Anne ma soeur Anne – médéa azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 4 octobre 2014

Pourquoi les hommes font-ils l’amour à un corps et les femmes à un homme ? Qu’est-ce qu’il voulait dire par peut-être ? Qu’insinuait-elle quand elle a souri ? Que va-t-il se passer demain ? Va-t-elle appeler ? Où dois-je postuler ? M’aime-t-il ? Pourquoi m’ont-ils trahi ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Où serai-je l’année prochaine, à la même heure ? Tant de questions qui nous taraudent. Qui nous hantent. Des questions sans réponses. Des questions à mille réponses. Des questions à une réponse : parce que. Parce que les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus. Parce qu’il ne pense pas comme toi. Parce qu’elle ne t’aime pas. Parce qu’elle n’est pas partie. Parce que je n’ai pas le choix. Tu ne peux pas savoir ce qui va se passer demain, puisque tu ne comprends pas vraiment ce qui s’est passé hier. Nous sommes tous poursuivis par des interrogations en quête de réponses. Tout le temps. On cherche des signes, on analyse, on décortique, on interprète. On aimerait ouvrir le cerveau de l’autre pour avoir un réponse parce qu’on pense qu’on y a le droit. Mais à chaque question que l’on se pose, on sait que toutes les éventualités sont possibles. Que tout n’est pas forcément mathématique. Parce qu’il y a l’affect, le désir, l’intellect, la subjectivité, l’émotion, les intuitions. Et qu’il y a l’implication. Quand on est dans une situation, une histoire, un événement, une rupture, on est trop en-dedans pour pouvoir comprendre. Pour se distancer, prendre du recul, être objectif. Le hasard nous joue des tours, nos sentiments aussi. Nos sentiments souvent. Nos sentiments surtout. Donc, on cherche partout les réponses. De façon aléatoire, anarchique, manipulatrice. On les cherche chez d’autres. Nos amis d’abord. Qu’est-ce que tu crois qu’elle a voulu dire ? Tu penses que j’ai raison ? À ton avis, que dois-je faire ? Il m’aime n’est-ce pas ? Ils donnent des réponses. Le plus souvent, en fonction d’eux-mêmes. Ils vous conseillent de faire ce que eux auraient fait. Ils pensent avoir trouvé en eux la réponse à votre question. Parce que personne n’est totalement objectif. Parce que leur affect les influence. Parce qu’on les influence aussi. Qu’on raconte à qui veut l’entendre, ce qu’on veut entendre. Comme avec les arts divinatoires. On ne va jamais vierge ou neutre chez une voyante. On attend les réponses que l’on veut. On zappe le reste. On ne retient que ce que l’on veut retenir. On oublie le reste. Et on y croit. Dur comme fer. Parce que ça rassure de connaître l’avenir. Son avenir. Le futur et de quoi il sera fait. De qui il sera fait. On lit les tarots, les lignes de la main. On boit son café jusqu’à la lie, on avale du téfél et on lit le marc de café. Dans deux icharat, tu rencontreras une femme. Tu as une grande montagne, un poisson. Quelqu’un te cherche des noises, on t’a fait un sale coup, voilà pourquoi tu vas mal. On conjure le mauvais sort, parce que la réponse à notre douleur est là. On bat les cartes, fait des réussites, des solitaires pour avoir un oui ou un non. On joue à pile ou face, on coince un cil entre le pouce et l’index. Est-ce que ça va marcher ? Ou pas ? On check son horoscope. Sur plusieurs applications. L’horoscope traditionnel, le chinois, l’hindou, le maya. On ne retiendra que ce qui nous convient. On va chercher dans les chiffres, les clés de nos questionnements. Croyant trouver dans une combinaison, le remède. On va au confessionnal. On fait des neuvaines. Des prières de demande de grâce. Peut-être que là-haut ils ont la réponse, qu’ils nous enverront un signal en guise d’éclairage. On va chez un psy bien sûr. On fera une thérapie qui nous emmènera bien plus loin que les réponses que l’on attendait. On résoudra quelques énigmes. D’autres, pas. Et on ira reparler avec ses copains, ses amies, sa mère. On les induira en erreur pour être soulagé. On leur rabâchera les oreilles avec la sempiternelle même question. Tu crois que ? On leur demandera leur avis sans en tenir compte. On leur demandera des conseils sans les suivre. Et le jour, où on arrêtera de se poser la question du pourquoi du comment, là, on aura la réponse. Parce qu’au final, nous sommes les seuls à savoir. Peut-être pas la réponse, mais comment y arriver. Au plus près.

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