Part time lover – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 15 février 2014

Les chaînes du mariage sont si lourdes qu’il faut être deux pour les porter. Parfois trois. Quatre aussi. Quatre surtout. On ne va pas se leurrer, le mariage, on le sait tous, est un contrat totalement antinature et aujourd’hui complètement désuet. On ne va pas se leurrer, passer sa vie avec la même personne, coucher à vie avec la même personne, dormir à vie aux côtés de la même personne est inhumain.
Si l’on remontait à la nuit des temps et aux bienfaits d’un régime paléolithique qui nous interdirait de manger tout ce qui est processed food parce que notre corps n’est pas programmé pour, eh bien, ni notre corps ni notre cœur, encore moins notre tête ne sont programmés pour faire une infidélité à l’animal qui règne en nous, pour vivre un quelconque processed love.
L’infidélité. Ou adultère, tromperie et même trahison. Trahison, tout de suite les grands mots. Elle se cache où la première pierre ? Dans laquelle des deux poches ? Qui n’a jamais pensé à un(e) autre ? Qui n’a jamais désiré un(e) autre ? Oui, ce n’est pas politiquement correct. Et alors ? Quelles que soient les raisons pour lesquelles on trompe – l’ennui, le vide affectif, le sexe, l’impossibilité de partir, la vengeance –, quelle que soit la nature de ces tromperies – liaison, passade, fantaisie, partie de jambes en l’air, aventure, histoire d’amour, pensée –, on a tous et toutes considéré l’option, au moins une fois. Il y a certes un danger quand l’aventure devient liaison, un danger de rupture, mais il y a aussi la possibilité d’une continuité. Oui, l’infidélité permet souvent à un couple de tenir le coup. Oui, l’infidélité permet à certains de réaliser qu’ils ont mieux à la maison, que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Oui, l’infidélité concède à certains d’assouvir leurs fantasmes. Oui, l’infidélité réciproque est prescrite. Au lieu de se morfondre, de pleurer sur son sort, de se demander inlassablement pourquoi, faut faire pareil. D’abord parce que si on part du principe que les hommes possèdent plus de testostérone que la femme et qu’ils sont toujours en quête de nouvelles partenaires, si on part du principe que les femmes connaissent une montée de testostérone à la trentaine, qu’elles étaient programmées au départ pour perpétuer l’espèce donc, ne devaient pas se cantonner à un seul mâle et ne souciaient pas de savoir qui était le père, si on part du principe que tout le monde trompe tout le monde, alors profitons-en. L’infidélité fait mal au cocu ? Oui. Mais le cocu a le droit de se faire du bien. Surtout si le cocu est une cocue. Eh, oui. En matière d’infidélité, on pense souvent que l’homme trompe plus que la femme. Peut-être. Peut-être que certaines ont du mal à se délester de la culpabilité qu’on leur fait porter depuis 2 000 ans, mais si on pense que les hommes trompent plus, c’est aussi et surtout parce que l’homme se fait gauler bien plus facilement que la femme. La femme étant bien plus machiavélique, plus perfide, plus intelligente pour gérer le mensonge. Un partout. Nul besoin pour une femme de s’inscrire dans une agence d’alibis comme il en existe ou d’organiser un voyage d’affaires. Il suffit qu’elle prétexte un soin visage, une partie de tennis, un cours de yoga, une virée shopping ou un déjeuner entre copines pour que la pilule passe. De un. De deux, elles savent comment ruser et comment adopter une poker face. De trois, elles ne manquent pas d’imagination. Elles choisissent le bon hôtel, enregistrent le nom de leur amant sur leur téléphone sous celui d’une copine au lieu d’avoir deux lignes, savent quand il faut et quand il ne faut pas whatsapper, savent ne pas fondre le sourire béat de la crétine satisfaite et amoureuse sur le visage quand elles lisent un message, savent à quelle compagnie de taxis s’adresser, savent à qui elles peuvent faire confiance pour avoir une couverture, ont les clés des appartements de ceux qui vivent seul(e)s, créent d’autres comptes mails et ne s’émeuvent pas en public, ni ne rougissent, ni s’excitent. Et surtout oublient rarement quand elles ont menti et ce qu’elles ont dit.
L’homme est impulsif, la femme est sournoise. Et c’est tant mieux. Comme ça, on ne viendra pas la bassiner avec un quelconque jugement bourgeois. Autrefois, la trahison prenait une autre dimension à cause des enfants illégitimes. Mais aujourd’hui, le sexe est enfin séparé de la procréation. Il faut donc dédramatiser l’adultère. Ne pas s’inscrire dans la culpabilité du style Michael Douglas qui se fait méchamment punir à cause de son incartade avec Glenn Close. Non, on ne fera pas bouillir votre lapin. Non, toutes les liaisons ne sont pas fatales. Ce qu’il y a de fatal pour un couple, ce n’est pas la tromperie. C’est l’ennui.

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