Casier judiciaire – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 19 janvier 2013

C’est comme une tache d’encre qui serait tombée malencontreusement sur un curriculum vitae. Une tache indélébile. Un point noir impossible à extraire. Une poussière qui salit un parcours pourtant irréprochable, une sorte de casier judiciaire amoureux, professionnel, social. Ceci est une erreur (de jeunesse, de bêtise, d’insouciance, de méchanceté). Il en existe un tas dans nos vies. Des incidents qui sont venus entraver notre dessein. Il y a les bourdes, les paroles, les actes, les amours. C’est un fait, on ne doit rien regretter mais souvent c’est impossible. On a tous fait des conneries. Par exemple, si certain(e)s ex nous laissent totalement indifférents, d’autres nous perturbent encore, quelques uns nous foutent la honte. Pas comme une situation humiliante du style, je sors la tête de l’eau, la morve coulant du nez. En fait du genre, ou lala qu’est-ce que j’ai fait. Un soir d’ivresse, passe. Un mois d’ébriété, non. Allez comprendre ce qui anime les mauvais choix. Un homme ou une femme qui vont à l’encontre de tout ce qu’on a toujours aimé, qui sont l’antithèse de ce qu’on est. Une espèce de péquenaud qui fait dire à l’entourage qu’est-ce qui lui arrive ? L’angoisse parce qu’une telle petite faute peut biaiser le regard des autres par la suite. D’accord, on s’en fout des autres, mais pas forcément de l’autre. Une fille de bonne famille s’amourache d’un plouc au look improbable, un type sis extra muros, non pas de son rang social mais plutôt de son milieu, bien plus âgé qu’elle, genre le chauffeur de son oncle. Ça fait plus Stéphanie de Monaco que Lady Chatterley. Et n’est pas Oliver Mellors qui veut. Le problème ne réside pas dans le jugement des autres mais bien plus, dans son propre jugement. On assume parfois mais généralement, pas. Et après coup, on réalise l’ampleur de la connerie. Yeurk, wow, euh… Les onomatopées expriment bien mieux le sentiment d’erreur que n’importe quel mot. On en arrive même parfois au déni. Un peu comme Mathilde Seigner à qui on avait fait la surprise d’inviter un ancien ex datant de sa jeunesse, un ex avec qui elle avait pourtant passé un an et dont elle ne se souvenait pas. Ctrl+alt+del. Au final ce n’est pas bien grave. Qui n’a pas d’erreur de parcours ? Qui n’a pas eu un moment d’égarement ? Qui ? Cela reste bien moins sérieux qu’une parole blessante ou un acte outrageant. L’événement implique quelqu’un d’autre et vu que nous Libanais, nous ne sommes pas les rois de la délicatesse, les gaffes ont lieu et fréquemment de manière violente. Une vacherie racontée avec un soupçon de sel et de poivre qui, à l’instar de l’effet papillon, fait exploser un couple, une famille. Kharab byout. Une bombe a été balancée. Une trahison a eu lieu. Les médisances ont été trop loin. Et la liste est longue. On a écrit un truc sur des gens qu’on ne connaît pas pour donner une leçon à d’autres, on créé un groupe sur whatsapp pour déchirer une copine, on a posté une saloperie sur le wall d’un cousin, on a dit des horreurs lors d’une grande colère à celle qui fut notre meilleure amie, des rancœurs passées, on a mis le doigt sur ses défauts et on a enfoncé le couteau dans la plaie. On a révélé un lourd secret (ça reste entre nous), on s’est marié pour le fric, on a quitté la bonne personne, aimé la mauvaise, on a piqué la femme de son meilleur ami pour la larguer ensuite, on a craché sur son intégrité pour un poste haut placé, on s’est engagé à l’encontre de sa liberté, on s’est perverti et prostitué pour quelques dollars de plus, on a pris la mauvaise décision, arrêté ses études, pas fait un autre enfant, pas fait d’enfant, démissionné par orgueil, blessé celui/celle qu’on aime le plus. Aurait pu mieux faire, certes mais finalement cette tache d’huile, aussi grasse soit-elle, fait partie de notre passé, comme un mini boulet qu’on finit par traîner avec légèreté. Et cette tache, avec le temps, finit par s’estomper, par rentrer dans les fibres. Une fois absorbée, elle fait partie de nous, de ce que nous sommes, de ce que nous sommes devenus. Le tout c’est de ne pas avoir trop sali son tablier. Trop rempli son casier judiciaire.

 

 

 

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