Make a wish – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 14 décembre 2013

« Tu as le droit à un vœu. Un seul et unique vœu. Et pas celui d’en avoir plusieurs. La règle est claire. Ce soir, à minuit, tu demandes ce que tu veux. Une fois. » Et ce serait quoi ? Ce serait à 10 jours de Noël. Un shot. Un seul et unique shot. On n’a pas le droit à l’erreur. Ce serait con de rater le coche. De demander un truc débile qui nous ferait plaisir sur le moment. Le plus embêtant tout de même, c’est que la liste est longue. On pourrait tout demander à la fois. L’argent, l’amour, la santé. Enormément d’argent, le grand amour, une force herculéenne. Mais qu’est-ce qu’on désirerait le plus au monde ? Demander à être riche comme Crésus. Pour ne plus se prendre la tête en fin de mois. Pour tout avoir. Les maisons, les voitures, les meubles, les voyages, les fringues, les chaussures, les sacs, les bijoux. Crouler sous l’or et les diamants, dormir sur un tas de billets. En donner aux autres bien sûr. Surtout pour s’acheter une bonne conscience. Et devenir enfin puissant. Parce que l’argent c’est le pouvoir. C’est la suprématie. L’homme/la femme le/la plus riche du monde. King of the World. Oui, mais on n’achète ni l’amitié, ni l’amour. Tsk tsk. De toutes les manières, des copains, on en a. Et l’amour, ça va, ça vient, ça reste, ça s’en va. Avec, ou sans fric. Vaut mieux en avoir à ce stade-là. Pour aller panser ses blessures dans une orgie de shopping. Un voyage à New York ou une virée dancefloor avec Pharell Williams. Le lendemain, une nouvelle moitié et hop c’est reparti pour un tour. Danse du ventre sur canapé, breakdance aux Maldives, tango lascif dans la cuisine. Avec du pognon, tout est permis. C’est comme ça. Mais bon, on peut demander l’amour aussi. Le grand. L’immense. Celui dont la flamme ne s’éteint pas. Le truc impossible. Solal et Ariane au paroxysme de leur passion. Sans la descente. Sans la chute. Une espèce de roman à la Barbara Cartland où la fin ne serait que le commencement. Un conte de fée à la fois sirupeux et wild. Intense et doux. Le truc impossible. Un vœu c’est égoïste. Le trip, je voudrais que tous les gens que j’aime soient heureux, l’altruisme hypocrite, la bonté soudaine, à d’autres. On y pense bien évidemment, mais quand on est face à Alladin, Dieu ou la marraine de Cendrillon, de la Belle au Bois Dormant, on ne fait pas dans le vœu de chasteté, d’obéissance ou de pauvreté. On se lâche sur la luxure et autres péchés véniels. On ne vit qu’une fois, on ne va pas s’emmerder à être gentil. Un vœu donc. Ou un don. « Tu as le droit de recevoir un don. D’en faire ce que tu veux ad vitam æternam. Là aussi, pas de demande inutile. Chanter comme La Callas, pianoter comme Gould ou peindre comme Van Gogh, on s’en passera. Le don d’ubiquité, c’est bien mieux. Je suis là, je ne suis pas là, je suis partout. Ici et là-bas. Au même moment. Chez les autres quand ils ne le savent pas. Pour voir ce qu’ils font, les espionner en toute discrétion. Les surprendre et se marrer en voyant leur tête. Pickaboo ! Lire dans leurs pensées aussi. Mais assez freaky quand même. On n’a pas toujours envie de savoir ce que les autres pensent de vous. Remonter dans le temps. Le contrôler. Changer des trucs. Rectifier le tir. Eviter une rencontre, en provoquer une autre. S’épargner une perte de temps, en gagner ailleurs. Ne pas commettre une erreur ou voir les chiffres de l’Euromillions avant le tirage. Revenir en arrière et arrêter de stresser pour l’avenir. Avec des variantes et pas de mauvaises nouvelles. Back to the future. Voler, planer dans les airs comme Superman. Survoler les embouteillages et s’envoyer en l’air. Et choper la baguette magique de Dumbledore. Anéantir Voldemort, changer le laid en beau, faire en sorte que Johnny Depp succombe, paralyser ceux qui nous dérangent. Acquérir des pouvoirs magiques et ranger sa chambre en une seconde pour enfin sauter du 4e étage à l’aide d’un parapluie, trémousser son nez comme Samantha, lancer des fils d’araignée avec ses poignets, tétaniser d’un seul regard comme la Méduse, manger et ne pas grossir, se muscler et ne pas courir. La liste est là. Il reste dix jours avant qu’il ne vienne. On peut tenter de lui demander ce qu’on veut. On ne sait jamais, peut-être qu’il existe finalement.

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