Quoi de neuf docteur? Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 1er juin 2013

S2al mjareb wou ma tes2al 7akim. Au sens propre du terme. Vous pouvez demander à n’importe quel Libanais quoi prendre en cas de petit pépin de santé, il répondra: Khod Panadol.
Tout le monde a des connaissances médicales au Liban. De grandes connaissances très souvent. Parce qu’au Liban, on sait tout sur tout et, en matière de médecine, on sait de quoi on parle. Nous sommes les rois de l’automédication parce que personne ne comprend un Libanais mieux que lui-même. Parce qu’il est un cas unique. Parce qu’il est gheir chi. C’est pourquoi d’ailleurs, il ne répond à aucune loi. Parce qu’aucune loi n’est faite pour lui. Alors n’essayons même pas avec un quelconque traitement.
Le rapport du Libanais avec sa santé est assez étonnant. Au-delà de l’unicité de chaque individu, il y a également la pagaille liée en majeure partie à la guerre où l’automédication était de rigueur. Et comme le Libanais n’a pas vraiment besoin d’une daffé pour danser quand il s’agit de bordel, il adore. Tel un poisson dans l’eau, il se meut avec une aisance hors du commun dans n’importe quel milieu anarchique. Surtout dans le milieu médical. Donc pas besoin de «rachetta» pour prescrire un Lexo à sa voisine quand elle a un coup de blues, quand elle est en PMS, ou qu’elle n’a pas été invitée à la soirée de Leyla de chez Khoury en face. Kheddé Lexo en cas de dépressurisation et une semaine d’Augmentin pour soigner un petit rhume. Pas besoin de faire 8 ou 12 ans d’études, on sait tous ce que l’on doit prendre, comme si on avait le Vidal greffé sur notre Smartphone ou un caducée collé au pare-brise. Tu as le côlon irritable to2briné, prend du Buscopan ou du Spasfon. Tu as tellement bu hier que c’est normal que tu aies la nausée et ce sacré hangover. Aslan tu aurais dû prendre deux Solpadéine avant de dormir, mais bon, la7i2 7alak et prend Motilium trois fois par jour et tu verras, ça ira mieux. Ya khayyé, c’est juste un coup de vent (oui, oui, la mythique saf2ét hawa), Cataflam, bass avec les repas et demain tu me remercieras. Walaw, qui t’a sauvé la vie quand tu as abusé de la kebbé nayyeh la dernière fois en te refilant un Maalox ? Je te jure ça va aller, ma fi métel Déanxit pendant quelque temps, tu ne sentiras plus ta boule dans le battoun. Et que celui qui n’a jamais, mais jamais, ouvert une boîte à chaussure, une trousse ou son sac à main pour refiler un Aerius à cause de ce satané pollen, jette la première pierre à son voisin, spécialiste de la gastro et principal pourvoyeur de Normix. Nous sommes tous médecins au Liban. Comme si la médecine n’était pas prise au sérieux ou comme si le diagnostic ne nous satisfaisait jamais. Il ne doit pas être aisé d’être docteur au pays du Cèdre. Tout d’abord parce qu’on doit dealer avec les symptômes de nos compatriotes, ensuite parce que la plupart du temps on est obligé d’expliquer à nos patients qu’une migraine ne se soigne pas au téléphone un samedi midi, ni un psoriasis un dimanche à la plage. Ah, pour enquiquiner un médecin, on ne fait pas mieux qu’un patient libanais zélé. Mazélak hon (hon étant un dîner entre potes, une soirée mondaine, un concert, un coin de parasol au Sporting, une tête de gondole au TSC), je voudrais te montrer en vrac, mon ongle incarné, ma gorge enflammée, mon ventre noué ou mon dos bloqué. Et comme je t’ai sous la main, je vais en profiter pour te sortir mon cahier de doléances et faire une auscultation gratuite pour moi et tout aussi chiante pour toi. Mais ça on s’en fout. Un oto-rhino ne doit pas faire la sourde oreille, un dermato ne doit pas avoir les poils qui se hérissent, un plasticien doit faire le beau et un ophtalmo doit avoir les yeux bien en face des trous. On se fiche bien de savoir que ce n’est ni le lieu ni le moment pour se faire examiner. Ce qui importe le plus c’est qu’on a sorti nos jérémiades en s’excusant fréquemment de ne pas vouloir importuner le gardien du serment d’Hypocrate. Parce qu’une fois le dos tourné, on hochera la tête en levant les yeux au ciel. Tssk tssk ma féhim chi. Je sais très bien ce que j’ai. Eh non, je ne suis pas hypocondriaque. Juste un peu stressé. 7abbet Xanax, ça passera. Xanax? Wlak eh, c’est comme le Prozac.

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