Airplane mode – Médéa Azouri, L’Orient-Le Jour, samedi 8 août 2015

Partir. Partir loin. Ou pas. Quelle que soit la destination. Quelle que soit la durée. Dans la Békaa, à Chypre, en Europe, over-Atlantique, vers le Pacifique. Mais partir. Prendre des vacances et faire une pause. Et enfin (se) déconnecter. Pas en déménageant de lieu uniquement, mais en débranchant tout. Son cerveau premièrement… et le reste. Le téléphone, la télé,
Internet. Les mails, les Whats-App et messages, Facebook, Instagram, la presse online. Et se déconnecter des autres. De la famille, des amants, des ex, des amis, des collègues.
C’est peut-être facile à dire ? Mais c’est aussi facile à faire. Et c’est nécessaire. Voire vital. Il faut savoir faire le vide de temps en temps. S’oxygéner. S’éloigner pendant un moment. Pas longtemps forcément. Quelques jours suffisent. La boîte n’arrêtera pas de tourner si on est en automatic reply « out of office ». Personne n’est irremplaçable et si prendre un congé est possible, alors on peut/doit ne pas bosser de là où on est. Faut aussi suspendre la communication avec ses proches. Ils n’arrêteront pas de nous aimer. Au contraire. Le manque crée tous les désirs. Et puis, avant (comme on aime à le répéter), quand on partait, on partait.
Ni on skypait, ni on facetimait, ni on postait, ni on sharait, ni on checkait, ni on stalkait. On partait, point. Et on se racontait tout à notre retour. Ni on disait qu’on était au salon VIP platinum lounge de l’aéroport, ni on montrait au monde entier que l’on bullait à St-Tropez. Ni on partageait des photos de la marmaille jouant dans le sable. Parce que ça n’intéresse personne. En tout cas, sûrement pas les centaines de friends qu’on a sur Facebook. Ni nos exploits en montagne, ni nos pirouettes au ski nautique, ni nos beuveries au festival de la saucisse, ni nos putains de doigts de pieds sur la plage à Mykonos.
D’ailleurs, parlons-en de Mykonos. L’île grecque est, comme certains endroits, une des destinations favorites des Libanais. Ça se comprend. Sauf que pour déconnecter, c’est pas vraiment ça. Pendant les 2 mois de grandes vacances, ça ne ratera pas, on tombera sur des potes, des connaissances, des gens qu’on n’aime pas. « Hiii, ça va ? T’es là jusqu’à quand ? Tu dors où ? (ça c’est quand on n’est pas dans le même hôtel), Tu vas à Namos ? » Bref, pas très dépaysant tout ça. Un peu comme septembre à Paris ou les camps de vacances pour ados où ils se retrouvent avec tous leurs copains. Bon, c’est la mode et les gamins adorent ça. Dommage, parce que ça fait un peu Beyrouth sur mer. Ou Martine et ses amis à Faraya.
Alors voilà. Strike the pause. Au début, ça fait bizarre. Ça fait un vide. Ça fait mal aussi. Comme l’arrêt de n’importe quelle addiction, comme toute désintoxication. Et puis, petit à petit, une sensation de bien-être s’installe. Un sentiment que l’on connaissait bien quand on a plus de 25 ans aujourd’hui. Un sentiment de nouveauté quand on en a moins de 20. Un truc du genre : hello, y’a quelqu’un ? Nan y a personne. On vient d’interrompre le cercle vicieux de l’exhibitionnisme/voyeurisme, le besoin de savoir ce qui se passe sur la planète. On vient de laisser le vide prendre l’espace. Un vide qui se remplit enfin d’autre chose. Un vide qui se remplit de rien. Mieux vaut n’penser à rien / Que n’pas penser du tout / Rien, c’est déjà / Rien, c’est déjà beaucoup / On se souvient de rien / Et puisqu’on oublie tout / Rien, c’est bien mieux / Rien, c’est bien mieux que tout. Rien, c’est vraiment mieux que tout.

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