Heal the pain – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 17 mai 2014

Elle s’appelle Florence Nightingale et la journée internationale de l’infirmière est célébrée le 12 mai, jour de son anniversaire. Elle, c’est la pionnière des soins infirmiers modernes. Elle, c’est une femme admirée dans le monde entier et dont on a écrit sur une plaque à Istanbul les mots suivants : « À Florence Nightingale, dont les travaux réalisés il y a un siècle près de ce cimetière ont permis d’apaiser beaucoup de souffrances humaines et établi les fondations de la profession d’infirmière. » La souffrance humaine. L’apaisement. Les soins. Les premiers soins. Il s’agit des fonctions de l’infirmière. Cette femme qui prend soin. Contrairement au médecin qui était à la base, un homme qui lui « fait les soins ». Contrairement à aujourd’hui où le métier d’infirmier(e) n’est plus seulement destiné aux femmes. Et celui de docteur aux hommes. Si l’infirmière est à la base une femme, c’est tout simplement parce qu’au départ ce sont les femmes qui assuraient le maintien et la continuité de la vie tandis que les hommes devaient lutter contre la mort et protéger l’espèce des menaces.
Dès l’origine. Parce que l’origine c’est la mère. Celle qui dispense les premiers soins. Celle qui nourrit, caresse, donne le bain. Celle qui tient la main, rassure, soulage, soigne. Et cette fonction-là, cette fonction soignante, s’est transmise de générations en générations. Elle est acquise, souvent innée. Au départ, au Moyen-Âge, on demandait aux prostituées de s’occuper des lépreux. Demande loin d’être surprenante. Combien d’hommes trouv(ai)ent refuge dans leurs bras ? Combien de maux soignent-elles ? Combien d’hommes sauvent-elles ? Il était donc naturel que les femmes qui exerçaient le plus vieux du monde, le plus noble, soient les premières infirmières. Mais au Ve siècle, les religieuses prennent la « relève ». Drôle de passation. Le soin n’a alors aucune valeur économique. Le don de soi. Ceux des autres. Le bénévolat dans ce qu’il a de plus pur. Le désintérêt dans son absolu. Aujourd’hui, les infirmières et les infirmiers font partie de la société civile. Et même si leur place au sein du corps médical a été revalorisée, d’aucuns pensent encore que le médecin détient la place la plus importante. Certes elle est importante. Mais celle des soignantes l’est tout autant. Parce qu’une infirmière c’est aussi une soignante. Soigner, c’est également guérir. Cicatriser les plaies. Celles du corps et celles de l’âme. C’est soulager d’un mal. Physique ou moral. C’est aider l’autre à s’en sortir. Parce que soigner un blessé, ce n’est pas seulement par la force. La force de la chirurgie. Soigner c’est également la douceur. C’est poser ses mains sur un corps meurtri. C’est tenir une main de celui qui est en souffrance. C’est être là pendant la nuit. C’est changer les pansements, c’est laver un corps. C’est le porter quand il est faible. L’aider à refaire ses premiers pas. C’est l’écouter se confesser. C’est le laisser s’épancher, s’étendre sur sa douleur. C’est mettre des mots sur sa douleur. C’est lui permettre d’exulter. L’écouter pleurer. C’est le rassurer. C’est ne pas le laisser endurer plus qu’il ne le peut. Au-delà de la douleur physique, il y a la peur, l’angoisse. Et la dépression. Cet état qui renforce notre perception de la douleur. Quand on est en souffrance, on n’arrive pas à projeter l’accalmie. La fin du tunnel. En revanche, lorsque notre attention est détournée par une quelque chose d’agréable, nous la ressentons moins. L’attention de l’autre est thérapeutique. Parfois, seule sa présence soulage. Surtout quand les soins sont longs. Quand on reste longtemps à l’hôpital. Au lit. Immobilisé. Quand la guérison est lente. C’est là, à ce moment-là, à ces instants-là, qu’on sent la solitude. Comme une nuit sans fin. La nuit qui réveille les démons et les peines, la nuit qui permet à la douleur de s’immiscer pernicieusement, de prendre le dessus sur un corps affaibli, d’étendre ses tentacules. C’est pourquoi, les infirmiers, les soignantes, les aides-soignantes, sont si importants. Ils sont les compagnons, les partenaires, les accompagnateurs de ce pénible voyage. C’est pourquoi, ils nous sont essentiels. Et c’est pourquoi, nous ne devons pas attendre le 12 mai pour les « célébrer ». Ne jamais attendre pour leur dire merci.

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