Pareillement – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 5 janvier 2013

Il reste demain. La galette des rois, le Noël arménien. Sinon, c’est fini. Bel et bien fini. Les fêtes sont terminées, le foie est gras, le sang a cédé la place à l’alcool et on a décidé qu’après avoir tiré le roi et la reine, porté la couronne et avalé la fève, on allait prendre des résolutions qui ne tiendront pas la route et resteront sur le bas-côté jusqu’à 2014. Tout en dégageant les toxines qui ont envahi notre corps. C’est qu’on en a soupé durant les fêtes. Bûche, Mont-Blanc, vin, champagne, dinde, foie gras, marrons glacés, chocolat, saumon, charcuterie, fromage, tequila… et, et, et : soirées, wejbet, concerts, expositions, soldes, aéroport, galas, embouteillages, déjeuners, mariages, dancefloor, sms, cotillons, papiers cadeaux, dîners, happy hours, bla bla bla. Overdose de tout certes, mais c’était exactement ce à quoi on s’attendait, et maintenant que c’est fini, on peut avouer qu’on a bien aimé ces deux semaines de dingue. On a eu le droit à tout, concentré sur 15 jours. Comme si tout le monde s’était donné le mot. If not now, then when ? Alors on y a été, jusqu’au bout. On a tout écumé. Les bars, les comptoirs, les terrasses, les boîtes, les apparts, les pistes de ski et même les soirées de fund raising. Une soirée de gala comme toutes les soirées de gala. Sponsorisé (allez savoir pourquoi) par Fap. Soporifique la soirée ? Pas du tout. La chanteuse s’égosillait tant, perchée sur ses chaussures à plateforme en plexi, qu’on n’a pas pu en placer une. Pas bien grave, le spectacle dans la salle, en valait le détour. La gent féminine sa2atit le vison, la masculine s’affairait à recevoir les politiciens et les paillettes brillaient sur toutes les poitrines retenues par des soutiens aux bretelles transparentes. Une vraie prom night pour sexagénaires botoxées. On aime ces femmes qu’on ne connaît qu’à travers leurs photos dans Mondanité. On a également bu des shots de téquila. Autant en dix jours que durant les 20 années précédentes. Soirées de beuverie avec des jeunes, des moins jeunes, des vieux. Toutes les générations ont plongé tête la première dans un grand coma éthylique. Et ça fait du bien. Du bien comme quand on débarque aux arrivées de l’AIB pour attendre un frère, un fils, une nièce qu’on n’a pas vu depuis des lustres. Dans la foule il y a des sourires, la musique de Love Story (y’a eu plus gai), des fleurs, de l’émotion et une petite brune de 7 ans qui s’appelle Charlize. Eh oui. Comme l’égérie de Dior, sauf que le r se roule et que la petite ressemble plus à la Saprich qu’à la Theron. Ce n’est pas son Brad de frère qui dira le contraire. Une fois le tarmac abandonné, on a couru les soirées. Les guindées où les jeunes femmes faisaient un concours de « je suis la mieux habillée » avec dans les yeux cet effrayant message : « je vous en supplie, regardez-moi, il ne le fait plus depuis des années ». Les détendues avec strip-teaseuses sur le bar et envolées de champagne, ces soirées retrouvailles où plus personne ne savait vraiment où il/elle se trouvait. On aura tout eu durant ces fêtes. Les soirées de Noël où chacun a réglé ses comptes avec l’autre. Où le linge sale qui ne se lave décidément qu’en famille, a besoin de plus d’un tour en machine. On aura eu des soirées de malade qui ne se sont pas terminées avant 5 heures du matin, des soirées rythmées à la Macarena et pas à la sauce Gangnam. Des soirées où les uns et les autres se sont étripés, s’envoyant à la figure 365 jours de rancœur ; des nuits de party hopping, enchaînement hallucinant de rencontres, de coups de cœur et de coups de gueule dans des cadres tellement différents qu’on s’est demandé vers 4 heures du matin si on était toujours à Beyrouth. On a eu des soirées réussies et d’autres totalement ratées. On aura eu un nouvel an génial, une St Sylvestre foireuse et glauque placée sous le signe de Michel Hayek ou un huis clos sublime. On aura tout vu durant ces vacances scolaires que l’on s’est octroyées bon gré, mal gré les employeurs. Cela aura été le meilleur exutoire de cette putain d’année qui vient enfin de se terminer. Un beau pied de nez à tous ceux qui ne pariaient pas un dollar sur les fêtes de fin d’année au Liban. Comme quoi, la pulsion de vie est toujours plus forte que l’autre. Que les autres. Demain, la saison s’achèvera là où elle a commencé, sur le tarmac de l’aéroport. Retour à la case des départs. Des nouveaux départs. Pareillement.

 

 

 

 

 

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