(Blow) job description – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 11 janvier 2014

Dis-moi ce que tu fais, je te dirai comment tu aimes. Dis-moi quelle est la voie que tu as choisie, le métier qui est le tien, ton parcours professionnel et je saurai comment tu es au lit. Nos métiers en disent long sur ce que nous sommes. Nos choix ne sont pas vraiment innocents. Et si notre caractère nous pousse non seulement vers une carrière bien précise, il nous aiguille aussi dans nos histoires d’amour. Et voilà que les deux se mélangent allègrement. Le métier et l’amour. Une fois ladite histoire entamée, on se retrouve, sans s’en rendre compte, sous l’influence de nos (dé)formations professionnelles. Et de celles des autres. Le constat est drôle. Aussi il ne s’applique pas à tout le monde quand même. Heureusement. Heureusement pour les gynécologues ou les thanatopracteurs. Quoi que. Le gynéco doit probablement être un pro du point G et de toutes les zones érogènes. Ou pas : les cordonniers sont souvent les moins bien chaussés. En tout cas, c’est ce qu’on souhaite à sa compagne. Ça serait con après tout de n’être qu’un adepte du missionnaire rapide et classique quand on connaît si bien l’intérieur des femmes. Ça serait con d’être blasé aussi. C’est d’ailleurs la question que tout le monde se pose. À force d’en voir toute la journée, il se passe quoi le soir ? Avec un thanatopracteur, à moins d’être fan de bondage, on n’a pas souvent envie d’être embaumé(e).
Est-ce qu’en matière d’amour ou de sexe, cela s’appliquerait-il donc à tout le monde ? Est-ce qu’un parasitologue est un vrai parasite en amour ? Est-ce que l’on ne sent rien avec un anesthésiste ? On ne sent pas ses tromperies ? Un professeur apprendrait donc à l’autre comment aimer, comment lui faire plaisir, comment le faire jouir. Il lui apprendrait de nouvelles positions. Parfais si l’autre est avocat(e), à chaque déclinaison d’un 69, il y aurait jurisprudence. À côté de ça, l’avocat serait-il un salaud ? Faut donc faire gaffe au choix de partenaire. Faire gaffe au notaire qui risque de nous faire un constat en cas d’échec, au psy qui analyserait tout. Bonjour le lâchage dans ces cas-là. Bonjour le lâchage chez les gens de la mode. Toujours en contrôle de leur image. Un dîner en tête à tête prend des allures de shoot sans parler de la partie de jambes en l’air. Attention aux plis d’amour, au profil, à la lingerie. Attention à l’architecte d’intérieur et ses velléités de tout changer, de tout transformer. S’il est maniaque en plus, attention aux coups de T sur le bout des doigts. Si on aime les fantasmes, les trips et autres changements de programmes, alors on va direct chez un écrivain, un auteur. Dans le genre romance à tout-va et nouveaux plans, on est servi. Mais si l’imagination et les prises de tête ne sont pas pour nous, alors on oublie. Sinon, la crise existentielle sera de la partie. Vaut mieux se tourner alors vers un ingénieur, bien plus cartésien qu’un artiste. Semaine bien ficelée, histoire dans le cadre. On ne sort pas de la marge, on reste plutôt recto que verso. Quand on a des tendances SM psychologiques ou physiques, rien de mieux qu’un(e) dentiste. Roulette (russe) avec probablement quelqu’un d’obsessionnel compulsif. Plan épargne avec un banquier et taux d’intérêt revu à la hausse. Ouch! Restrictions budgétaires avec un comptable. Diagnostic et liens de cause à effet chez n’importe quel médecin. La douceur de la peau avec un dermato, les odeurs chez l’ORL qui déclare amoureusement « bhebb ri7tak ».
Diagnostic pour les uns et questions pour les autres. Les journalistes. Tu fais quoi ? Tu aimes ce que je porte ? Tu m’aimes ? Faire attention à ceux-là aussi. Sont souvent sur le terrain. Celui des autres. On a l’impression d’être devant le plateau d’un jeu de société où on devrait relier les personnes avec leurs rituels amoureux ou leurs habitudes sexuelles. Le coiffeur aime tirer les cheveux, le flic menotte, le sportif aime l’endurance, l’ingénieur du son aime les soupirs et les cris. Le photographe s’arrête entre les mouvements. Le cinéaste les met en scène. Les médiateurs vont droit au but avec un calme olympien. Quant aux politiques, vaut mieux ne pas les croire. Les PDG non plus. Ils vont vouloir tout contrôler, donner des ordres. À moins qu’on aime la soumission. Et encore. Faut aussi aimer les mecs à gros cigare.

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