Maman 2.0 – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 22 mars 2014

To2borné. C’est probablement le mot le plus dit par les mères libanaises à leurs fils. To2borné, ou la définition de la vie. Ce mot qui leur donnera l’assurance, l’audace et l’arrogance dont ils auront besoin plus tard. Ce mot affectueux, intraduisible et incompréhensible à celui qui veut en étudier la sémantique. Il n’y a rien de plus intrigant qu’une mamma libanaise. Une mère qui transformera n’importe lequel de ses fils en mama’s boy. Le vrai fils à maman. Il n’y a rien de plus intrigant qu’une mamma libanaise avec sa fille. Les relations entre elles sont notoirement compliquées dans toutes les sociétés du monde. Mais dans le Liban d’aujourd’hui, elles le sont plus étrangement. Parce qu’entre les mamans d’hier et les enfants d’aujourd’hui, il y a parfois dissonance, parce qu’entre les mamans d’hier et celles d’aujourd’hui, il y a un gap. Parce qu’entre un foyer et un bureau, il y a un monde déjà. Parce que les mamans d’hier semblaient tellement plus aimantes. To2borné, hayété, couvre-toi. Fais attention. Ne prends pas froid. Mange. Va prendre ton bain. Yalla au lit. Ces mots, toujours ces mots, ces mêmes mots. Ces mots qu’elle a rabâchés notre enfance durant. Ces mots qu’on ne supportait pas et dont on se foutait éperdument. Pourtant on sait très bien que maman n’a jamais tort. Sauf qu’on passe sa vie à ne pas vouloir l’admettre. Comme on passe sa vie à essayer ne pas lui ressembler. Et un jour, on réalise que l’on soit une femme ou un homme, qu’il y a tant d’elle en nous. De son sang à ses valeurs, de sa voix à son rire, de ses câlins à sa basella wou riz. Ces plats que personne ne fait comme elle. Cette cuisine qui imprègnera notre goût pour la vie. La cuisine de ma mère est la meilleure. C’est un fait. Pour nous. Pour les enfants de plus de 25 ans. Pour les autres, ce n’est souvent pas la cuisine de maman qui coule dans leurs artères. C’est dommage, c’est vrai. C’est dommage parce que celui qui vous donne à manger, vous donne son cœur. Mais ce sont les temps qui veulent ça. Pas par mode, mais parce qu’aujourd’hui, malheureusement, beaucoup de mamans n’ont plus le temps. Ces wonderwomen des temps modernes n’ont quasiment plus une minute à elles pour pouvoir se consacrer à leurs fourneaux. Heureusement que téta, 3amté ou khalté sont là. D’accord, beaucoup de mères libanaises sont inscrites aux abonnés absents. Bien plus préoccupées par leur nombril que par celui ou celle qui était à l’autre bout du cordon. On ne parlera pas d’elles. On ne parlera pas de celles qui délèguent alors que la plupart d’entre elles ne travaillent pas. On ne parlera pas de celles qui ne se sont jamais réveillées la nuit, celles qui ne se sont pas pris en pleine figure un gros morceau de bouillie. Elles, hier n’était pas leur jour. Elles le savent bien. Hier et tous les lendemains, c’était et c’est le jour des mères qui jonglent. De ces mères sorties d’une bande dessinée où elles tiendraient dans une main un ordi, dans l’autre une cuillère en bois, sur le dos le cartable trop lourd de leur gamin, sur les épaules ledit gamin et serré entre les dents le crayon mine pour faire faire ses devoirs au petit. Ces mamans qui sont borderline du burn out. Et toutes les single moms, qu’elles soient mariées ou pas, qu’elles soient divorcées ou pas. Ou veuves. Ces femmes qui ont acquis l’instinct maternel, cet instinct divinement animal. Ces non-mères qui sont des tantes, des belles-mamans ou des marraines, des amies. Ces mères qui n’ont pas eu d’enfants. Ces mamans qui se taisent, qui restent pour leurs enfants. Et toutes les autres. Les sévères, les drôles, les marginales, les coquettes, les poules. Bonne fête à toutes nos mères. Celles qui rient fort ou qui pleurent en silence, celles qui sont trop présentes et celles qui ne sont plus là, celles qui crient et celles qui ne savent pas parler, celles qui couvent et celles qui ne savent pas comment dire je t’aime. Bonne fête aux nouvelles mamans. Aux jeunes, aux quadras, aux grands-mères. À celles qui essayent. À celles qui se plantent parce qu’il n’y a pas de mère parfaite. À leurs imperfections, à leurs faux-pas, à leurs bourdes. Bonne fête à celles qui portent le plus beau mot du monde. Celui qui, en fin de journée, exaspère tant il a été prononcé. Bonne fête mam.

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