Positive attitude – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 7 decembre 2013

Il faut toujours voir le verre à moitié plein. Plein d’eau de pluie même si elle nous inonde. Même si elle nous engloutit et nous fait rouspéter parce qu’il ne pleut jamais à moitié au Liban. Il ne pleuviote pas, il pleut averse. Et lorsque les premières gouttes pointent leur nez, on passe de l’été à l’hiver et c’est tout le pays qui part en vrille. Parce qu’il n’est pas prêt, parce que rien n’est fait pour qu’on ne coule pas. Il pleut et les Libanais pleurent. On pleure tous parce qu’on est coincés dans les embouteillages, parce que ça contrarie nos plans, parce qu’il nous faut trois heures pour nous rendre là où on veut. Chez nous, chez les autres, dans les boutiques afin de faire nos courses de Noël. Mais voilà. On a toujours su faire preuve de positivisme. On a toujours su voir le bon côté des choses. Alors, on va continuer à le faire. La pluie c’est bien. D’abord parce qu’on a besoin d’eau pour avoir de la neige, non seulement pour skier mais pour remplir nos réservoirs. La pluie c’est bien, parce que lorsqu’il pleut, cela nous ôte toute culpabilité d’être resté à la maison. On se cache sous les couettes et les couvertures, on mate des séries, des films sans aucun remords de n’avoir pas profité du beau temps. On mange des soupes, on boit des chocolats chauds, des thés blancs. On kankin. Et on invite nos copains à le faire avec nous. C’est sympa d’être à plusieurs sur le même canapé, lovés sous une couverture. A deux aussi. C’est une jolie saison pour les amours naissantes. D’accord la pluie, c’est aussi et surtout les embouteillages. Mais pendant cette perte de temps considérable, on peut essayer d’en gagner, en passant les coups de fil qu’on ne peut pas faire durant la journée ou en écoutant à tue-tête des morceaux qu’on n’a pas entendu depuis bien longtemps. Ça nous permettra de ne pas entendre les sempiternelles affreuses chansons de la saison. Dans le genre Mariah Carey qui s’égosille ou Jordy qui n’en finit pas d’être morveux. Et puis les embouteillages de décembre, ça veut dire que les Libanais s’activent. Qu’ils achètent – même peu – mais qu’ils achètent. Ça rebooste les commerçants et les restaurateurs en cette période de crise. Et même si on peste quand les milliers de sms des fêtes nous tombent sur la tête, on se dit que c’est cool les réductions et autres pré-soldes. Puis, quand il fait un peu plus beau et qu’on peut faire certains trajets à pied, ça nous permet de se bouger les fesses pour justement aller profiter de ces escomptes. Décembre ce sont également les soirées, même s’il y en a à profusion. Même si on ne sait plus où donner de la tête, on va faire la fête. Avec nos potes qui viennent de l’étranger, avec tous les autres. Partout. Et Beyrouth sera en train de vibrer. A nouveau. Les rues grouilleront de monde du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest du Liban. Il y aura des sourires. Des sourires à l’aéroport, des sourires à l’ouverture des cadeaux, des sourires de Bonne Année. Parce qu’une année qui se termine, c’est une autre qui commence. C’est laisser le passé derrière. C’est se dire qu’on entre dans une nouvelle ère. Qu’on fera de nouvelles rencontres, qu’on entamera de nouvelles histoires. Toute fin est un nouveau début. Un livre inédit qu’on va lire. Et il n’y a rien de plus beau que le nouveau. Décembre, ce sont les fêtes. Les fêtes qui rendent tristes beaucoup de gens. Et là aussi, on peut effectuer des changements. Mettre un cerisier de Noël à la place d’un sapin, parce qui a dit qu’il fallait mettre un sapin le 25 décembre ? Changer les décorations, faire des bonbons glacés au lieu des marrons, offrir des maillots de bain pour accueillir à bras ouverts, l’été qui vient, chambouler les traditions. Passer Noël avec ses copains et le Nouvel An en famille. Inviter à partager la dinde, tous ceux qui justement ne sont pas en famille. Et pour sourire encore plus, rassembler les vieux jouets et quelques nouveaux cadeaux et les offrir à ceux qui n’ont pas les moyens de le faire. Et si on trouve les rues tristes parce que les municipalités ont mieux à faire que d’embellir leurs quartiers, et bien on décore nos balcons et on demande à nos voisins de le faire. On aura un semblant de minis Champs-Elysées et pas des lampions bleus à moitié cramés qui pendouillent au-dessus de nos voitures. Il est donc venu le temps de le voir plein ce verre, même s’il n’est rempli qu’au quart, même s’il ne nous enivre pas. On va le voir plein, parce qu’on n’a pas le choix, parce qu’on ne va pas se morfondre un mois durant. On aura tout le temps de se plaindre quand il le faudra, de s’énerver contre tout et rien. La magie des fêtes, c’est à nous de la créer, bon gré, malgré. D’arracher la boule qu’on a à l’intérieur et l’accrocher sur un palmier, sur un fucus ou sur n’importe quelle plante verte. Et puis lorsque les éclairs viendront illuminer le ciel, on s’approchera de la fenêtre en souriant. Parce que ce flash, c’est Dieu qui nous prend en photo.

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