Vol au-dessus d’un nid de coucous – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 22 février 2014

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand va-t-on les laisser crever sans broncher ? Jusqu’à quand va-t-on les laisser remplir les rubriques faits-divers sans lever le petit doigt ? Jusqu’à quand va-t-on rester les bras croisés en ne disant rien ? Jusqu’à quand va-t-on les laisser se faire fracasser le visage à coups de marmites devant leurs enfants, se faire empoisonner avec du Démol et que leurs maris circulent ensuite en liberté et en toute impunité ? Jusqu’à quand Roula Yacoub, Manal Assi ou Christele Abou Chacra ne seront juste que des histoires dont on parle le matin autour d’un café ? Que nous est-il arrivé pour avoir plongé dans une telle indifférence ?
Que nous est-il arrivé pour que l’on confonde à ce point nos priorités ? Pour laisser les femmes finir à la prison de Baabda en cas d’adultère, pour laisser grandir le nombre d’orphelins privés de leurs mères à cause des coups de leurs pères… C’est comme si on s’en foutait. Parce que peut-être ça se passe loin. Pas dans notre milieu. Pas à Verdun ni à Rabieh, ni à Jounieh ou à Broummana. Et là, pas si loin que ça, on meurt en silence. En silence parce que les voisins, la famille, savent pertinemment que ça ne sert à rien de dénoncer un homme qui bat. Ils savent pertinemment qu’il n’y a pas de loi. On meurt en silence parce que les familles ont honte. Parce qu’elles préfèrent que ça ne sache pas. Parce qu’on ne leur a jamais dit que les droits de l’homme, ce sont les droits de la femme. Parce que les droits de la femme n’existent quasiment pas. Manal Assi se fait accuser d’adultère à titre posthume. Le meilleur ami de son mari se fait passer pour son amant, pour que cet assassin ait des circonstances atténuantes. Effectivement, si un homme apprend que sa femme le trompe alors qu’il est marié à deux femmes, il a tous les droits de la frapper à mort devant ses enfants. Si une femme trompe son mari dans la high, on s’en gausse dans les salons et elle ne finit pas derrière les verrous. Margaret Tannous a été assassinée par son mari, lundi, en Australie. Là-bas, il a été directement condamné de meurtre. Là-bas. Ici, le mari de Roula Yacoub a fait marcher ses relations, ses wasstat et voilà. Il est relâché dans la nature. Libre. A-t-on demandé une enquête ? Non. Et comme ça ne s’est pas passé dans un milieu que l’on connaît, personne ne réagit. On en parle un peu dans les salons. Yi, yay. Point. Mais si ça avait été la nièce du cousin de la copine d’un député qui avait connu ce destin sordide, il aurait probablement, il aurait sûrement, fait en sorte que la loi pour la protection de la femme de la violence domestique soit promulguée. Il aurait fait pression sur ses inutiles compères, les squatteurs de la Chambre. On se serait beaucoup plus mobilisés sur tous les walls des réseaux sociaux. On se serait offusqués. On aurait dit qu’il était temps. Nous. Cette société civile qui ne bouge pas. Vous, moi, nous. On ne demande pas aux écoles de solliciter des ONG comme Kafa afin d’expliquer aux jeunes femmes que personne n’a le droit de les toucher. Ni leur père, ni leur frère, ni leur mari. On n’intègre même pas ces associations. On ne manifeste pas, on ne brûle pas des pneus devant le makhfar où un salaud est relâché.
On reproche aux politiques de ne rien faire, mais on a les politiques que l’on mérite. Ces locataires de la place de l’Étoile qui se foutent comme de l’an 40 des exactions commises tous les jours et toutes les nuits. Ils se foutent des droits bafoués comme ils se foutent qu’on tabasse des jeunes dans de sombres commissariats parce qu’on a trouvé une fin de joint dans le fond de la poche de leur jeans. Ils se foutent que ce soit de jeunes fumeurs de shit qui croupissent dans les cellules de Roumieh à la place des bourreaux qui viennent de tuer leur épouse. Ils ne se bougent pas le cul sauf, bien sûr, si c’était le neveu du cousin de la copine d’un mec influent qui avait été interpelé. Là, ce n’est plus la même chose. Affaire d’État. Ce sont les mauvaises affaires privées qui deviennent publiques. Quant aux affaires publiques, elles ne sont traitées ni en public ni en privé. A-t-on pété le dernier plomb qui nous restait ? A-t-on brûlé le disjoncteur de notre morale ? Sommes-nous tous devenus des profanes, loin de tout ce qui devrait être sacré ? Honte à nous. À nous tous. Honte à notre immobilité, à notre indifférence. Réveillez-vous, nous sommes devenus fous.

Part time lover – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 15 février 2014

Les chaînes du mariage sont si lourdes qu’il faut être deux pour les porter. Parfois trois. Quatre aussi. Quatre surtout. On ne va pas se leurrer, le mariage, on le sait tous, est un contrat totalement antinature et aujourd’hui complètement désuet. On ne va pas se leurrer, passer sa vie avec la même personne, coucher à vie avec la même personne, dormir à vie aux côtés de la même personne est inhumain.
Si l’on remontait à la nuit des temps et aux bienfaits d’un régime paléolithique qui nous interdirait de manger tout ce qui est processed food parce que notre corps n’est pas programmé pour, eh bien, ni notre corps ni notre cœur, encore moins notre tête ne sont programmés pour faire une infidélité à l’animal qui règne en nous, pour vivre un quelconque processed love.
L’infidélité. Ou adultère, tromperie et même trahison. Trahison, tout de suite les grands mots. Elle se cache où la première pierre ? Dans laquelle des deux poches ? Qui n’a jamais pensé à un(e) autre ? Qui n’a jamais désiré un(e) autre ? Oui, ce n’est pas politiquement correct. Et alors ? Quelles que soient les raisons pour lesquelles on trompe – l’ennui, le vide affectif, le sexe, l’impossibilité de partir, la vengeance –, quelle que soit la nature de ces tromperies – liaison, passade, fantaisie, partie de jambes en l’air, aventure, histoire d’amour, pensée –, on a tous et toutes considéré l’option, au moins une fois. Il y a certes un danger quand l’aventure devient liaison, un danger de rupture, mais il y a aussi la possibilité d’une continuité. Oui, l’infidélité permet souvent à un couple de tenir le coup. Oui, l’infidélité permet à certains de réaliser qu’ils ont mieux à la maison, que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Oui, l’infidélité concède à certains d’assouvir leurs fantasmes. Oui, l’infidélité réciproque est prescrite. Au lieu de se morfondre, de pleurer sur son sort, de se demander inlassablement pourquoi, faut faire pareil. D’abord parce que si on part du principe que les hommes possèdent plus de testostérone que la femme et qu’ils sont toujours en quête de nouvelles partenaires, si on part du principe que les femmes connaissent une montée de testostérone à la trentaine, qu’elles étaient programmées au départ pour perpétuer l’espèce donc, ne devaient pas se cantonner à un seul mâle et ne souciaient pas de savoir qui était le père, si on part du principe que tout le monde trompe tout le monde, alors profitons-en. L’infidélité fait mal au cocu ? Oui. Mais le cocu a le droit de se faire du bien. Surtout si le cocu est une cocue. Eh, oui. En matière d’infidélité, on pense souvent que l’homme trompe plus que la femme. Peut-être. Peut-être que certaines ont du mal à se délester de la culpabilité qu’on leur fait porter depuis 2 000 ans, mais si on pense que les hommes trompent plus, c’est aussi et surtout parce que l’homme se fait gauler bien plus facilement que la femme. La femme étant bien plus machiavélique, plus perfide, plus intelligente pour gérer le mensonge. Un partout. Nul besoin pour une femme de s’inscrire dans une agence d’alibis comme il en existe ou d’organiser un voyage d’affaires. Il suffit qu’elle prétexte un soin visage, une partie de tennis, un cours de yoga, une virée shopping ou un déjeuner entre copines pour que la pilule passe. De un. De deux, elles savent comment ruser et comment adopter une poker face. De trois, elles ne manquent pas d’imagination. Elles choisissent le bon hôtel, enregistrent le nom de leur amant sur leur téléphone sous celui d’une copine au lieu d’avoir deux lignes, savent quand il faut et quand il ne faut pas whatsapper, savent ne pas fondre le sourire béat de la crétine satisfaite et amoureuse sur le visage quand elles lisent un message, savent à quelle compagnie de taxis s’adresser, savent à qui elles peuvent faire confiance pour avoir une couverture, ont les clés des appartements de ceux qui vivent seul(e)s, créent d’autres comptes mails et ne s’émeuvent pas en public, ni ne rougissent, ni s’excitent. Et surtout oublient rarement quand elles ont menti et ce qu’elles ont dit.
L’homme est impulsif, la femme est sournoise. Et c’est tant mieux. Comme ça, on ne viendra pas la bassiner avec un quelconque jugement bourgeois. Autrefois, la trahison prenait une autre dimension à cause des enfants illégitimes. Mais aujourd’hui, le sexe est enfin séparé de la procréation. Il faut donc dédramatiser l’adultère. Ne pas s’inscrire dans la culpabilité du style Michael Douglas qui se fait méchamment punir à cause de son incartade avec Glenn Close. Non, on ne fera pas bouillir votre lapin. Non, toutes les liaisons ne sont pas fatales. Ce qu’il y a de fatal pour un couple, ce n’est pas la tromperie. C’est l’ennui.

La loi de l’emmerdement maximum – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 8 février 2014

Mariage. Union qui permet à deux personnes de supporter à deux, des ennuis qu’ils n’auraient pas eus, s’ils étaient restés seuls. L’humour de Pierre Desproges. L’humour concernant la Loi de Murphy ou la Loi de l’emmerdement maximum. « Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner. » Le pessimisme à son paroxysme. Le verre toujours vide, le concept de la tartine beurrée qui tombe toujours du côté où le confiture se trouve. Ou le Nutella. Sauf que la Loi de l’emmerdement maximum ou maximal, c’est aussi des situations drôles. Pas seulement la catastrophe nucléaire ou la suite d’événements où tout se casse la gueule. C’est vrai que parfois quand ça va mal, ça va mal. Comme quand le passe-temps ou le chapelet perd ses billes l’une à la suite de l’autre. La Loi de Murphy n’est pas à prendre à la lettre. Il faut la prendre avec humour. Dédramatiser l’adage de ce monsieur qui devait probablement être un pessimiste de première. La règle numéro 1, c’est de s’éloigner des défaitistes. Ils sont contagieux. Comme une sorte de virus qui irait jusqu’à contaminer un soufflé au chocolat qui se dégonflerait à leur simple vue. Tout va mal pour eux. Tout le temps. C’est le destin qui me joue inlassablement des tours. C’est la vie qui veut ça. Je ne réussirai jamais, je n’ai jamais eu de chance, bla-bla-bla. Never say never again. Eux, faut les dégager une bonne fois pour toutes. Ils ne sont pas d’une grande utilité, ces boumés-là. Ces gens qui vous envoient des messages vous promettant toute la merde du monde, si vous ne le forwardez pas à 20 de vos amis. Dans le genre je te porte la poisse, on adore. Ensuite, faut arrêter de penser que la fatalité est là à faire échouer toute expérience. Loin de là. La Loi de l’emmerdement maximum existe, mais ça peut être très drôle. Elle est sujette à de biens beaux fous rires. Après. Pas au moment où, déjà en retard, vous arrivez à l’aéroport et que la porte d’enregistrement et celle de l’embarquement sont à l’autre bout de l’aérogare. Que l’hôtesse d’accueil s’égosille à vous appeler et que tous les crétins de touristes en short qui rentrent chez eux vous bloquent le passage. Vous arrivez à bord tout suant sous le regard exaspéré de votre septuagénaire de voisine de gauche qui rouspète et de votre voisin de droite à la surcharge pondérale indescriptible. Bonjour le vol. Bonjour la queue aussi. C’est toujours la file que vous avez choisie qui est la plus lente. Où le caissier, dilettante de 22 ans et demi, fait ses premiers (faux) pas de nouvelle recrue. Sans parler du client devant vous qui a trouvé bon ton d’acheter tout le magasin. Idem pour la file de voitures dans les embouteillages. C’est celle de gauche qui roule plus vite. Puis celle de droite. On comprend mieux les slaloms des Libanais qui n’ont pas compris que, de toutes les manières, ça va bien finir par avancer. Ah ces bouchons qui ne trouvent pas mieux que de se former le jour où vous avez un rendez-vous ultra important. La veille, à la même heure, à la même minute, il n’y avait pas un chat sur la route. Les théorèmes déclinés de la Murphy’s Law sont extraordinaires. C’est toujours quand on est à la bourre qu’on ne retrouve pas ses clés. La probabilité que des copains débarquent à l’improviste est inversement proportionnelle au remplissage du frigo. « Quand on plonge un corps dans une baignoire, le téléphone sonne. » La loi d’Archimède-Bell, encore Desproges. D’ailleurs quand tout baigne, il y en a forcément un qui coule. Alors oui, on se marre. On sourit parce que c’est grave. Parce que ça arrive à tout le monde. Parce qu’on vit tous des emmerdements quotidiens. Parce qu’il y a des gens qui ont vraiment la poisse. Vous savez ceux-là qui marchent, un nuage pluvieux au-dessus de la tête. Ces gens qui lorsqu’ils imaginent que plus rien ne peut leur arriver, tout leur tombe dessus. Donc, on s’en sort pas trop mal. C’est vrai que c’est emmerdant d’avoir envie de pisser quand on est en retard au boulot ou en rendez-vous, alors qu’on passe souvent une avant-midi sans passer aux toilettes. Emmerdant aussi quand la meilleure photo est celle qu’on n’a pas eu le temps de prendre. Que tout ce qu’on aime, en matière de bouffe, est mauvais pour notre santé, que la fermeture Éclair de notre anorak pète le jour où Beyrouth connaît enfin le froid. Que les chaussures qu’on a spotées ne sont pas en soldes, que lorsqu’on fait une liste de supermarché, on ne trouve jamais le plus important. Et que le jour où on lave sa voiture, il pleut. À moins que ce soit un souhait. Surtout en ce moment. En ce moment où l’on tombe malade le week-end ou pendant les vacances. Bon, on ne va pas se plaindre. Franchement. Allez, dans le genre petite mais alors vraiment petite Loi de Murphy, on branche tous notre USB du mauvais côté et, à chaque fois, on pull toujours au lieu de push et vice versa, on tire toujours la corde des rideaux dans le sens contraire. Finalement, ça va pas trop mal. Et puis, il y a toujours une solution – qui apporte de nouveaux problèmes. Je plaisante.

Romance is dead – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 1er février 2014

Triste époque. Triste époque où les romantiques se sentent totalement anachroniques. Triste époque où les hommes ne passent plus prendre, mais demandent à ce qu’on les retrouve. Triste époque où les jeunes ne savent pas vraiment ce que c’est que de danser un slow. Les filles se plaignent de l’absence de romantisme, d’efforts, de galanterie de la part des hommes. Et ces derniers reprochent aux femmes de se foutre un peu de tout ça. Romance is dead parce que romance is dead. Parce que c’est l’époque qui veut ça. Parce que c’est la société qui veut ça. Il n’y a plus de cheesyness. Plus de mielleux, de mots doux, d’échanges de gages d’amour. On ne se fait plus la cour. Enfin, les hommes ne font plus la cour. Dans le genre premier date, c’est retrouve-moi à Mar Mikhaël pour un verre. Envoyé par message bien sûr. Euh non. Tu passes me prendre. Tu ouvres la porte de la voiture. Et tu m’invites à dîner. Pas au cinéma avec un pop-corn en guise de repas comme quand on avait 15 ans. Mais à dîner, pas forcément aux chandelles, mais à dîner. Même les filles ne sont plus habituées à ce genre d’attitude. Comme si c’était normal qu’une gonzesse prenne sa voiture à 23h30 pour venir de Beit Méry afin de boire un verre avec ce mec qui la drague (de loin) et qui est déjà et de surcroît avec ses potes. Romance is dead. On ne se parle plus, on se « text ». OK, ça donne un petit côté relation épistolaire, mais recevoir l’émoticon d’une fleur au lieu d’un bouquet, ça craint. Et que je t’envoie un cœur au lieu de dire je t’aime, un paquet cadeau au lieu de t’en faire un et j’en passe. Avant – et oui, on est obligé de dire avant, parce que tout était plus difficile – avant donc, on faisait des efforts. On n’envoyait pas de message, on attendait toute une journée à la maison ce coup de fil qui n’en finissait pas d’arriver. Avant, on se tapait une heure d’embouteillage pour traverser le tunnel (aller-retour, la voie rapide n’existant pas) pour aller chercher sa future petite copine. Avant, on s’échangeait des gages d’amour. Une mèche de cheveu ou ce fameux pendentif en forme de visage à deux profils que l’on scindait en deux, et que chacun des amoureux portait ensuite autour du cou. Avant, on donnait sa gourmette de baptême à sa petite amie, on portait le pull de son copain avec son parfum dessus. Et sans Valentine et tout le ballout, on se faisait des cadeaux en polyester, ces nounours qui trônaient sur le couvre-lit à fleurs violettes. Ou sur le couvre-lit Superman parce que même les garçons aimaient ça aussi. Allez demander aujourd’hui à un mec de 20 ans d’avoir une photo de sa copine dans son portefeuille, il deviendra blême. Une ou deux sur son téléphone, et encore. À moins d’être un fan du selfie amoureux, du message sirupeux sur réseau social ou de l’exhibitionnisme sentimental, peu de mecs assument le : je suis amoureux de ma copine-j’en suis fier-je le montre à la planète entière-et j’ai une photo d’elle à 2 ans entre mon ikhraj el-2ed et mon daftar swé2a. Oui… mais non. Ça le ferait passer pour un con, ce qu’il préférerait éviter. Avant, on s’écrivait des lettres. On y séchait des fleurs, on y glissait un truc coquin. On gravait des initiales sur le tronc d’un arbre. Aujourd’hui, il n’y a plus d’arbre. On gardait des tickets de cinéma, le billet d’entrée d’un musée à Rome, le billet d’avion du voyage. On collait des photos sur les murs. Aujourd’hui, il y a toujours des murs mais presque plus de photos imprimées. Max, le screen saver de son ordinateur. Avant, on écoutait la radio, on enregistrait des chansons d’amour sur une K7 que l’on customisait et on offrait cette mixtape à son amoureuse. I will always love you. On changeait les paroles et on dansait des slows. Aujourd’hui, on n’est plus dans le borderline guimauve, mais dans le blurred lines musical. Et on danse tout seul ou côte à côte, la tête dans les chaussures, le doigt levé vers le ciel. Romance is dead. Chez les ados et les moins jeunes. Les mecs ont l’impression de perdre leur virilité s’ils sont un tant soit peu romantique, alors qu’on sait très bien qu’un vrai mec assume. Il assume, il aime, il chérit, dit, surprend, pleure. Mais bon, là, il n’a pas le temps, ni l’envie. Il n’y a peut-être plus que les enfants qui savent ce que c’est. Ils se font des dessins, s’écrivent des petits mots en classe, offrent leur tartine de labné, s’appellent après l’école en demandant timidement à la maman s’ils peuvent parler à leur camarade de classe. Ils se font des bisous, se tiennent la main et se disent de belles choses. Ta robe est magnifique. Tu es jolie, tu sais. On dirait qu’il y a des papillons dans tes yeux. Tu es le plus fort de la cour de récréation. Tu veux un Bonjus ? True romance.