Quelques jours – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 28décembre 2013

On était nombreux à se dire, lors de l’ouverture de la première fenêtre du calendrier de l’Avent, qu’on aurait bien aimé hiberner jusqu’au 2 janvier. Pensant qu’on aurait été bien plus confortables sous la couette, à végéter en regardant la télé. En zappant les soirées et autres festivités, le shopping et les dîners de réveillon barbants. Dormir du 1er décembre jusqu’à l’année d’après. Privant Mariah Carey de nous assourdir avec sa chanson de Noël indigeste et sirupeuse, privant George Michael et Andrew Ridgeley de nous raconter pour la 153 279e fois qu’ils avaient donné leur cœur à je ne sais qui, l’année précédente. Ça fait 29 ans qu’ils nous saoulent avec cette chanson. Ils ont bien trouvé quelqu’un depuis, merde. On aurait bien aimé se la jouer Hibernatus et ne pas croiser des Pères Noël coincés dans un costume 100 % acrylique, ne pas se taper les embouteillages, les queues aux caisses et la course à la dinde. Sa farce aussi. On aurait bien aimé, mais on ne l’a pas fait. Parce qu’on ne le pouvait pas, tout simplement. On était obligés de passer par là. Et puis, sans crier gare, sans taper à la porte, la magie de Noël est arrivée. Coincée entre une tranche de foie gras et une guirlande mauve irisée. Soudain, l’amertume nous a quittés. Cette tristesse qui accompagne les fêtes, parce que probablement leur récurrence ranime en nous des souvenirs plus heureux, nous rappelle, à l’instar des Wham, que l’année dernière, au même moment, nous en étions là. Parce que les remises en question comme les bilans sont de rigueur et qu’en cette période, on ne peut pas y échapper, certains êtres nous manquent. Mais cette tristesse, aussi grande soit-elle, a finalement cédé la place au tourbillon de cette fin d’année. Pas totalement, parce qu’en cette période, nous sommes tous un peu bipolaires, mais un peu quand (bien) même. La magie de Noël nous a pris par surprise. Parce que la joie des enfants est définitivement contagieuse. Parce qu’on a reçu des messages tendres et émouvants de gens à qui on n’aurait pas pensé envoyer un mot. Parce que la maison est jolie quand, au petit matin, les emballages encombrent le parquet et que notre gueule de bois nous rappelle que la veille, on a ri. Retrouvant la famille au grand complet, même si au départ, on n’avait pas du tout envie de se coltiner ces « wejbet », de se farcir – tout comme cette pauvre dinde – un dîner chez notre vieil oncle, un déjeuner en belle-famille. On s’est bien marré quand ledit vieil oncle s’est endormi, ramassé sur le canapé de sa TV room, assommé par le shot de tequila Patron que notre jeune cousin, fêtard absolu, pilier de bar comme on n’en fait plus, lui avait fait boire en douce. Finalement, ça s’est plutôt bien passé. Malgré certains règlements de compte autour de la bûche, qui auraient pu finir en pugilat. Ça s’est bien passé, parce que ce soir-là, on avait envie de dire aux autres qu’on les aime. De les remercier d’exister. On avait envie de pardonner, sachant pertinemment que notre envolée miséricordieuse resterait dans les airs, une fois la nuit tombée. On a eu envie ce soir-là de se prendre pour un combo Mère Teresa/Miss Univers en déversant notre amour sur la planète. Bon, c’est sûrement la faute aux 5 flûtes de champagne sifflées en apéro qui nous ont un peu brouillé les méninges. Parce que le lendemain matin, on en voulait à la terre entière d’émerger, la tête dans le coaltar. Mais il y a quelque chose d’autre aussi. Quelque chose d’inexplicable, d’infiniment petit, d’impalpable, qui nous a rassurés. Et on a fini par apprécier ces petits moments qu’on abhorre le reste de l’année. On a positivé les obligations qui, somme toute, sont de jolies traditions. On a aimé les embrassades accompagnées de « Joyeux Noël/miss you/tu as embelli(e)/tu fais quoi au Nouvel An/tu restes jusqu’à quand ? ». On a aimé ces soirées bondées où on a vu tout le monde. Les gens qu’on croise peu et que finalement on aime bien, les proches qu’on n’arrive pas à voir, parce que trop de tout. On a aimé ces soirées où nous avons été invités affectueusement, ces come-back de nous après quelques absences, ces folles journées, ces insensées after parties et ces sourires. Ces putains de sourires et ces yeux qui brillent quand on a vu quelqu’un qu’on aime, ces yeux qui vous disent idaime. Il nous reste quelques instants encore, avant que l’année ne se termine mardi. On va clore un chapitre, fermer un livre, le ranger dans la bibliothèque et on va s’installer calmement devant une nouvelle page blanche. Sans son angoisse. Bonne année.

P.S. : cet article a été écrit avant l’ignoble assassinat d’un grand homme : Mohammad Chatah. Nous le gardons tel quel. Pour deux raisons : the show must go on, toujours, et l’ancien ministre adorait la vie. Dont acte.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s