Inchallah – Médéa Azouri – L’Orient-Le Jour, samedi 27 juin 2015

Et si en plus y’a personne… Et si le ciel était vide ? Si en haut, il y avait un grand appartement sans locataire(s) ?
Si Allah, Jésus, Jéhovah, Bouddha, étaient inscrits aux abonnés absents ? S’il n’y avait que le silence qui résonnait ? On ferait quoi de nos prières, de nos incantations, de nos promesses ? De nos psaumes, de nos versets ? On les regarderait partir en fumée, comme ces balles traçantes tirées en son nom. En leur nom. Il serait impossible de justifier nos actes, nos crimes, toutes ces exactions commises soi-disant pour Lui. Pour Eux. Cela aurait uniquement été pour nourrir les plaisirs sadiques de l’être humain. Cet homme, ces hommes qui errent en Son nom. En Leur nom. Ces hommes qui continueront à errer après.
Après, dans cet au-delà inexistant. Cet au-delà sans angélus, sans chants, sans rédemption. Ce nirvana où personne n’a jamais regardé les têtes inclinées. Ne les a jamais entendues. Tous ces temples, ces synagogues, ces églises, ces mosquées, remplis de démagogues, de gens qui auraient profité d’un nom illusoire pour (s’)imposer. Ces moralisateurs ignorants qui n’ont eu cesse de culpabiliser leurs fidèles.
Et si le ciel était vide ? Tout serait vide de sens. Inutiles processions, inutiles voiles, inutiles édifices. Inutiles haines. Ils auraient bien l’air con, tous ces meurtriers, ces accrocheurs d’étoiles, ces poseurs de bombes. Arrivés à leur fin et rien. Pas de récompense. Pas de pauvres gamines qui les attendent, immaculées, au nom de tout ce sang versé. Rien. Pas un applaudissement. Rien que le résonnement de leurs questions. Et aucune réponse.
Aucune réponse non plus, si le ciel n’était pas vide. Si Allah, Jésus, Jéhovah, Bouddha étaient assis côte à côte, regardant dépités cet immense bordel. Ce sont leurs têtes qui seraient inclinées. Désespérés. Organisant peut-être un nouveau déluge. Un déluge qui nettoierait la planète de tous les salauds qui l’empoisonnent. De tous ces exterminateurs. Main dans la main avec la nature, ils soulèveraient les mers et les océans. Ils préserveraient les forêts, les rivières, les animaux, véritables et légitimes habitants de la terre. Ils réveilleraient tous les Vésuve et enseveliraient toutes les Pompéi. Sauveraient les innocents, les orphelins, les veuves, les pères humiliés, les fils qui ne tomberont plus pour rien. Ils sauvegarderaient les vestiges de l’humanité. Cette humanité qui a quitté les hommes. Ils sauvegarderaient les monuments. Toutes les Palmyre menacées.
Ils inonderaient les hommes de religions, assis confortablement sur la banquette en cuir de leur voiture de luxe. Ces prêcheurs sans amour. Cet amour qu’est censé être Dieu. Dieu, sous toutes ses formes. Qu’il soit unique ou pluriel. Il appellerait ses fidèles, les vrais, à la révolution. La vraie. Les réunirait dans un immense Woodstock. Un festival rempli de fleurs et de sourires. De V érigés vers le ciel. Des V de paix et pas de victoire. Il rayerait les lieux maudits. Il punirait les monstres. Les exilerait vers cet en deçà qu’on aimerait voir exister rien que pour eux. Il nous permettrait de retrouver toute la naïveté de nos enfances. L’insouciance de nos adolescences.
Et il ne leur pardonnerait pas. Parce qu’ils savent ce qu’ils font.

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