When tomorrow comes – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 22 juin 2013

Les Caves du Roy, le Stéréo 70, le Flying Cocotte… Qui n’a pas entendu un père, une maman, une grand-mère, un oncle mentionner ces lieux de la nuit. Le Liban d’avant et ses folles soirées. Le Liban du Casino et de Dalida. Le Liban de Brigitte Bardot qui venait danser chez les Gay-Para et de toutes ces nuits où le pays était, selon nos parents, en plein âge d’or. La nostalgie est toujours ce qu’elle est. Revivre des instants. Parfois des choses qu’on n’a pas vécues. Et la nostalgie, aujourd’hui, c’est aussi il y a 20 ans. Ce ne sont pas seulement les années 60 et 70. Ce n’est pas seulement le Saint Simon ou le Lagon. Le Liban d’hier c’est aussi le début des années 90. 1993, il y a 20 ans pile poil. 1993 et les années qui ont suivi, les bars, les restos et autres night-clubs qui ont suivi. Beyrouth est enfin en paix. On essaye d’oublier les 15 dernières années. On sort de la guerre et on a envie de (re)vivre. Kaslik est en effervescence, Beyrouth is back. Et ça sort partout, tout le temps. Tous les soirs de la semaine, là où il y avait des pubs, des bars et des restos. Et comme ils n’étaient pas nombreux, on connaissait tout le monde là où on allait. De Tabarja à Achrafieh, en passant par Maameltein, Aïn Saadé, Verdun ou Jounieh. Au sortir de la guerre, il y avait quelque chose de naïf, de beau, de sucré dans l’air. Il y avait des retours au Liban. Des yeux remplis d’étoiles et d’espoir. Il y avait le rêve de la reconstruction. Il y avait l’avenir. Dans les années 90, il y avait des endroits cultes, des soirées qui n’en finissaient pas, des manakishe de l’aube. Il y avait le Music Box, ses escaliers, Michel, Roger et la « p’tite là-bas avec sa robe noire ». Il y avait le Harley’s, Sultan et le Maestro, rue Trabaud. Il y avait le Jet Set et Olivia Valère (le vrai). Il y avait Alecco(’s) – taratararatata tequila – et Jean-Claude. Il y avait le Down Town et son petit frère, Mozarella. Il y avait les voûtes de l’Olivers à Maameltein. Il y avait la boîte saisonnière de l’hôtel de Faqra. En 1993, il y avait le Broasted sa7et Sassine. Cette place où il y avait Ziad Rahbani et le Key Club. Il y avait l’Opéra, le Wall Street, le Domino, Georges Farah, son kiosque jaune et Kaslik dans toute sa splendeur. Il y avait le passage à l’Ouragan au Holiday. Il y avait les chabebs qui faisaient des mashkals chaque week-end et se tombaient les uns dans les bras des autres une fois l’aube venue. Il y avait les premiers. Le premier Chez Sami et ses assiettes dépareillées, le premier Chez Michel, en bas dans Kfardebian, le premier L’Os avant l’incendie et le premier B018. Le B018, Sin el-Fil, son parking, ses tables orientales et « When doves cry ». Il y avait encore (et toujours) le Portemilio, l’ATCL et sa sempiternelle mouloukhiyeh du jeudi. Il y avait « Foule Sentimentale » sur RML. « All that she wants », Meat Loaf, et Whitney et Kevin s’aimaient en toute impunité. Puis il y a eu, et dans le désordre, le Rétro, ah, le Rétro ! Le Caracas où l’on dansait sur les tables, le Club 70, le Henry J. Beans et la chorégraphie de Grease, le City Café, le Taïpan au-dessus de Mandarine, le B018 (le deuxième) et ses tables tombales, l’ACID. On dégustait nos premiers sushis au Tokyo et les teppanyaki au Benihana. Et puis il y a eu le grand revival d’Achrafieh, le Monnot, le Pacifico, le Bistrot Sofil, le French Café, le Tribeca. Et puis il y a eu le Babylone. Eternel(le) Babylone. Et le Circus où tout le monde chantait en chœur. Il y avait dans l’air une insouciance retrouvée. Même si Céline Dion s’égosillait sur la BO de Titanic, même si Kurt Cobain mourait en 1994 et 2 Pac en 96. On aimait danser la Macarena en pensant qu’on la danserait toujours. On écoutait de la dance music sur Hit FM. On découvrait Tout le Monde en parle en différé sur TV5. On lisait L’Orient-Express, les éditos de Samir Kassir et les dessins de Mazen Kerbage. On scandait « Jean-Paul Two we love you » et on pleurait Lady Di. Mais on avait une incroyable légèreté. Cette légèreté qu’ont les pays d’après-guerre. On commençait une soirée à Beyrouth pour la terminer de l’autre côté de la baie de Jounieh. On faisait de la route au volant d’une Range Rover première génération ou d’une Fiat Brava. On se foutait du temps, on en avait largement. Il était devant nous. Quel que soit notre âge. Qu’on ait 20, 30 ou 40 ans, en 1993, on y croyait. Vingt ans plus tard, on aimerait y croire encore. Une fois encore.

 

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