Célébration – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 6 avril 2013

Dans quelques instants, la fête va commencer. La musique est prête, le DJ est prêt, le buffet pour 120 personnes est complet, l’équipe d’animation est au taquet, les centaines de ballons dansent dans le ciel, les cotillons sont bien rangés dans des sacs individuels, la pièce montée est montée et les cadeaux attendent patiemment les dizaines de mains qui vont se jeter dessus. La soixantaine de convives débarque dans quelques minutes, ils ont tous confirmé. Normal ils ne vont pas rater ça. 4 ans ça se célèbre en grandes pompes. On ne va pas louper Hello Kitty en polyester qui va effrayer la moitié des enfants. On ne va pas louper Hello Kitty en pate d’amande, on ne va pas louper Hello Kitty en polystyrène, en diamants aux oreilles de la pauvre petite Aya qui se coltine des bouclettes brushinguées. On ne va pas manquer le défilé des tenues hors des prix de ses petits invités qu’elle ne connaît quasiment pas. On ne va pas manquer les 5 passages de « Gangnam Style » volume puissance maximum ni les animateurs qui hurlent dans un français approximatif, la bouche collée à un micro grésillant et totalement inutile. La petite Aya ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive, nous non plus d’ailleurs. Que se passe-t-il au royaume des mini Libanais ? Que se passe-t-il au royaume de leurs parents ? Que s’est-il passé pour que l’anniversaire d’un enfant ressemble aujourd’hui à un carnaval ridicule, mi défilé de bonnes femmes over dressed ; mi défilé de nounous qui courent après les bambins pendant que ces mêmes bonnes femmes (celles qui ont daigné venir) puissent papoter chiffons autour d’une limonade trop sucrée et trop chaude ? Les anniversaires pour gosses sont de plus en plus désolants. Grotesques même. On a oublié la taboulé, le gâteau au chocolat de téta, les Pyramides de Bonjus(ssse) et les petits pains fourrés thon/mayonnaise variation poulet. On a zappé les chansons amusantes, l’animation faite maison, le coloriage et les grands saladiers de jello avec morceaux de banane. On a gommé la simplicité pour un truc sans nom ultra ostentatoire où personne ne s’amuse. Surtout le petit birthday kid. Il est fini le temps de l’Ile aux Enfants, de Casimir, du Blougi Boulga et de ton amie Liliane. Les choses sont devenues absurdes. Aussi absurdes qu’un gosse de 5 ans qui a dans son assiette un pain au lait brie raisin qui surplombe une montagne de bouchées et petits fours au goût beaucoup trop subtile pour ses papilles, « Fuck You » de Lily Allen à fond dans les enceintes et les oreilles, et l’animatrice qui s’obstine à parler dans la langue de Baudelaire en tutoyant la mère d’Aya qui est priée de venir au milieu du trampoline avec sa « bonne ». La phrase la plus affligeante jamais entendue. « Les enfants, les bonnes, venez tous sur la piste » hurle la jeune animatrice dans son micro. Elle hurle parce que les décibels de David Guetta et Akon qui poussent la chansonnette sur « Sexy Bitch » sont tellement hauts que les 57 petits cœurs des invités d’Aya battent à 145 à l’heure. On se demande après pourquoi les enfants sont nerveux en fin de goûter. Surexcités par les beats d’une musique électronique inaudible même sous ecstasy, ils tournent en boucle dans cette petite salle louée pour l’occasion. Et les quelques mères présentent se retrouvent en train de crier après leur progéniture, la voix annihilée par la cacophonie ambiante. « Viens finir ton assiette ». Laisse tomber, la dite assiette va finir à la poubelle, comme toutes les autres, jonchée de finger food commandée chez un caterer hors de prix qui vous facture 1$ la 7abbé de pop corn et 2$ le mini shot de jello nature. Trop de tout dans ces anniversaires nouvelle génération. Trop de bruit, trop de bouffe, trop de cris, trop de personnel, trop de musique, trop de cadeaux, trop de sms de remerciement pour les cadeaux qu’on a ouvert après. Et trop de cadeaux de retour. Ce satané cadeau de retour qu’un sacré crétin a inventé. Un cadeau de retour qui a pourri les gosses qui n’attendent que ça depuis le début de la fête. Un cadeau de retour qui est balancé dans le coin de la chambre une fois arrivé à la maison, parce qu’il s’est avéré que c’est le même que le précédent birthday. Un cadeau de retour qui a remplacé le petit sac de bonbons qui collaient dans les dents.

 

 

 

 

 

 

 

 

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