La Veuve Clicquot – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 16 mars 2013

 

 

Un décès c’est triste. Douloureux. Une épreuve par laquelle nous passons tous. Il y a le processus du deuil, l’acceptation, la vie qui continue. Malgré tout. Et il y a les enterrements et les condoléances. Le va et vient, pendant deux ou trois jours, dans un salon ou à la maison, des amis, des connaissances, des collègues, des politiques et des vautours qui adorent ce genre d’occasion. Un véritable folklore où, sauf circonstances exceptionnelles, on se croirait dans un méga salon de thé. Une fois le décès arrivé, on se rend très vite compte que le folklore est partout. Chez les « visiteurs », dans leurs tenues et du côté jardin. Quand tu meurs, ça coûte cher. Ça coûte tout le matériel et le lieu. Et les responsables religieux. Tout a un prix. Tout le monde a un prix, tout se monnaye. Vaut mieux avoir de l’argent quand on meurt. Mieux vaut que les proches en aient aussi. Parce que moyennant quelques milliers de dollars, les funérailles laissent un goût sacrément amer. Un goût qui n’a rien de sacré. La liste des tarifs (faxée ou e-mailée) est aussi absurde que la suite des événements. Une fois le chèque encaissé, l’éloge commence et il est proportionnel au montant et inversement proportionnel aux qualités du défunt. Surtout quand ledit prêtre ne le connaît pas. Quand le corps religieux connaît la personne, l’office est émouvant. Lorsqu’il ne le connaît ni d’Adam ni d’Eve, le discours devient une grosse blague. « Il a si bien vécu. Il était si généreux avec les autres. Il a toujours apporté son soutien à la famille. Lui, cet homme de sciences, ce diplômé des plus grandes écoles, ce mari exemplaire, ce père dévoué ». Oui bien sûr. On pouffe de rire dans la salle. Le type était pingre comme Picsou, trompait sa femme depuis des années, n’a jamais étudié puisqu’il a arnaqué la famille en reprenant tout l’héritage de feu papa. Ses gosses ? Élevés pareil. À part leur nom, le plus souvent écorché par le prêtre qui a du mal avec cette nouvelle mode de prénoms italo-franco-américains, rien de vraiment commun avec le paternel. Une fois le discours prononcé, on en prend son grade sur ces valeurs qui n’existent plus, sur le nombre grandissant de divorces, sur le sexe hors mariage, sur l’appât de l’argent. Le sermon habituel quoi. Joli intermède qui a l’avantage d’alléger ce moment pénible que sont les funérailles. Une fois l’enterrement terminé, c’est reparti pour un tour. Une farandole de conneries que l’on va entendre et un défilé de mode comme à chaque condoléances. « Haram, partie si tôt ». D’accord c’est une triste perte mais notre aïeule avait quand même 96 ans. Des phrases bateau comme toujours et des lapsus qui sont le plus souvent à l’origine de bien beaux fous rires. « 3a 2bel kel séné ». Non, on n’en a pas vraiment envie. Comme quand le personnel de Flouty nous dit un bonjour souriant parce qu’il nous connaît bien et nous assène un surprenant « chta2nélik ». Pas moi. Puis entre deux larmes versées par des gens qui connaissaient à peine le défunt, on doit s’occuper des fleurs, des sandwiches : thon, poulet, saumon, jambon, fromage, ah et roastbeef aussi. Puis vient le vrai repas du lendemain. Siyyadiyé et tout le toutim. Ces instants sont durs. La mort d’un être cher est ce qu’il y a de plus terrible. Et malgré ce chagrin, on n’est pas épargné, sollicité en permanence par ceux qui vont se faire deux sous sur notre dos. Heureusement, il y a cette pose cigarette dans une pièce avoisinante où tout le monde se retrouve et où on déblatère. Sur la sœur qui ne veut pas contribuer aux funérailles, sur les fringues de la cousine, sur le collant résille de la voisine, sur les chaussettes blanches de l’oncle ultra antipathique qu’on n’avait jamais vu auparavant. Et quand l’ennui pointe le bout de son nez, qu’on a personne à qui parler, on s’amuse à compter le nombre de sacs Chanel qui défilent, on zyeute les décolletés, les fuck me shoes à 15 centimètres du sol. Tant que c’est noir, tout passe. La dentelle, les seins dehors, la robe moulante. Heureusement que les copains sont là pour faire passer la pilule et la tristesse. C’est très souvent lors de ces moments qu’on rit le plus. Parce que ceux qui nous aiment vraiment nous permettent de traverser cette phase tampon où on a envie de tout, sauf de rester seul. Alors, après le mariage civil, à quand un enterrement civil ? Avec de belles chansons, de la joie et des couleurs. Parce que quand on y pense, ils ont bien de la chance d’être en haut (ou en bas). Tous ensemble.

 

 

 

 

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Une réflexion au sujet de « La Veuve Clicquot – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 16 mars 2013 »

  1. J’aime beaucoup vos chroniques, mais je bute sur le sens des mots libanais qui ne sont pas traduits comme « chta2nélik » ..(Le libanais n’est pas une langue pour google!).Je sais, cela vous fera rire , ces français maladroits qui veulent s’intégrer dans l’orientalisme…Bien sincèrement Olivier d’Arexy

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