Cruel summer – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 8 juin 2013

Le mois de juin annonce l’été. Même si le soleil a commencé à briller bien avant, même si les peaux sont halées depuis plus d’un mois, même si on a déjà barboté une dizaine de fois, juin rime avec été, comme septembre rime avec rentrée alors qu’on a quitté l’école depuis 25 ans. Juin, c’est le 21 et le passage officiel au solstice d’été. Juin, c’est la fin des cours, la fin des examens, le remplissage des piscines (y’en a qui attendent encore – règlement oblige), les dernières premières communions, les premiers mariages, les prix high season et l’air conditionné. Juin c’est l’ouverture des festivités, le début du rythme le plus dingue de l’année. La saison est lancée et bien sûr, comme chaque année, la liste des préparatifs est longue. Tel Rocky Balboa avant de monter sur le ring, le Libanais s’échauffe. Il s’entraîne à gérer son emploi du temps, ses crèmes solaires, ses réservations, ses invitations. Il s’entraîne à prendre soin de ses muscles, à faire attention à sa ligne, à onduler son corps sur une piste de danse. L’été sera un cocktail de (dans le désordre et en vrac) : rooftops, plage, montagne, vin rosé, chlore, champagne, festivals, chansons, decks, voyages, maillots, coups de soleil, sel, goggles, mariages, panama, baby oil, Mykonos, soirées, sunset, arrivées d’aéroport, Pharrell Williams et j’en passe. L’été sera, comme d’habitude, un concentré de ce qu’on fait de mieux au Liban : (se) faire plaisir. Si tout va bien, évidemment. On s’échauffe donc. Et 1, 2, 3 et 4. Les salles de sport sont bondées depuis quelques semaines, les corps transpirent, se font épiler et l’organisme est au régime. Des petits bâtonnets de surimi et des blancs d’œuf en omelette, on fait attention. Parce que l’attention va se porter sur nous et que durant les prochains mois, on va exhiber nos corps sur le sable blanc, les galets ou le béton des plages qu’on va arpenter les 20 prochains week-ends. Alors on s’échauffe parce que ça y’est, on y est. On a rangé les tapis, recouvert les canapés de draps blancs, bientôt on fermera l’appart, on débranchera le frigo et hop direction Faqra/Faraya ou Beit Mery, ou Nabeh el Safa, ou Ajaltoun, ou Bhamdoun, ou Aïn Zhalta, ou wherever. Ah ben oui, l’été, c’est une putain d’organisation. C’est un planning sur quasiment six mois. En mai, on amorce l’été, on prépare sa peau en allant une ou deux heures à la piscine, on intensifie les cours de sport, on fait chier son PT et son psy, parce qu’on veut avoir le moral. En juin, on garde un tube d’écran total, uniquement pour le visage, on se fait plaisir avec un verre, puis deux verres, puis une bouteille de vin rosé, on commence à se faire inviter à une, deux, trois, cinquante soirées. On spot les chaussures, les robes, les maillots et les polos pour les soldes (et les mariages). En juillet, on commence à penser aller pâturer dans les hauteurs. On ne compte plus les partys, on se fait bouffer par le FOMO (Fear of Missing Out), on ne veut surtout rien rater, on travaille à bas régime, on carbure à l’alcool lourd, on jongle avec les festivals, les huttes avec jacuzzi sur les plages qu’on trouve branchées, on fait en sorte de réserver dans les restos pour nos potes expatriés, on commence à râler. En août, il fait trop chaud, on abandonne un peu la plage pour aller souffler dans les hauteurs, pour prendre l’air, pour respirer un grand coup loin de la faune. Euh, ça dépend pour qui. Parce que la faune se déplace. On fait une escapade à Mykonos (avec la faune), on va au Skybar (avec la faune), on va à la montagne (avec la faune). On va à Mar Mikhael, Gemmayzé, Hamra (avec la faune) et dans n’importe quel resto à la mode (ou pas), sur n’importe quel rooftop branché (ou pas), chez le coiffeur du moment (ou pas). Avec la faune. En septembre, on entend sonner le glas de la fin des festivités alors qu’on sait pertinemment que c’est reparti pour un tour. Mais on sent l’odeur imperceptible de la rentrée malgré les températures élevées, les soirées qui continuent, les déjeuners dans les maisons familiales (ré)ouvertes pour l’occasion. On cale encore des invitations entre deux autres événements, on entretient son bronzage en se félicitant du départ des gens venus d’ailleurs, on ne fait plus aussi attention à la tenue de nos maillots, on a repris quelques kilos, on pense faire un saut à Paris, en famille. Avec la faune. Et en octobre, on fera une grosse cure de détox pour amorcer l’hiver. C’est juste qu’on n’est qu’en juin.

 

 

 

 

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