Madame rêve – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 12 octobre 2013

« Je suis en retard ! Je suis en retard ! Je suis en retard ! ». Imperturbable et insupportable lapin qui entraine Alice dans ce terrier angoissant sorti tout droit de l’imagination de Lewis Carroll. Pays des merveilles ? Je ne sais pas pour qui, mais pas pour beaucoup d’entre nous. Les aventures d’Alice sont les nôtres. Celles de nos rêves. Celles de ce monde imaginaire qui accompagne et berce nos nuits. Oui, mais. Chaque soir, chaque nuit, on rêve. Que l’on cauchemarde, ou pas. Que l’on fantasme, ou pas. Que l’on s’en souvienne, ou pas. Un rêve qu’on tente de comprendre. Au-delà du sens qu’on lui donne dans les croyances populaires, le rêve est un drôle de moment que l’on passe, une fois les yeux fermés. Un phénomène loin d’être absurde même s’il y paraît. Un phénomène loin d’être magique ou divin, même si certaines tantét disent le contraire. Non, le rêve n’est pas un songe prophétique. Morphée est un mythe. Le mythe d’un bel homme dans les bras duquel on a envie de se lover. Le rêve a bien évidemment une fonction et son interprétation est « la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient » a dit un jour de 1900 un grand monsieur qui venait de rompre avec l’idée romantique d’un rêve contenant un symbole interprétable selon la clé des songes. La clé de nos songes nous appartient. Qu’ils soient d’actualité, concomitants ou récurrents. Qu’ils soient érotiques, terrifiants ou la manifestation d’une toute simple frustration. Il y a un « contenu manifeste », et il y a un contenu latent, le premier couvrant le second Et au-delà de l’interprétation que l’on fait sur un divan, il y a les essais de compréhension de tous les jours. Autour d’un café ou dans la cuisine d’un bureau. Certes, il n’y a rien de plus ennuyeux que quelqu’un qui vous raconte son rêve de la veille en détails, mais qu’est-ce que la comparaison des rêves peut être amusante et néanmoins intéressante. Surtout qu’on fait tous, le même genre de rêves et lorsqu’on s’en rend compte, on en rit souvent. Qui n’a pas rêvé un jour qu’il arrivait pieds nus à l’école ? Pieds nus ou nu tout court. En pyjama aussi. Et évidemment une fois les bancs scolaires délaissés, c’est au bureau qu’on arrive les orteils à l’air. Lors d’une grosse soirée aussi. Ce n’est jamais agréable de débarquer au resto, la plante des pieds ayant foulé le bitume quelques instants auparavant. C’est grave docteur ? Mais bien sûr que non. Tout comme lorsqu’on rêve d’une scène torride avec un homme ou une femme auquel ou à laquelle on n’avait jamais pensé. Instant étrange que le lendemain lorsqu’on croise ce collègue de bureau. Le rouge monte aux joues. C’est comme si l’autre savait. Perturbant. Surtout que ça provoque parfois une envie. « Allô j’ai rêvé de toi ». Comme j’ai rêvé de toi mais dans le corps d’un(e) autre et inversement. Comme j’ai rêvé d’un(e) autre un soir où tu dormais à côté de moi. Bonjour la culpabilité. Bonjour les explications sur les forums de femmes. Désir refoulé ? Désir enfoui ? Frustration assouvie ? Mais bien sûr. Ici c’est simple. Là où, c’est plus compliqué, c’est lorsqu’on n’arrive pas à analyser le contenu quand il est latent. Parce que si on rêve de chocolat quand on est régime, c’est qu’on a envie de chocolat. Ou de douceur. Un peu de douceur. Il n’y a pas d’interprétation type en psychanalyse, il y a des cas uniques, une symbolique unique, des associations libres, même si nombreux sont les gens qui s’envolent, qui tombent dans le vide, qui sont poursuivis, qui n’arrivent pas sortir un son de leur bouche, qui reviennent encore et toujours d’une maison familière dans laquelle ils n’ont jamais été. Qui rêvent aussi de maisons hantées, d’une noyade, d’essayer de faire quelque chose en vain. Les mêmes explications reviennent souvent. On parle d’angoisse, de quelque chose de préoccupant, d’une menace. Mais il n’y a pas d’interprétation type sauf chez les bonnes femmes du quartier qui vous expliquent que la perte de ses dents veut dire que quelqu’un va mourir, qu’une mer agitée est un bon présage, qu’être enceinte d’un garçon porte bonheur etc. Là, c’est divertissant d’autant plus que même la nouvelle génération, celle du web 2.0 ressort ce genre d’explications. Pas de rêve prophétique non plus. On ne lit pas l’avenir dans un songe, on n’y croise pas des Saints (sauf peut-être pour certains), on n’y voit pas des signes avant-coureurs (sauf si l’inconscient les a captés). La clé de nos songes n’appartient donc qu’à nous. Ils en disent long. Madame rêve d’archipels/De vagues perpétuelles/Sismiques et sensuelles. Elle rêve les yeux ouverts.

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Une réflexion au sujet de « Madame rêve – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 12 octobre 2013 »

  1. Longtemps je croyais que le rêve servirait à vivre Mais non, le rêve ne sert qu’à rêver à échapper à la solitude de la vie. Alors vive la poésie qui fait de la vie un rêve une musique
    comme dans la chanson « Sensation

    « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
    Picoté par les blés, fouler l’herbe menue,
    Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
    Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
    Et j’irais loin, bien loin, comme un bohémien,
    Par la nature, heureux comme avec une femme. »

    Arthur Rimbaud, 1870. repris Par R.Charlebois

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