les boîtiers des montres, on se rue pour acheter un calendrier de l’Avent aux gamins et le trafic commence. 45 minutes pour faire 100 mètres. Impossible de (re)joindre ceux qui nous attendent. Les conversations cellulaires ne durent pas plus de 30 secondes. Le réseau est saturé paraît-il. Nous aussi. Je m’étais promis cette année pourtant, de ne rien dire sur les fêtes. De laisser la magie de Noël nous envelopper de son doux manteau blanc. Mais c’était illusoire de croire que les fêtes s’annonceraient bien. D’accord c’est la crise. Partout ailleurs. Et c’est la fin du monde. Vendredi prochain. L’Apocalypse s’abat sur nous. Est-ce pour ça que tout le monde a la tronche d’un sapin jauni qui a perdu ses épines ? Ou est-ce à cause des sms qui pleuvent chaque deux minutes, nous annonçant une promo par ci, un dîner dans un resto où l’on n’a jamais mis les pieds, une soirée pourrie à 25 dollars le drink, un billet d’avion pour Larnaca dans la soute à bagages, un test pour savoir si on est enceinte, un pyjama taille 44 offert si on achète un lave-linge et des invitations en veux-tu en voilà à des ouvertures, des espaces éphémères, à des collections de Noël, à des ventes d’objets, des expositions, des trucs, des machins, des cocktails, des soirées. En deux mots : l’horreur. Déjà qu’on est sur nos nerfs parce qu’on ne sait pas où trouver le sac à dos qu’on colorie que le petit a vu sur Teletoon. Le petit qui ne croit plus au Père Noël. Bonjour la magie du 25 au matin. On ne planque plus les cadeaux sur la tetkhité, on ne sort plus sur la pointe des pieds et on n’avale plus ni les cookies, ni le lait en dessous du sapin. Le Père Noël n’existe pas. Notre compte en banque non plus. On est sur nos nerfs disait-on. On attend les soldes en repérant à l’avance les trucs qu’on aimerait acquérir. Et soudain, semblant venir de nulle part – non, pas un aigle noir – Jordy, Mariah Carey, Band Aid, Wham, Chris de Burgh. Last Christmas I gave you my heart, All I want for Christmas is you… Que peut-on dire ? Qu’on est dépité surtout. Parce que chaque année c’est la même chose. Le même cd qui passe en boucle, à tue-tête dans tous les restaurants, malls et boutiques. Le même cd qui loin d’offrir un soupçon de magie de Noël, nous plombe le moral. Alors voilà. Nous sommes à 10 jours de Noël. On fait quoi ? Déjà, on ne parle pas du Nouvel An. On change la musique des boutiques en leur offrant des cd où on entend Elvis, Sinatra, Lennon ou Dean Martin nous chanter Noël. Ensuite, on sait que les soldes arrivent à grand pas. Donc si ce n’est pas avant, eh ben on fêtera Noël le 27. Pourquoi pas d’ailleurs. On prend la tangente si on peut. On invite un tas de copains à célébrer la veillée de Noël, on fait des cadeaux à 20 dollars – sacré challenge. On demande la démission de tous nos politiques. Comme ça, on aura peut-être un réseau cellulaire moins cher et plus efficace, une connexion internet normale, des routes non inondées, une rabta de pain à un prix ordinaire, des augmentations décentes, des droits et non pas des privilèges. Peut-être qu’avec cette liste (non exhaustive) réalisée par un Père Noël qui n’existe pas, on se sentira plus léger. On ne rouspètera plus sur les routes et les chansons de Noël, ces affreuses et exécrables chansons de Noël seront plus digestes. Et Noël sera à nouveau Noël.

 

 

 

 

 

 

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