Romance is dead – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 1er février 2014

Triste époque. Triste époque où les romantiques se sentent totalement anachroniques. Triste époque où les hommes ne passent plus prendre, mais demandent à ce qu’on les retrouve. Triste époque où les jeunes ne savent pas vraiment ce que c’est que de danser un slow. Les filles se plaignent de l’absence de romantisme, d’efforts, de galanterie de la part des hommes. Et ces derniers reprochent aux femmes de se foutre un peu de tout ça. Romance is dead parce que romance is dead. Parce que c’est l’époque qui veut ça. Parce que c’est la société qui veut ça. Il n’y a plus de cheesyness. Plus de mielleux, de mots doux, d’échanges de gages d’amour. On ne se fait plus la cour. Enfin, les hommes ne font plus la cour. Dans le genre premier date, c’est retrouve-moi à Mar Mikhaël pour un verre. Envoyé par message bien sûr. Euh non. Tu passes me prendre. Tu ouvres la porte de la voiture. Et tu m’invites à dîner. Pas au cinéma avec un pop-corn en guise de repas comme quand on avait 15 ans. Mais à dîner, pas forcément aux chandelles, mais à dîner. Même les filles ne sont plus habituées à ce genre d’attitude. Comme si c’était normal qu’une gonzesse prenne sa voiture à 23h30 pour venir de Beit Méry afin de boire un verre avec ce mec qui la drague (de loin) et qui est déjà et de surcroît avec ses potes. Romance is dead. On ne se parle plus, on se « text ». OK, ça donne un petit côté relation épistolaire, mais recevoir l’émoticon d’une fleur au lieu d’un bouquet, ça craint. Et que je t’envoie un cœur au lieu de dire je t’aime, un paquet cadeau au lieu de t’en faire un et j’en passe. Avant – et oui, on est obligé de dire avant, parce que tout était plus difficile – avant donc, on faisait des efforts. On n’envoyait pas de message, on attendait toute une journée à la maison ce coup de fil qui n’en finissait pas d’arriver. Avant, on se tapait une heure d’embouteillage pour traverser le tunnel (aller-retour, la voie rapide n’existant pas) pour aller chercher sa future petite copine. Avant, on s’échangeait des gages d’amour. Une mèche de cheveu ou ce fameux pendentif en forme de visage à deux profils que l’on scindait en deux, et que chacun des amoureux portait ensuite autour du cou. Avant, on donnait sa gourmette de baptême à sa petite amie, on portait le pull de son copain avec son parfum dessus. Et sans Valentine et tout le ballout, on se faisait des cadeaux en polyester, ces nounours qui trônaient sur le couvre-lit à fleurs violettes. Ou sur le couvre-lit Superman parce que même les garçons aimaient ça aussi. Allez demander aujourd’hui à un mec de 20 ans d’avoir une photo de sa copine dans son portefeuille, il deviendra blême. Une ou deux sur son téléphone, et encore. À moins d’être un fan du selfie amoureux, du message sirupeux sur réseau social ou de l’exhibitionnisme sentimental, peu de mecs assument le : je suis amoureux de ma copine-j’en suis fier-je le montre à la planète entière-et j’ai une photo d’elle à 2 ans entre mon ikhraj el-2ed et mon daftar swé2a. Oui… mais non. Ça le ferait passer pour un con, ce qu’il préférerait éviter. Avant, on s’écrivait des lettres. On y séchait des fleurs, on y glissait un truc coquin. On gravait des initiales sur le tronc d’un arbre. Aujourd’hui, il n’y a plus d’arbre. On gardait des tickets de cinéma, le billet d’entrée d’un musée à Rome, le billet d’avion du voyage. On collait des photos sur les murs. Aujourd’hui, il y a toujours des murs mais presque plus de photos imprimées. Max, le screen saver de son ordinateur. Avant, on écoutait la radio, on enregistrait des chansons d’amour sur une K7 que l’on customisait et on offrait cette mixtape à son amoureuse. I will always love you. On changeait les paroles et on dansait des slows. Aujourd’hui, on n’est plus dans le borderline guimauve, mais dans le blurred lines musical. Et on danse tout seul ou côte à côte, la tête dans les chaussures, le doigt levé vers le ciel. Romance is dead. Chez les ados et les moins jeunes. Les mecs ont l’impression de perdre leur virilité s’ils sont un tant soit peu romantique, alors qu’on sait très bien qu’un vrai mec assume. Il assume, il aime, il chérit, dit, surprend, pleure. Mais bon, là, il n’a pas le temps, ni l’envie. Il n’y a peut-être plus que les enfants qui savent ce que c’est. Ils se font des dessins, s’écrivent des petits mots en classe, offrent leur tartine de labné, s’appellent après l’école en demandant timidement à la maman s’ils peuvent parler à leur camarade de classe. Ils se font des bisous, se tiennent la main et se disent de belles choses. Ta robe est magnifique. Tu es jolie, tu sais. On dirait qu’il y a des papillons dans tes yeux. Tu es le plus fort de la cour de récréation. Tu veux un Bonjus ? True romance.

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